Bonjour à tous
Apres ma présentation dans la rubrique correspondante, je me permets de soumettre à vos commentaires le texte suivant .
Trois Petits Points
Trois points qui n'ont de petits que l'espace qu'ils occupent à la fin d'une phrase et qui se nomment également... suspension ...Oh temps, suspend ton vol...C'est tout l'art du poète d'être capable d'exprimer ce que ces trois points suggèrent car c'est une porte qu'ils ouvrent, hors du temps, suspendus à cet instant, à notre plume , à nos lèvres... Hors de notre logique linéaire des trois dimensions, dans une immensité qui nous dépasse, au-delà de mots pour le décrire, sauf, peut-être, retrouvant ceux de Paul, tels qu'il les écrivait dans L'Épître aux Ephésiens: "Christ habite dans vos cœurs par la foi; afin qu'étant enracinés et fondés dans l'amour, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l'amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous en soyez emplis jusqu'à la toute plénitude de Dieu..."
Paul lui-même finissant, ou plus exactement, ne finissant pas sa phrase autrement que par ces trois petits points, comment ne peut-on penser qu'ils se tournent vers le divin ? Céline, tout aussi familier de ces trois points, ne dit il pas la même chose : "La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas..." et voici qu'il nous transporte, à son tour, hors du temps car cette agonie sans fin ne défie-t-elle pas l'espace et le temps...?
Que vient donc faire ma toute petite modeste personne, baissant les yeux face aux saints et à ces grands hommes, presque gênée maintenant de leur emprunter cette ponctuation qui leur sied bien mieux qu'à moi... Points qu'il suffit de lire pourtant, pour s'en trouver transporté... Points sourds inaudibles, contenus seulement dans la respiration du texte par une élévation de la dernière syllabe, sous la forme d'une question muette qui prend son envol... Celle-ci ne devient-elle pas alors un souffle vers le divin, cette phrase, cette syllabe qui ne finit pas, qui s'ouvre sur cet espace inconnu de nous .
Inconnu?...Je ne dirai pas cela tant il ouvre l'éventail des possibles, dans ce suspense que j'évoquais ou l'avenir peut prendre un tour parfaitement imprévisible mais contenu cependant dans les toutes premières images qui ont déjà commencé à germer dans notre esprit lévitant car, dans cette fracture du temps, mille destins possibles se bousculent, en quelques secondes à peine, là où c'est tout l'avenir du monde que notre esprit vient balayer, calculant , tel une machine, la probabilité de telle ou telle suite logique, ou possiblement logique ou seulement réaliste, à peine probable, encore moins inéluctable, qui va perpétuer l'action qui nous tient en haleine.
Parmi ce foisonnement, cette galaxie de mots suivants possibles, chacun va puiser, chasseur d'étoile, muni pour tout instrument scientifique d'une simple épuisette trempée dans le cours naturel de la vie, nous aspergeant de ses rayons obliques, à mesure que la nuit tombe et avec elle, jaillissantes, les milliards d'étoiles de l'univers, une par suite possible à nos trois points étincelants...
Quelle étoile va alors suivre notre regard perdu dans l'infini ? Celui ci ne va pas s'attarder sur les plus lointaines, hors de sa capacité à les percevoir une par une, il va se laisser plutôt guider par l'étoile du berger, celle qui nous devance depuis toujours et avec bonheur car, qu'y a-t-il de plus beau que de se laisser guider par la déesse de l'amour...même si, celle-ci, bien plus joueuse qu'il n'y parait, nous entraine dans le sillage de ses amours virevoltantes, vers des mondes ou notre saine logique cartésienne n'a plus de sens, des mondes ou l'impossible ne l'est plus, ou une surprise se dresse à chaque instant sur notre chemin, mais laquelle va donc apparaitre à cette toute fin de paragraphe...
Qu'allons-nous donc retenir de cette profusion d'avenirs étoilés qui constellent alors notre impatience quand Venus, s'éloignant d'un signe de la main semble nous dire qu'il n'y a pas d'avenir possible au-delà de ces trois points... ? Je me garderai bien de les dénombrer, chacun ayant, au-dessus de sa tête, l'auréole sainte de la vie qui nous a été accordée, sa propre étoile, vivant sa vie et sa vie après la mort avec elle, qu'elle illumine à chaque sourire de joie sincère.
Dirais-je que je joue de ces trois petits points quand ils apparaissent comme des farfadets, feux follets éclairant certains de mes coins de phrases ? Me laisserais je aller à plaisanter sur nos constellations respectives ? Il n'en est rien, je le promets, rien d'autre qu'une volonté bien charitable de voir l'étoile de celle à qui je dédie ces phrases, se mettre à briller dans ses yeux...Illuminant son visage, son sourire, empourprant ses joues d'une chaleur douce qui insuffle la vie à son adorable univers...