Hello
J'ai terminé cette courte nouvelle d'horreur. C'est assez crade et cru. Si vous avez des remarques, je suis preneur.
Un truc dans l'oeil
Elle cligne des yeux.
Encore.
Mais le fil ne disparaît pas.
Un filament blanchâtre, à peine visible, qui flotte dans le blanc de son œil gauche, juste sous la cornée. Il ondule lentement, comme un cheveu noyé dans du lait. Un frisson lui traverse l’échine.
Elle s’approche du miroir. Plisse les paupières. Le filament remue. Il… nage.
Elle recule d’un pas, secoue la tête. Non. C’est rien. Une saleté. De la fatigue. Elle se penche de nouveau. Regarde mieux. Il est toujours là. Il s’est déplacé, comme s’il se cachait.
Elle saisit le miroir grossissant. Son visage explose en détails déformés. Les pores, les cils, les rougeurs. Et, là. Le ver.
C’est un ver. Un putain de ver translucide, englué sous la cornée, qui frémit lentement.
Elle panique. Grogne. Sa main tremble.
Elle attrape un coton imbibé d’eau micellaire, frotte son œil en râlant. Rien. Le ver se recroqueville, puis glisse à nouveau, comme pour lui échapper.
— Salope… tu vas sortir, salope…
Elle farfouille dans sa trousse. Pince à épiler. Elle la serre. Approche la pointe. Son œil cligne. Elle le force à rester ouvert.
Elle plante. Pince. Glisse. Rate. Elle pince encore. Elle gratte. Le métal glisse contre l’œil dans un crissement humide. Une goutte de sang perle au coin de la paupière.
Elle halète.
Reprend la pince. Recommence. Sa main tressaute. Le bout enserre un pli de cornée. Elle serre les dents. Tire.
Un gémissement de douleur.
Rien.
Le ver est plus profond.
Elle ouvre le tiroir. Attrape un coupe-ongles, une lime métallique. La lime brille sous la lumière blafarde.
Elle s’assoit. Fixe son reflet.
— Tu crois que tu peux te planquer ? Hein ? Espèce de merde visqueuse ? Tu veux vivre là-dedans ? TU CROIS QUE JE VAIS TE LAISSER FAIRE ?!
Elle plaque l’index sous l’œil. Prend la lime. L’enfonce doucement sous la paupière. L’angle cranté frotte la cornée. Elle pousse. Râcle.
Son cri déchire la salle de bain. La lime ressort, rouge, tachée.
Elle repose la lime. Prend la pince. Replonge.
Cette fois, elle sent la pointe s’enfoncer sous la surface de l’œil. Un pop humide. Un choc de douleur. Mais elle tient. Elle pince. Et elle tire.
Un demi-centimètre de ver émerge. Gélatineux. Frétillant. Elle tire encore. Il se rompt. La moitié retourne se terrer.
Elle sanglote. Sa joue ruisselle de larmes tièdes et de sang dilué.
Elle regarde dans le miroir. Et là… un deuxième.
Au coin de l’œil droit. Plus petit. Mais déjà là.
Puis un troisième. Sous la paupière inférieure.
Elle hurle.
Marche vers la cuisine.
Ouvre le tiroir.
Saisit une petite cuillère.
Retourne dans la salle de bain. Allume le briquet. Fait danser la flamme. La cuillère noircit lentement.
Elle la souffle. La serre dans sa main moite. S’assoit. S’approche du miroir.
Et, sans trembler, elle lève la cuillère.
La pointe appuie contre l’orbite.
Elle pousse.
La douleur est immédiate. Vive. Cinglante. Elle grince des dents. L’œil résiste. Elle insiste.
La cuillère s’enfonce sous la paupière, racle l’os. Elle halète. La cuillère glisse, prend appui. Elle sent le globe rouler, frémir.
Elle pousse plus fort.
Et dans un craquement mouillé, l’œil bascule hors de son orbite. Il gonfle, pend à moitié hors de la cavité, relié par une traînée nerveuse et sanglante.
Elle hurle.
Mais elle continue.
Elle cale la cuillère sous le globe, et dans un geste brutal, elle soulève.
Pop.
Le globe jaillit, roule sur le carrelage, laisse derrière lui un sillon rouge et visqueux.
Elle reste figée. Le visage déformé. Le trou béant d’où suinte une bouillie rougeâtre.
Et sur le sol, l’œil la regarde encore.
À l’intérieur, trois vers tournoient lentement.