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17 Mai 2026 à 03:38:00
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Auteur Sujet: l'avenue (dont j'imagine que peu auront le courage ou la gentillesse ou le masoc  (Lu 1567 fois)

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
"J'aimerais terminer sur un message d'espoir. Je n'en ai pas. En échange,
est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ?" - Woody Allen
1


C’est une avenue déserte bordée d’immeubles cossus.
Tout est pâle, monochrome, à la limite de l’être et de la transparence. Les semelles, pourtant, sur le bitume, mates et feutrées, résonnent.
L’homme, on le voit de dos, marche d’un pas égal.
Vous savez ce qui l’attend. Quelque chose de terrible, d’inéluctable, d’inexpugnable aussi. L’annonce du décès de ses enfants. Le viol et la mort de sa femme. Sa propre fin, peut-être.
Y échapper est illusoire. Il marche. Ses pas sont l’horloge de son destin. Il sait. Il sait déjà. Il pressent. Il va vers le dénouement. Peut-être même l’attend-il comme une délivrance, pour en finir, enfin, avec ce poids, ces jambes en coton, cette oppression dans la poitrine, cette gorge sèche, ce siphonnant vide en dedans, l’âcre saveur de tout néant.
Oui. En finir. Que des cris, des larmes déchirent le carton-pâte, qu’il sente, sous ses pieds raffermis par la douleur et l’incompréhension, que le monde est là, résistant, horriblement vivant.
Peu à peu, il s’éloigne. Son habit gris se fond dans le gris de l’avenue. Mais le bruit de son pas ne décroît qu’à peine. Et vous savez, oui, vous savez maintenant que la réalité lui appartient – à lui.
Alors, vous regardez autour de vous, ces bleus, ces verts, cette exubérance tapageuse de couleurs, ces gens qui vont et viennent, qui vous dévisagent ou vous ignorent. Tout cela vous paraît désormais si fragile et si faux.
Une cloche sonne. Vous pensez à l’enfant que vous avez été. À ses rêves d’azur, d’absolu. Tandis que des billes dans un sac tintent, sous l’œil d’un nounours au poil râpé, un goût de bile vous submerge. Dans l’air, flotte un parfum, celui-là même d’un être cher, père ? mère ? grand-mère ? Vous pleurez.
Le jour est tombé. Les lumières sont éteintes. Tout est gris désormais, pâle, monochrome, à la lisière du vrai. Vous marchez. Qu’importe que cela dure ou non. Vous savez que toute forme d’espoir relève de l’ignominie et de la trahison.

















2


Bien sûr, il s’agit toujours du même rêve. Il le sait. Les avenues haussmanniennes ont cédé la place au bord de mer. Les palmiers feignent d’agiter mollement une palme indolente, la mer est pâle, le ciel lourd de nuages bas. Et l’histoire est la même…
Alors, vous regardez autour de vous, ces bleus, ces verts, cette exubérance tapageuse de couleurs, ce temps comme fané, ralenti…
Une cloche sonne. Vous pensez à l’enfant que vous avez été. À ses rêves d’azur, d’absolu. Tandis que loin, très loin, tintent des billes dans un sac, sous l’œil d’un renard au poil râpé, un goût de bile vous submerge. Dans l’air, entremêlé à l’arôme entêtant du tiaré, flotte un parfum, celui-là même d’un être cher. Vous pleurez.
Le jour est tombé. Tout est nuit désormais, monochrome, tout semble avoir basculé... Vous marchez. Qu’importe que cela dure ou non. Vous ne savez que trop que toute forme d’espoir relèverait de l’ignominie et de la trahison.





