J’aimerais gagner beaucoup d’argent. Je ne l’ai jamais dit comme ça, mais c’est ça m’est venu en lisant qu’un jeune acteur hollywoodien possède une maison estimée à onze millions d’euros. Un haras fourni de multiples couloirs labyrinthiques. J’aimerais claquer ma thune, toute ma thune dans un beau jean, bien fait, bien bleu. C’est ainsi que je me baladerais dans les rues de grandes métropoles, voire peut-être même de Los Angeles. Je migrerais à mon bon vouloir, au bon vouloir de mon compte en banque. Lequel ne serait jamais rassasié, toujours plein. Je voudrais pouvoir couvrir mes parents de cadeaux : du dernier iPhone pour mon père, des tonnes de fleurs pour ma mère. Ces fleurs viendraient de Chine, du Japon, de Russie, d’un botaniste secret qui refuse de vendre ses créations à n’importe quel badaud. Ah que j’aimerais le dépenser mon fric. Je voudrais pouvoir imaginer ma cuisine, juste l’imaginer. Et puis le lendemain, l’acheter. Il y aurait du marbre, des éviers inoxydables, des fours si noirs que les invités me diront : « C’est du laqué ça ». Ou ils le penseront si forts qu’ils m’envieront, sans jamais le dire. Mais ils se le diront sur le retour, dans leur petit 4x4 payé en leasing. Je voudrais pouvoir me promener dans un peignoir à trois mille six-cent cinquante euros, un verre de vin à la main… de 1598, tiens ! C’est possible ? Puis je mangerais goulûment des amuse-gueule qui seraient nichés dans de gros bocaux reluisants, qu’on reluquerait avidement depuis le sellier. Ah, j’aimerais un jour le disperser, mon argent que j’ai pas.