Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Chute

Auteur Sujet: Chute  (Lu 3922 fois)

Hors ligne Ambrena

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Chute
« le: 06 Mai 2007 à 22:09:48 »
Ma toute dernière nouvelle de fantasy. Elle m'a été inspirée par le sujet d'écriture de ce mois-ci des Rivages, mais j'hésite à la poster. Cette fois encore, j'ai eu du mal à finir. Je crois que les chutes (sans mauvais jeu de mots, hein!  ;) ) ne sont pas mon fort.
Dites-moi ce que vous en pensez, cela m'aide beaucoup à progresser.



Chute


Je tombe. A toute vitesse. Le vent me fouette le visage, il fait bouger ma toge qui claque et s’agite. Je tombe, tête en avant, le corps à l’abandon.
Des tourbillons d’air se forment sans doute dans mon sillage. Je ne sais pas. Je ne les vois pas. Mon regard se retrouve capté, attiré par le bas.
Le bas. Des masses blanches et grisâtres, menaçantes, qui s’agitent, s’emmêlent. Loin, très loin en dessous de moi pour le moment. Mais je ne vais pas tarder à les rejoindre.
J’ai peur. J’enfouis la tête entre mes bras repliés, dans un mouvement convulsif de protection. La chute semble s’accélérer, je n’ai de prises nulle part, je ne sais pas quoi faire. Ma chair est mise à vif par le frottement de l’air, j’ai mal. Oh, mon… Non, je ne prierai pas. Je ne le supplierai pas. Surtout pas lui.

Il fait de plus en plus froid, mais je ne me plaindrai pas. Je serai fort. Je me montrerai digne de ce que je suis. De ce que j’ai été. De ce que je me dois d’être, à présent.
J’ai peut-être été exilé, mais je ne me morfondrai pas en pensant à ce que je viens de quitter. A ce que je viens de perdre. De toute manière, je commence à l’oublier. Tant mieux.

Il faut que je vive pleinement cette expérience, et non que je la redoute. Ils seraient ravis d’apprendre que je me suis comporté comme un lâche, une fois projeté en plein ciel. Allons, cesse de te cacher les yeux comme un enfant, maintenant. Ils en seraient trop satisfaits. Sois courageux, ne te laisse pas effrayer. Tu y arriveras, tu trouveras où puiser cette force en toi.
Lentement, mes bras se détachent l’un de l’autre. Je n’ose pas encore regarder ce vers quoi je me précipite, mais j’essaie tout de même de ressentir ce qui m’entoure, au lieu de le subir. Les sensations que capte ma peau. Rapidité, froid et vent. Ce n’est pas si désagréable, au fond. C’est même grisant. Mes yeux se ferment un instant. Je me laisse aller, dans ce mouvement qui m’emporte. Mes sens s’ouvrent à moi.

Je  rouvre brutalement les yeux. Mes sens ? Mais depuis quand puis-je éprouver de telles choses ?

Cette pensée me frappe de plein fouet. Je sens qu’un souvenir vient de m’échapper. Ou peut-être qu’il est simplement enfoui dans ma mémoire. Déjà… Je ne pensais pas que j’oublierais si vite. Qu’il arriverait vraiment un jour où je ne me rappellerais plus de rien. Pour un bref instant, je sens deux êtres en moi. Celui qui se souvient de tout, dans les moindres détails. Et celui qui veut tout oublier, faire table rase de son passé. La lutte entre les deux devient âpre.
N’oublie pas ! N’oublie pas ! Non, débarrasse-toi de tout cela. Tu n’en a plus besoin, maintenant, c’est fini. Ce n’est pas vrai ! Si, et tu le sais très bien. Menteur! Cela ne peut pas finir ainsi. Je ne veux pas!
Et pourtant…
Non, cela ne me revient pas. Et je crois bien que je ne m’en souviendrai plus jamais. Tant pis, après tout. Tant pis !
Ne pense pas à cela. Essaie de ne vivre qu’ici, et maintenant. Le contact de l’air sur ta peau. L’incessant bruissement de tes vêtements. La morsure cinglante du froid.
Comment puis-je ressentir cela ? Peu importe, après tout. C’est si étrange, si prenant…

Laisse-toi, laisse-toi porter. Sois léger. Regarde cette surface bleutée, lactée, juste en-dessous de toi. Dans peu de temps, tu vas la rejoindre, et tu ne te préoccuperas qu’à ce moment-là de ce qu’il en est.
Pour l’instant, vide ton esprit. Vis dans l’instant… L’instant…
Je tente d’étendre les bras. Ce n’est pas facile, car la vitesse m’entraîne, mais j’y parviens finalement. Mes longues manches blanches flottent à la verticale, comme une traîne d’argent.
Je m’élance, comme de mon plein gré, à la rencontre de cette mystérieuse étendue mouvante et grise. De mes mains tendues, j’embrasse la masse étrange, qui s’avère humide et glacée au contact. Me voici plongé dans une épaisse brume, légère et froide.
Mais cette sensation ne dure pas. Une fois la fine couche vaporeuse traversée, je ressens soudain une chaleur intense. Mon corps serait-il en train de s’embraser ?
Je ramène avec peine mes bras devant moi. Roulé en boule, je continue ma chute inexorable. La douleur est presque insupportable, mais je survivrai. Une voix enfouie en moi le sait. Mes yeux se ferment doucement et je sombre dans l’inconscience.

