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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les fous et les morts

Auteur Sujet: Les fous et les morts  (Lu 748 fois)

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Les fous et les morts
« le: 21 Juillet 2025 à 09:24:23 »
Nous avions passé, Grégoire et moi, une agréable fin de soirée au restaurant en devisant de tout et de rien, de mille choses futiles ou graves sans nous vautrer dans une psychologisation qui eût été de bien mauvais goût.

Comprenez-moi. Comment tenir une tension artificielle sans en être jamais distrait ? Chez Grégoire et chez moi couvait un vieux relent d'épicurisme nous empêchant de sombrer dans une fixation narrative que nous n'aurions pu assumer, comme on dit de nos jours. Certains brûlent peut-être d'un térébrant désir de vivre dans l'excès continué jusqu'à s'y consumer. Lui distinguait clairement le temps pour vivre sa folie et le temps pour mourir d'un trop-plein de réalité. D'ailleurs, ne mettait-il pas en pratique cette ligne de conduite ?

À quoi s'intéresse un individu en perpétuel va-et-vient entre la folie et la mort ? Certes, je n'accédais pas à la cohorte de ses pensées, mais je crois sincèrement qu'il faisait la part des choses. Ainsi, quand Grégoire mangeait, il mangeait ; quand il buvait, il s'enivrait du bouquet ou de la robe du vin ; quand il respirait, il sacrifiait au devoir et surtout au plaisir de remplir ses poumons avec une ostentation complètement barrée ; et à l’heure dite, il redevenait le fantôme qu'il avait toujours rêvé de devenir.
 
Je n'ai jamais discerné en lui cette duplicité si prévisible chez le plus grand nombre des morts et des fous que j'ai fréquentés et dont la dualité s’exprimait trop fort, éteignant la surprise que nous en attendions. Grégoire, lui, dégageait un fonds d'honnêteté désarmant l'anticipation. Il ne devançait pas l'événement, il s’imposait sans brusquerie de respecter l'ordre de succession des faits. Oui, il refusait d'éprouver à l'avance un récit qui s'écrirait avec ou sans lui. Il ne s'endetterait pas en empruntant aux réalités supposées de l'avenir. Comme moi, il n'avait aucun goût, mais vraiment aucun goût pour le fantastique.

Tout simplement Grégoire estompait sa folie pour ne pas mourir tout à fait. Sa démarche, lâchons le mot — poétique —, n'allait pas sans licence des transports de joie et de colère chez ceux qui croisaient sa route sinueuse. Car si la main était nue, la dextérité du chirurgien qu'il aurait pu être touchait juste et fort.

Nous nous sommes quittés au petit matin. Je lui ai proposé de le raccompagner dans mon taxi, mais il a préféré — selon son humeur — rentrer au cimetière ou à l'hôpital psychiatrique pedibus jambus. Je l'ai vu s'éloigner et disparaître au coin de la rue. Il ne m'avait rien révélé de son clignotement de folie et de mort, je n'avais rien appris et pourtant, oserais-je affirmer qu'en sa compagnie déroutante, je venais de passer une excellente soirée ?

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Re : Les fous et les morts
« Réponse #1 le: 21 Juillet 2025 à 12:14:13 »
Bonjour Prune,

j'ai bien aimé ce texte, notamment des petites surprises comme cette opposition entre une syntaxe et un vocabulaire un peur surchargés opposés à "complétement barrée", qui crée un mini choc qui m'a bien amusé.
Je n'ai pas trouvé de coquilles.

Donc, un texte court qui nous laisse un peu sur notre faim. Où sommes nous ? Du fantastique qui reste en lisière ? C'est ce doute qui nous reste comme un noyau de cerise ( de prune) à faire rouler sous la langue.

B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Re : Les fous et les morts
« Réponse #2 le: 21 Juillet 2025 à 13:36:33 »
@basic

Du grotesque, bon Dieu ! du grotesque comme catégorie esthétique ! Cf. " Les Grotesques" de Théophile Gautier. Merci de ton passage. Prune.
« Modifié: 21 Juillet 2025 à 14:06:30 par prune »
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Re : Les fous et les morts
« Réponse #3 le: 21 Juillet 2025 à 15:16:30 »
 re bonjour Prune

Je vais garder le "gros texte, bon dieu" comme catégorie dans mon vocabulaire et prier saint Théophile

j'ai bien aimé aussi "la tension artificielle" et la phrase "Chez Grégoire et chez moi couvait un vieux relent d'épicurisme nous empêchant de sombrer dans une fixation narrative que nous n'aurions pu assumer, comme on dit de nos jours." que j'essaierai de replacer.

N'hésite pas quand tu veux tester un truc de nous dire à quoi il faut faire attention, histoire que l'on te fasse des retours constructifs et pas étalage de notre inculture

B

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