Allongé sur le carrelage, il arrivait fréquemment que notre chien Pyram fasse des rêves. Alors, selon la nature de ceux-ci, il se mettait subitement à grogner, à retrousser ses babines, ou à agiter la queue en signe de contentement, puis soudain, comme s’il avait reçu une décharge électrique, on le voyait tressauter. Hébété, il regardait autour de lui, puis il replongeait très vite dans le sommeil.
Je ne sais si rêver est coutumier aux chiens, le nôtre que l’on tenait cloîtré dans notre villa, et auquel était interdite toute compagnie canine, en avait sans nul doute besoin plus que tout autre.
Rêvait-il qu’il montait la garde, qu’il chassait un intrus et que la maisonnée en reconnaissance lui octroyait un bon morceau de viande, ou mieux peut-être qu’on lui prenait la tête entre nos bras et lui prodiguions des caresses, lui qui en recevait si peu ?
Rêvait-il d’une niche superbe comme il n’y en a qu’au paradis des chiens ?
Faisait-il des rêves érotiques, lui qui était puceau, qui de près ou de loin ne vit jamais de chienne, qui n’en flaira jamais l’odeur excitante ?
Ou bien encore se voyait-il dans un champ immense, sans grillage ni barrière, loin des hommes, loin de nous qui l’avions contraint à la solitude, courant pour rejoindre une harde et sa fraternité canine ?