***


« Leya ? Leya, réveille-toi ! », murmura le jeune Hénoch à sa sœur, allongée à ses côtés. « Leya… Regarde le ciel ! », reprit-il d’une voix un peu plus forte.

La silhouette étendue sur l’herbe, tout près de lui, fit mine de bouger, puis se frotta les yeux.
« Qu’il y a-t-il, Hénoch ? », demanda la petite fille d’un air encore engourdi. « Un mouton s’est échappé ?
-Regarde le ciel, je te dis ! »
L’enfant s’apprêtait à demander pourquoi lorsqu’elle poussa soudain une petite exclamation étouffée. Une longue traînée de lumière, étincelante et majestueuse, traversait le champ des étoiles en face d’eux. La ligne d’argent pur semblait se diriger tout droit vers une colline voisine, qui se détachait sur l’horizon vallonné.

« Oh… Comme c’est beau… », chuchota la fillette émerveillée. « Qu’est-ce que c’est, à ton avis, grand frère ? Une étoile filante ?
- C’est bien trop incliné pour en être une. On dirait qu’elle va s’écraser au sol…
-Si on allait voir, Hénoch ? » Leya se sentait à présent bien réveillée, et le mystère de la lumière dans le ciel la tenaillait de plus en plus. Elle tourna ses grands yeux noirs vers son frère, le visage suppliant. « Je t’en prie, allons voir… »

Le jeune garçon avait déjà en tête mille raisons de refuser. C’était peut-être dangereux, ils ne possédaient rien pour se défendre, et de toute manière, il restait encore le troupeau à surveiller. Que dirait Père si l’une des bêtes manquait ?
Mais devant l’enthousiasme de la fillette, son cœur aimant de grand frère fondit, et il n’eut pas le courage de refuser.
« Viens, petite sœur. Prends-moi la main, on y va. »

L’extrémité de la majestueuse ligne lumineuse avait à présent disparu derrière la colline.

***


Douleur. Dans tout mon être. Une douleur sourde, lancinante, qui fourmille au sein de chacun de mes membres. Impossible d’ouvrir les yeux, de me lever. Je ne suis plus qu’une immense plaie consciente.
Mais j’ai cessé de tomber. Je suis immobile, à présent. Piètre réconfort, si je dois demeurer ici à jamais.

Tu te relèveras, tu verras… Ce sera douloureux, comme cela l’est pour le moment, mais tu survivras. Pour le moment, ne fais pas le moindre geste. Reste immobile, oui, exactement comme maintenant.

J’ai l’impression de m’enfoncer dans d’épaisses ténèbres. Plus rien, plus personne ne peut m’y atteindre. Sauf, peut-être…
« Attends, Leya. Ne t’approche pas tant. Recule, s’il te plaît. »
Une voix. Une voix de petit humain. Se pourrait-il que…
« Oh ! »
Encore un petit d’homme. Une fille, je crois.

Ouvrir les yeux me demande d’immenses efforts. C’est avec peine que mes paupières finissent par s’entrouvrir.
Ce sont bien des enfants que j’ai entendu. Je discerne de manière floue leurs  deux petites silhouettes, serrées l’une contre l’autre. Je suppose qu’ils doivent ressentir un mélange de respect, d'extase et de peur.

Comment pourrait-il en être autrement ?

C’est la fillette qui rompt enfin le silence.
« Quel… Quel est votre nom ? »

Mes paupières se ferment de nouveau, pour réfléchir cette fois. Mon nom… Mon nom… Je plonge en moi-même. J’essaie de capter le souvenir, mais il m’échappe, il se dérobe, il ondule. Puis, une fois que j’y ai presque renoncé, je le sens me revenir, tout doucement.
« Sammaël. Mon nom est Sammaël. »



« Modifié: 07 Mai 2007 à 22:36:13 par Ambrena »
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

Roi Loth, Kaamelott, Livre V

Hors ligne martlet

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Re : Chute
« Réponse #1 le: 07 Mai 2007 à 13:11:10 »
c'est très bien écrit, surtout la sensation de chute. J'ai un peu peur quand même pour les enfants si ce Sammaël est bien celui que je pense  ^^

Je n'ai pas grand chose d'autre à dire, mais Mary devrait réussir à dénicher quelques fautes  :-°

Hors ligne Kailiana

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Re : Chute
« Réponse #2 le: 07 Mai 2007 à 19:28:13 »
J'aime surtout le début, lorsqu'on ne sait rien de ce qui se passe - à part la chute.