3

Bien sûr, c’est encore et toujours et encore ce même rêve qu’il ne peut oublier. Les rues frigides et cossues ont cédé la place à quelque bord de mer. Des cocotiers feignent languissamment d’agiter une palme nonchalante, la mer est d’un bleu morne, clapotante, le ciel une masse menaçante. Et l’histoire est la même…
Alors, vous regardez autour de vous, tous ces bleus, ces verts, cette surabondance tapageuse de couleurs, ce tumulte végétal, en un temps lent et défraîchi…
Une cloche ! Une cloche bourdonne... Vous pensez fugitivement à l’enfant que vous avez été et là, vous l’enterrez, vivant, sous ses rêves d’azur, d’absolu, et ses petites mains se tendent. Loin, très loin, tintent des billes dans un sac, sous l’œil d’un loup au poil râpé. Un goût de bile vous submerge. Dans l’air, flotte un parfum, celui-là même d’un être cher. Vous pleurez.
Tout est nuit désormais, tout semble avoir basculé... Vous marchez, vous errez, allant d’un pas mécanique,  emporté et poussé par ce poids et ce vent qui...
Vous ne savez que trop que toute forme d’espoir relèverait de l’ignominie et de la trahison.


3’
Bien sûr, ce sera encore et toujours le même rêve. Vous ne pourrez l’oublier. Les rues, froides et cossues, auront cédé la place à quelque insularité tropicale. Les palmiers feindront d’agiter mollement une palme indolente, la mer sera pâle, clapotante, le ciel une masse menaçante. Et l’histoire, la même…
Alors, vous regarderez autour de vous, tous ces bleus, ces verts, cette exubérance tapageuse de couleurs, ce tumulte végétal. Et ce temps lent et défraîchi…
Une cloche ! Une cloche tintera...Vous penserez à l’enfant que vous avez été et vous l’enterrerez, vivant, sous ses rêves d’azur, d’absolu, et lorsque ses petites mains se tendront- Non !
Loin, très loin, tinteront des billes dans un sac en toile rouge sous l’œil d’un vague animal en peluche au poil râpé. Un goût de bile vous submergera. Dans l’air, flottera un parfum, celui-là même d’un être cher. Vous pleurerez.
Le jour sera tombé. Tout sera nuit désormais, monochrome, tout semblera avoir basculé…. Vous marcherez encore, blême, vous errerez, mais d’un pas mécanique, vous irez, emporté par ce poids et poussé par ce vent qui…. Qu’importe que cela dure ou non. Vous ne saurez que trop que toute forme d’espoir relèverait de l’ignominie et de la trahison.



4
C’est le rêve, encore. Le même. Tu ne peux l’oublier. Les rues, presque lisibles en filigrane, se sont effacées devant quelque bord de mer, celle-ci clapote, pâle, inodore. Un vent chaud agite quelques palmes indolentes. Le ciel est ce couvercle….
Et l’histoire est la même…
Alors, sans pouvoir ranimer la stupéfaction qui devrait être tienne, tu regardes autour de toi, ces bleus, ces verts, cette luxuriance éhontée, cette exubérance tapageuse de couleurs, ce tumulte végétal-  et ce temps lent et défraîchi…
Une cloche ! Une cloche résonne…. Tu penses à l’enfant que tu fus et là, tu l’enterres, vivant, sous ses rêves d’azur, d’absolu, et ses petites mains se tendent — Non ! Non ! Oh ! Comme tu voudrais échapper à ton tour à ton rêve !
Des billes, loin, très loin, tintent dans une bourse en cuir sale, sous l’œil d’un mouton à la laine rare. Un goût de fiel te submerge. Dans l’air, entremêlé à l’arôme entêtant du tiaré, flotte un parfum, celui-là même d’un être cher. Tu pleures.
Mais le jour est tombé. Tout est nuit désormais, uniment monochrome, tout semble avoir basculé…. Tu marches, blême, emporté par le fardeau d’hier et poussé par ce vent qui….
Qu’importe que cela dure ou non. Tu sais que toute forme d’espoir relèverait de l’ignominie et de la trahison.


5


En a

C’est une rue déserte bordée d’immeubles cossus. Tout est terne, monochrome, entre l’être et l’inexistence. Les semelles, sur le bitume, sourdes et feutrées, résonnent.
Un homme, qu’on voit de dos, chemine.
Vous percevez le sens de cette histoire. Y rôde quelque chose de terrible, qu’on ne peut ni éluder, ni éliminer. Le décès d’un fils. Le viol et le suicide d’une épouse, d’une mère. Peut-être moins, ou plus, une incompréhension, une perte du fil, une perception de déchirure.
Fuir est illusoire. Ses mouvements sont l’horloge de son destin. Il n’ignore rien. Il pressent. Proche est le dénouement. Peut-être même l’espère-t-il, pour en finir, enfin, ne plus supporter ce poids, ces membres en coton, cette oppression, cette gorge sèche, ce vide, ce vide !

