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25 Juin 2026 à 14:14:39
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Camper au bord de l'horizon

Auteur Sujet: Camper au bord de l'horizon  (Lu 1033 fois)

Hors ligne Nacas

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Camper au bord de l'horizon
« le: 20 Juin 2025 à 00:18:37 »
      J’ai oublié le dragon. On l’a vu, c’est sûr, mais ils se sont reconnus, et je l’ai oublié. Je ne me souviens pas de la question. Je ne me souviens pas de la question qu’ils se sont posée.
      Le ciel est nuit.
            La rivière est douce.
Elle coule sur la plaine. Dans un million d’années, peut-être, elle sera devenue un canyon, un vallon, une vallée. Comment les vallées se forment est-ce qu’il faut des montagnes ? Combien de choses peuvent se passer, en un million d’années ? Les étoiles se taisent. Elles qui savent pourtant, à ma question silencieuse elles opposent un silence distant. Très distant. Peut-être qu’elles ne savent pas comment le dire. S’il fallait que je hurle mes interrogations, pour qu’elles m’entendent, je déploierais tous mes poumons. Mais je ne crois pas que je pourrais crier assez fort.
      Et ma voix se perd dans ma propre gorge.

      La nuit coule dans ma gorge, essorant des vallées invisibles et finissant au bord de mes lèvres, une goutte de rosée. Qui se déplace.
      J’ouvre l’œil, remue dans mon cocon synthétique pieds frappe une paroi y’a un rideau sur le monde. Je frappe. Je frappe, mes deux yeux grand-ouverts je frappe la tente dégringole et mes bras bloqués par le couchage, j’ai eu l’impression de m’être réveillé sans, ils étaient juste là, mais non, la tente s’est ouverte en tombant sur moi et ce n’est que ma face dehors, saluer l’aurore, qui m’a calmé.
      Bec. Benzène, du gaz, brûle une tasse par le dessous. Je verse de la poudre maronnasse qui a un jour été du café, dans le liquide brûlant, dans ma main. Je lèche. J’respire. Et tout le reste enfin, il faut que je range la tente. Je ne suis pas encore arrivé au sommet les montagnes me narguent, partout alentour.
La journée le paysage défile, les arbres me laissent passer en s’écartant des pierres naissent de chemins éparpillés, que j’emprunte, mon sac sur mon dos veut m’enraciner ; et moi je marche. Sous le poids immense de cette voûte céleste. J’ai perdu les autres de vue.

      Il est loin le temps où je posais ma tente pour mon frère, qui dormait avec moi, les plaines l’ont emporté, il a emporté les plaines, quand je m’endors et que je rêve elles sont encore là ; moi je n’ai pas bougé. Je ne comprends toujours pas où se sont perdues celles de nos amis, dans quelle crevasse les cordes de rappel ont été oubliées pourquoi je continue de marcher tout seul. Un jour j’oublierai le goût que ç’avait randonner ensemble, sillonner l’horizon.
      Ce jour-là, je n’ai qu’à espérer que j’aurai également oublié pourquoi je marchais au départ ; le contraire serait douloureux.
Pas que je fuie la douleur,
J’inspire
Le ciel
      C’est juste qu’elle me rentre dans les os, la méchante, elle les ramollit, elle les perce, creuse des trous. Quelqu’un de douloureux sépare des abîmes, en moi, alors j’ai de plus en plus de mal à accueillir les falaises des paysages que je traverse, qui s’écrasent sur moi comme l’écume des vagues sur un mur. Mouvant. Dans une cinquantaine d’années l’érosion aura eu raison de moi, les murs ne sont pas faits pour tenir : ils sont faits pour s’ériger. Mettre à l’abri. Et tomber enfin en ruines, comme si le vent soudain les rattrapait… dès le jour où les enfants sont assez grands pour construire les leurs.
      Il paraît que dans certaines contrées, il y a assez de ruines pour joncher l’horizon.
      L’air y souffle moins fort, elles ne disparaissent plus aussi vite ; un frisson m’ébranle et je chasse ces visions de mon esprit. Que des Villes puissent exister est une perspective assez terrifiante pour détruire le ciel.

      Les nuages indolents, je pourrais presque les toucher, il suffirait de tendre la main, qu’ils viennent s’effilocher entre mes paumes.
« Modifié: 22 Juin 2025 à 18:29:46 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne Cendres

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Re : Camper au bord de l'horizon
« Réponse #1 le: 20 Juin 2025 à 18:53:25 »
Merci pour le partage de ton récit.