Ptit détail dans le texte :
Citer
Je ne veux pas…
Et pourtant…
Ici, je trouve qu'il y a des points de suspension en trop, ils sont trop à la suite pour être vraiment agréables. Enfin, ce n'est que mon humble avis, dans ces cas là les lecteurs peuvent penser différement ^^

Bref, j'aime bien ce texte, mais ... Sammaël est quelqu'un de particulier, ou bien tu utilises juste le nom ? Comme tu aimes la mythologie, je me demande  :noange: (surtout que durant une bonne partie du texte, surtout après le passage à la troisième personne, j'étais quasiment certaine qu'il s'agissait d'une étoile ou de quelque chose d'approchant, alors ça m'a fait bizarre o_O Mais à la relecture, jme suis dis que s'il s'agissait d'une espèce de dieu, tout se tenait^^)
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
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Hors ligne Ambrena

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Re : Chute
« Réponse #3 le: 07 Mai 2007 à 22:35:05 »
Je voudrais vous remercier de vos commentaires, tous les deux...

Merci, Martlet, ce que tu dis me fait plaisir!  :-[

Kailiana, tu as raison pour les points de suspension, l'un de mes défauts consiste justement à en mettre trop.  :( Je vais supprimer l'un des deux de ceux que tu as mentionné.  ::)

Et je suis contente que tu aie pensé que c'était une étoile, c'était bien mon intention...  :P

Que dire de plus, sinon que Sammaël est... bel et bien un nom important?  ;)
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

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Hors ligne Milora

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Re : Chute
« Réponse #4 le: 29 Novembre 2008 à 15:45:50 »
Alors, là, je suis bien embêtée avec ce texte... C'est super bien écrit, super prenant, super bien mené, mais... Ne sachant pas ce que représente ce Sammaël, la fin m'échappait. A un moment, pendant la chute, je me suis dit que c'était peut-être le diable (puisqu'il ne veut pas prier, surtout pas lui), mais la fin m'a laissée dans le vague. En cherchant (enfin surtout grâce à Kailiana), je crois que j'ai trouvé qui c'était effectivement (mais ça s'écrit avec un seul m ?). L'ennui, c'est qu'un lecteur n'a pas forcément avec lui une encyclopédie, ou quelque chose comme ça. Je veux bien croire que c'est juste moi qui n'ai aucune culture dans ce domaine (c'est on ne peut plus vrai !), mais je vois que Kailiana avait le même doute. Du coup, je reste mitigée pour la fin, qui demeure assez obscure sans cette information (du moins il me semble...  :-[ ), ou plutôt qui n'a pas son sens. Peut-être vaudrait-il mieux mettre un nom plus connu ? (sans que ce soit totalement explicite, peut-être ?)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Verasoie

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Re : Chute
« Réponse #5 le: 05 Décembre 2008 à 11:15:27 »
Comme Mil : comme je ne sais pas qui est Sammaël (enfin, j'ai regardé l'article wiki mais après coup), la chute n'en a pas vraiment été une pour moi. Mais ça, on y peut rien ^^ ça aurait quand même moins bien sonné si tu avais écrit quelque chose comme "Satan, mon nom est Satan", mdr.

Pour le texte en lui même, j'ai trouvé le début un peu long pour la description de la chute, mais c'est personnel, j'ai pas été assez attentive je pense, parce qu'à la relecture je vois qu'il n'y a rien de superflu. Les deux derniers tiers ne m'ont pas posé de problème, ça glisse tout seul ^^

(Tu pourrais nous faire un petit topo mythologique pour qu'on cerne plus précisément le personnage? :D)

Hors ligne Gros Lo

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Re : Chute
« Réponse #6 le: 05 Décembre 2008 à 16:39:37 »


Ou alors pour la chute, tu pourrais faire "Sheitan, mon nom est Sheitan." non ? c'est plus facile de deviner que c'est Satan, et c'est le nom dont on l'appelle par la suite...?
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Verasoie

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Re : Chute
« Réponse #7 le: 05 Décembre 2008 à 16:53:33 »
Oui mais Samaël n'est pas vraiment Satan, si? (sur wiki ils disent "parfois assimilé", donc je sais pas trop..)

Hors ligne Rain

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Re : Chute
« Réponse #8 le: 16 Mars 2009 à 19:29:32 »
Mais Sammaël, c'est pas Satan, si ? C'est pas plutôt Bélial ? Ou un autre démon majeur ?
Perdu

Hors ligne Ambrena

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Re : Chute
« Réponse #9 le: 16 Mars 2009 à 22:19:14 »
Ah, pardon, je n'avais pas vu la question. ^^

"Sammaël" ("le venin de Dieu"), c'est le nom angélique de "Lucifer" ("celui qui porte la lumière"), ce qui se reconnaît au suffixe "ël" qui signifie "Dieu". Après la chute, cet ange prend le nom de "Sheitan", "Satan" en français, qui signifie "l'adversaire". Tout ce que je vous raconte là n'est bien sûr qu'une version de la légende, il y en a beaucoup d'autres qui mettent par exemple en scène Bélial.

Ensuite, je n'ose pas en dire trop sur la manière dont il change de nom etc, car c'est censé être l'objet de l'une des 5 nouvelles manquantes pour la novella.

Merci pour tous vos commentaires! J'essaie de continuer, mais je ne suis pas sûre d'y arriver...
« Modifié: 16 Mars 2009 à 22:54:11 par Ambrena »
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

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