Oui. En finir. Que des cris déchirent les décors, qu’il sente que le monde résiste – et vit, horriblement.
Peu à peu, il s’éloigne. Son costume gris épouse le gris du rêve. Le son de ses semelles décroît.
Vous inquiètent tout d’un coup, tous ces bleus, ces verts, ces couleurs excessives, ces gens qui vont et viennent. Tout ceci vous semble si futile et si creux.
Une cloche sonne. Remontent des souvenirs de vos tous premiers temps. Vos rêves éteints.
Tintent les billes sous l’œil d’un nounours élimé, un goût de bile vous submerge. Flotte une odeur, celle d’un être cher, père ? mère ?…. Vous pleurez.
Le jour est tombé. Les lumières sont éteintes. Tout est gris, terne, monochrome, et douteux. Vous errez, riche de ce tourment : toute forme d’espoir relève de l’ignominie.

**


Sordide, une venelle boueuse se surimpose à l’avenue qui, pourtant, perdure, comme en filigrane.
Tout est terne, tremblant, proche de la transparence. Le bruit de pas, seul, martèle nos tympans avec la force de l’évidence.
Un homme, que nous voyons de dos, marche.
Nous savons ce qui l’attend sans pouvoir trouver les mots, nets et précis, mais nous ne doutons pas qu’il s’agisse de quelque chose de terrible et d’irrévocable.
Aucune fuite, aucun deux ex machina ne sont envisageables. Il marche vers le dénouement. Il se peut qu’il y consente, nous nous trompons peut-être.
Que des larmes, des cris jaillissent ! Œdipe s’arrachant les yeux et hurlant sa colère à la face de dieux autistes ou pervers.
Il est loin maintenant. Ses vêtements gris épousent le gris de la ruelle pour de tristes fiançailles mais le son de ses pas ne décroît qu’à peine.
Alors, nous regardons autour de nous l’exubérance chlorophyllienne et ces passants, curieux ou indifférents qui, eux aussi, semblent se dissoudre, s’effacer, disparaître à demi.
Une cloche sonne et nous songeons à nous-mêmes, à ce que nous étions, hier encore, à nos mots plus grands que nous et des billes s’entrechoquent et tintent sous l’œil unique et torve d’un lapin en peluche.
Un goût de bile nous nous remonte à la bouche. Dans l’air, il nous semble que flotte le parfum d’un être cher.
Nous pleurons.
Le jour est tombé, tout est éteint, uniment gris, à la frontière du réel. Nous marchons en sachant, désormais, que toute forme d’espoir relèverait de l’ignominie et de la trahison.




** en e

** en e

Un parc au bord d’un lac, à la nuit. Partout du blanc, du blanc ou du gris. Tout paraît inconsistant. Il va, son pas sonnant.
Il va, sans bruit, sans agitation.
Nous savons. Nous n’osons. Mais nous savons, vous aussi… Là ! Pas loin, sa fin ? La fin ? Un noir vil, un noir bas,- la mort ? Pis. Oh ! Pis !
Nul point où fuir. Alors, il va.
Il sait la fin, ici.
Il voudrait dormir. Il voudrait mourir. Finir.
Il voudrait fuir, là-bas fuir…
Il va, tout droit.

Son pas soudain lointain.
Il va, gris sur gris, son habit gris banal sur fond du gris souris du lac.
S’il avait raison ?
Si… ?
Il a raison ! Il va.

Mais vous ? Sons, chants, mots tout autour. Mots faux. Sons, chants, itou.
Un son pourtant… Un bourdon !….
Mais avant, un gamin aimant l’azur, l’absolu… Aujourd’hui ? Aujourd’hui quoi ?
Un son, un son surgi d’un sac : tintant, billous, billous… Oh ! Nounours ! Nounours au poil ras, au poil gras, Nounours mon amour mort…
Dans l’air, un parfum… Papa ? Maman ? Mon amour ?
Chut ! Chagrin. Chagrin trop fort, trop lourd, pour nos mots.


