Imprononçable
Je ne peux pas prononcer le mot
il m’écorche la bouche
me brûle la gorge
Je ne peux pas prononcer le mot
il sent la souffrance
il occupe mon pays
il a deux syllabes
qu’il claque comme des talons devant le drapeau
Je ne peux pas prononcer le mot
il spolie mes valeurs
abuse du Champagne
il pue la haine
Je ne peux pas prononcer le mot
il schlague
il défile sous mon arc de triomphe
il aboie jour et nuit
il manges des ortolans au Ritz
il remplit le ciel de sa croix
et ordonne aux étoiles de se coudre sur les manteaux
Je ne peux pas prononcer le mot
toujours il revient sous des étendards nouveaux
oriflamme horrible
je l’entends ronfler dans le sommeil du lâche
il rugit dans le poste sur des valses de Vienne
il sirote à côté de toi une bière
il joue au poker ou bien aux petits chevaux
mine de rien il te ressemble
Je prononce son nom sans le savoir
pourtant je ne peux pas prononcer le mot
il est tapi dans la cuvette de mes chiottes
je ne peux pas le lâcher
il me tient par la zigounette
ses mains ont des bracelets de barbelés
et ses yeux des lunettes de mirador
avec lui on prend le train pour un aller-simple
Vous l’entendez le mot
naziller nazillard
il grince à toutes les portes que vous ouvrez
parce que lui il les défonce à coups de crosse
je ne peux pas le prononcer le nom
de ce populaire étranger qui s’invite à ma table
il sert aryen il emporte ma femme
pour la mettre dans le four avec des milliers d’autres
Je ne peux pas prononcer le mot
qui change toute mon histoire
pour raconter l’inénarrable
nazillant sur les chemins foutus cabossés de mon âme.