C'est un texte très imagé et trop littéraire, qui le rend trop opaque pour une personne comme moi.
Attends de lire des avis de personnes plus avisées avant de te faire une opinion.

Tu parles de camping sauvage et de ce que pense le campeur dans sa tente.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Robert-Henri D

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Re : Camper au bord de l'horizon
« Réponse #2 le: 22 Juin 2025 à 16:05:52 »
Bonjour,

J'aime ce genre d'écrit profondément introspectif, quoique foncièrement mélancolique. Les images sont puissantes et témoignent d'un fort sentiment de lutte intérieure : qui n'a pas un jour ressenti cette impression de voyage en pseudo solitaire, à la fois physique et existentiel, hanté par des " ombres " ?... La perte qui rend tout espoir, caduque, fait le rêve incertain, mais pas que !

Si la partie en italique me fait songer à de la poésie moderne, il n'en est pas moins (c'est mon idée) que le texte qui la suit, se conçoit assimilable à de la prose poétique (notamment en raison de la syntaxe qui s'affirme moins conventionnelle qu'il se peut vouloir), j'ai dans l'esprit que c'est là un choix clairement stylistique. Des suggestions visant à clarifier sans "aseptiser" l'émotion brute restant néanmoins possibles.

Exemple 1 :

Citer
« La nuit coule dans ma gorge, essorant des vallées invisibles et finissant au bord de mes lèvres, une goutte de rosée. Qui se déplace. »

Suggestion : « La nuit coule dans ma gorge, essorant des vallées invisibles et finissant au bord de mes lèvres, goutte de rosée qui se déplace. » (Ainsi, le style m'apparait plus concis et poétique en retirant « une » et on garde néanmoins la rupture figurée précédemment par un point séparant sans véritable obligation la phrase en deux. Ou alors, il conviendrait sans doute d'adoucir ce type de rupture brutale en remplaçant ces points là par des points-virgules.

Exemple 2 :

Citer
« J’ouvre l’œil, remue dans mon cocon synthétique pieds frappe une paroi y’a un rideau sur le monde. Je frappe. Je frappe, mes deux yeux grand-ouverts je frappe la tente dégringole et mes bras bloqués par le couchage, j’ai eu l’impression de m’être réveillé sans, ils étaient juste là, mais non, la tente s’est ouverte en tombant sur moi et ce n’est que ma face dehors, saluer l’aurore, qui m’a calmé. »

Cette section n'est pas la seule à paraitre quelque peu abrupte, très « flux de conscience » elle reflète bien la désorientation au réveil. [D'autres la suivent]. Il n'en est pas moins que le manque de ponctuation et de conjonctions, qui dans cet exemple est donc intentionnel, me suggère qu'il conviendrait peut-être d'y pallier çà et là, en ajoutant (entre autres) quelques virgules. Ne serait-ce que pour ajourer tout ça d'un peu de clarté.


Bonne fin de dimanche.
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne BAGHOU

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Re : Camper au bord de l'horizon
« Réponse #3 le: 22 Juin 2025 à 16:58:34 »
Bonjour,

J'ai lu ce texte une fois hier et oups, je me suis perdue et ça je n'aime pas du tout. Alors me revoilà avec une humeur différente.

Je me suis demandée si la partie en italique et la dernière phrase était du même auteur ou écrit à un moment différent. Mais c'est assez subjectif et pourtant cela me trotte dans mes neurones.

En tout cas ce personnage est original, ses pensées sont un poids supplémentaire et cela s'ajoute à son émoi de souffrance personnelle sur la perte d'êtres chers partis trop tôt. Premier de cordée m'a aussi trottée dans la tête et le rendu sur cette randonnée qui me semble être une première étape avant de passer à l'alpinisme m'a intriguée.

C'est bien écrit, quelques coquilles avec tente et tante, c'est humainement intéressant. Une réussite.
"La critique, art aisé, se doit d'être constructive." Boris Vian dans "Les chroniques du menteur".

Hors ligne Nacas

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Re : Camper au bord de l'horizon
« Réponse #4 le: 22 Juin 2025 à 18:29:01 »
BAGHOU !
Je te remercie pour la réussite. J'en pourchasse en ce moment une autre, et me fonds avec la terre la boue du sol comme mes personnages ailleurs (je vais bien !)
C'est quand même mortifère à la base, une réussite ! faudra faire gaffe.

Ça faisait un bail.