La nuit. Gris triomphant.
Vous. Toi. Tu vas. Tu sais qu’il n’y a aucun choix, sinon la trahison.
Alors, tu vas.









**

**

Peu à peu, il s’éloigne. Son habit gris se fond dans le gris de l’avenue. Mais le bruit de son pas ne décroît qu’à peine. Et vous savez, oui, vous savez maintenant que la réalité lui appartient — à lui.
Alors, vous regardez autour de vous, ces bleus, ces verts, cette exubérance tapageuse de couleurs, ces gens qui vont et viennent, qui vous dévisagent ou vous ignorent. Tout cela vous paraît désormais si fragile et si faux.
Une cloche sonne. Vous pensez à l’enfant que vous avez été. À ses rêves d’azur, d’absolu. Tandis que tintent les billes dans un sac sous l’œil d’      un nounours au poil râpé, un goût de bile vous submerge. Dans l’air, flotte un parfum, celui-là même d’un être cher, père ? mère ? grand-mère ? Vous pleurez.
Le jour est tombé. Les lumières sont éteintes. Tout est gris désormais, pâle, monochrome, à la lisière du vrai. Vous marchez. Qu’importe que cela dure ou non. Vous savez que toute forme d’espoir relève de l’ignominie et de la trahison.

***



C’est un lieu déserté, rue, ruelle, avenue, peu importe.
Tout est pâle, monochrome, à la limite de l’être et de la transparence. Les semelles, pourtant, mates et feutrées, résonnent.
Je marche d’un pas égal.
M’attend, je le sais, quelque chose de terrible, d’inéluctable, d’inexpugnable aussi. L’annonce du décès de mes enfants. Le viol et la mort de ma femme ou ma mère. Ma propre fin, peut-être, et cela semble dérisoire.
Je marche. Mes pas sont l’horloge de mon destin. Je sais. Je pressens. Le dénouement est proche. Une délivrance, pour en finir, enfin, avec ce poids, ces jambes en coton, cette oppression dans la poitrine, cette gorge sèche, ce siphonnant vide en dedans, l’âcre saveur de tout néant.
Oui. En finir. Que des cris, des larmes déchirent le carton-pâte, que je sente, sous ses pieds raffermis par la douleur et l’incompréhension, que le monde est là, résistant, horriblement vivant.
Peu à peu, Je m’éloigne. Mais de quoi? De qui? Mon habit gris se fond dans le gris de l’avenue.
Alors, je regarde autour de moi, ces bleus, ces verts, cette exubérance tapageuse de couleurs, ces gens qui vont et viennent, qui me dévisagent ou m’ignorent. Tout est si fragile et si faux.
Une cloche sonne et rappelle l’enfant que j’ai été. Mes rêves d’azur, d’absolu. Tandis que des billes dans un sac tintent, sous l’œil d’un nounours au poil râpé, un goût de bile me submerge. Dans l’air, flotte un parfum, celui-là même d’un être cher, père ? mère ? grand-mère ?
Je pleure.
Le jour est tombé. Les lumières sont éteintes. Tout est gris désormais, pâle, monochrome, à la lisière du vrai. Je marche. Qu’importe que cela dure ou non. Je sais que toute forme d’espoir relève de l’ignominie et de la trahison.






« Modifié: 16 Septembre 2025 à 22:14:05 par pehache »

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  • Messages: 4 194
Bonjour

c'est superbe Pehache.
On plonge. On se laisse submerger.
C'est remplis de subtilité autant dans l'écriture que dans la forme du texte ( je pense que ça ferait un bel objet en s'associant à un typographe.
Quelques remarques mais plutôt pour dire quelque chose.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne pehache

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 468
Merci.
Un seul commentateur, certes, mais de qualité!
Content que ce texte ait trouvé un lecteur.
(Tes remarques sont plus que judicieuses, je verrai si je peux améliorer la chose.)

 


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