La partie en italique, elle est pas en italique dans mon document local, j'ai voulu tester pour rendre clair que c'était un rêve (et moi je sais que les dragons n'existent pas mais je sais aussi que ce n'est pas le cas pour tout le monde ici et je ne voulais pas qu'on m'accuse de les faire exister, m'interroge à ce sujet, alors j'ai penché les lettres !)

Citer
quelques coquilles avec tente et tante
zut, je vais corriger
Citer
cette randonnée qui me semble être une première étape avant de passer à l'alpinisme.
YESS !!



R-H D, mes honneurs, nous ne nous sommes encore jamais présentés je crois.
Je suis Nacas, canard de mon état, et certainement plus proche de bouffer les nuages que je ne me l'imagine, enfin, j'veux toujours bouffer plus fort avec des crocs plus longs et mes griffes battent l'air sans rien attraper jamais. T'écris de la Fantasy j'ai cru lire quelque part ? Tu me sembles assez posé, et ton avatar me file des frissons donc j'avoue que si tu m'invites il faudra qu'on griffe un peu des nuages ensemble pour que j'ose passer le seuil de ton long ou du reste.
Ne prends pas cela comme une demande, je t'en prie. Dieux savent quels longueurs je peux joindre pour te faire changer l'idée de t'approcher trop près.

Citer
Cette section n'est pas la seule à paraitre quelque peu abrupte, très « flux de conscience » elle reflète bien la désorientation au réveil. [D'autres la suivent]. Il n'en est pas moins que le manque de ponctuation et de conjonctions, qui dans cet exemple est donc intentionnel, me suggère qu'il conviendrait peut-être d'y pallier çà et là, en ajoutant (entre autres) quelques virgules. Ne serait-ce que pour ajourer tout ça d'un peu de clarté.
C'est très bien dit, et honnêtement j'y réfléchirai. En ce moment, et je m'en excuse, les textes que je poste sur le forum sont très "entartrés", et je trouve plein de grippages, d'eaux sombre maronnasses, bref des trucs qui traînent et qui puent dans ma pensée, qui se retrouvent dans le corps du texte. Je me rengorge de joie et j'adore, bien évidemment, écrire sans une virgule correcte, mais actuellement cette forme est une forme d'ancre pour me permettre d'écrire (tu ne devines pas quelles fadaises j'écris quand la ponctuation est droite), lorsque je la voudrais plutôt devenir les plumes de penne.
Je me pencherai sur ma ponctuation, donc. Merci !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.



Cendres,
Ton commentaire m'a rendu profondément triste, et profondément enragé aussi. J'ai mis des feuilles en lambeaux en le nom de cette seule rage, hier.
Mais au final, je suis indifférent (c'est un compliment) à ta lecture. Ce n'est que le commentaire et sa forme qui me râpent la peau.
Je sais que tu ne pensais pas à mal.



J'ai la pêche en ce moment, tiens.
Je vous remercie pour votre lecture, et votre passage.

Je m'évertuerai à vous présenter de prochains textes plus épurés, un peu moins pleins d'eaux maronnasses !


Vêchement,
Nacas
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

Hors ligne Robert-Henri D

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Re : Camper au bord de l'horizon
« Réponse #5 le: 22 Juin 2025 à 19:10:00 »
 ;)  Hé bé,  Nacas, c'est bien ce que je " disais "

 
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Les images sont puissantes et témoignent d'un fort sentiment de lutte intérieure !
Lorsqu'un texte respire comme une prose d'antan, avec ce grain de subtilité stylistique quelque peut archaïque qui le différencie, c'est peut-être que son auteur se refuse à suivre la cadence uniforme du présent ?

Hors ligne Cendres

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Re : Re : Camper au bord de l'horizon
« Réponse #6 le: 23 Juin 2025 à 17:09:54 »
Cendres,
Ton commentaire m'a rendu profondément triste, et profondément enragé aussi. J'ai mis des feuilles en lambeaux en le nom de cette seule rage, hier.
Mais au final, je suis indifférent (c'est un compliment) à ta lecture. Ce n'est que le commentaire et sa forme qui me râpent la peau.
Je sais que tu ne pensais pas à mal.
(...)
Mon commentaire n'avait pas pour but de dénigrer ton texte ou d'être offensante. Je voulais juste signaler, que bien l'ayant lu, je n'avais pas tout saisi sa richesse.

Bien que j'écris moi-même et que je lis les textes, je dois admettre que mon niveau est plus bas que beaucoup de personne ici.
Je ne voulais pas te faire du mal.

A l'avenir, j'éviterai de commenter si j'ai que ce genre de commentaire à t'offrir.

Désolée de t'avoir vexé.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

 


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