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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Dialogue avec l'ombre

Auteur Sujet: Dialogue avec l'ombre  (Lu 929 fois)

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Dialogue avec l'ombre
« le: 23 Mars 2025 à 11:47:45 »
                                                            Dialogue avec l’ombre

On peut dormir et ne subir que l’obscurité de son propre sommeil. On peut dormir et prendre conscience d’une double obscurité.
C’est ce qui m’arriva une nuit froide de février. Je dormais. Je sentis soudain qu’une autre nuit enveloppait ma chambre et ma grande maison à Meudon où j’habite depuis quelques années. Dans mon sommeil je me levai et regardai par la fenêtre les lampadaires de la rue qui étaient éteints. Je compris que c’était une panne de secteur qui plongeait dans le noir tout le quartier. Machinalement, toujours ensommeillé et me laissant conduire par de vieilles habitudes, je descendis l’escalier pour aller à la cave, le disjoncteur électrique y étant installé. Mais aussitôt je fus arrêté dans ma course par une ombre, celle de quelqu’un qui grimpait les degrés vers moi. Dans ma stupeur je demandai Qui êtes-vous ? L’ombre ne répondit pas tout de suite. Elle me laissait mariner dans ma frayeur. Une sale pensée, genre c’est un malfaiteur qui s’est introduit durant la nuit dans ma sombre demeure. Je réitérais en effet ma question en tutoyant l’intrus. Qui es-tu ? Ce tutoiement sembla lui convenir, il me répondit qu’il n’était pas l’électricien.
Je suis une ombre.
Oui, je le vois bien. Dans l’obscurité de mon sommeil et celle de la nuit je ne distingue que des ombres.
Elles te font peur hein ? rétorqua l’ombre en face de moi. 
Celle-ci se tenait à la rampe et me barrait le passage. J’étais paisible dans la chambre de ma haute demeure, au 24 bis de la rue de la Verrerie, dans un quartier de bonne réputation, et voici qu’une ombre faisait irruption chez moi en pleine nuit et de surcroît durant une panne générale d’électricité.
Pourquoi alors chercher de la lumière si la panne est générale ? me demanda l’ombre.   Tu roupilles. Pourquoi t’embêter à vouloir voir dans la nuit ? Tu es trop curieux bonhomme.
J’ai des problèmes comme tout le monde voilà ! répondis-je un peu agacé.
Je peux régler tes problèmes, t’estourbir et ouvrir ton coffre où se trouve la raison de tous tes problèmes.
Tu auras besoin de moi pour ouvrir le coffre.
Imbécile, je connais tes secrets et le code qui permet d’accéder à tous tes avoirs.
Il est vrai qu’une ombre se faufile partout, pensais-je. Mais une ombre sans un peu de clarté ne peut vivre longtemps. Une ombre est prise à son propre piège si quelque part une lueur ne la frôle pas. Une lueur raisonnable s’entend. Pas un éblouissement qui écrase tout et nivelle les différences et les hiérarchies. Et cette lueur, elle provenait d’où puisque le quartier était plongé dans le noir ? De la lune ? Pourtant nous étions en pleine néoménie, c’est-à-dire que même les buissons dans mon jardin étaient invisibles.
Et ton imagination coco, ta gamberge elle produit pas des étincelles dans la nuit ? me brailla l’ombre dans l’escalier.
Là-dessus je laissai éclater ma colère. L’intrus en plus de pénétrer dans ma maison, il s’introduisait dans mes pensées. Je lui envoyais quelques coups de savate dans le plexus. Mais celui-ci était si dur que je me rompis les orteils. Je n’avais en somme frappé que le mur sur lequel l’ombre se détachait.
La voix de l’ombre était caverneuse, difficile à identifier. Elle résonnait dans les étages, semblable à la mienne quand je parlais à des amis ou que je récitais des poèmes comme cela m’arrivait après en avoir écrit quelques-uns satisfaisants. Plus je fixais l’obscurité, plus l’ombre se faisait menaçante, agitant les bras, voulant forcer le passage et atteindre ma chambre.
Où veux-tu aller là-haut, il n’y a personne ? je dis à l’ombre.
Il y a ce que tu planques bien au chaud, je le découvrirai et le réduirai en poussières, me lâcha le zombie, avec son fiel qui dégoulinait partout sur le tapis recouvrant les marches de l’escalier.
Crétin ! tu veux jouer avec moi au plus malin, je te ferai t’enfuir, tu n’es qu’un fugitif courant dans les campagnes, t’infiltrant dans les maisons des gens pour les effrayer et les piller, tu crains le jour qui te démasque, parce qu’au fond tu n’as que l’apparence qu’on veut bien te donner, sans le corps des gens et des choses tu n’as pas d’existence, farfadet, fantôme, larve, chiffe molle !
Là, je marquais un point. L’ombre se tassa et ne sut me répondre. Je sentis un air glacé me parcourir. Je me retournai et je vis l’ombre aussitôt me devancer, atteignant le palier de ma chambre. Heureusement la porte était fermée. Les ombres ne traversent pas les portes, à peine s’immiscent-elles dessous. Mais celle de mon agresseur était trop importante. Rien ne pouvait la rétrécir. C’était comme si on me demandait à moi de m’aplatir comme un tapis pour me glisser dans le rai de lumière au sol que laisse filtrer une porte.
Je bondis à mon tour jusqu’au palier. Et de mon propre corps je fis barrage devant la porte de la chambre.
Ah ah ! tu signes ton arrêt de mort me dit l’ombre de sa voix glapissante. Ainsi c’est toi-même par ta présence qui va m’ouvrir l’accès à ton sanctuaire de piaule, ton refuge, ton nid de poule mouillée et grelottante dans son pyjama qui chlingue la sueur.
Je ne comprenais rien à ce sabir de malfrat. Simplement ma propre ombre, portée sur la porte, fit que celle-ci ne résista pas longtemps. En quelques secondes, l’ombre agressive était dans la pièce qui m’était la plus intime. Elle traînait sur mes objets, mes livres, mon fauteuil. Elle ouvrait mes cahiers où je consignais mes écrits personnels. Elle regardait les photos de mes voyages et celles de mes proches les plus chers. Elle jetait une ombre sur tout là-dessus, ce passé, mon histoire. Curieusement l’intrus par son ombre indiscrète révéla des zones cachées qui se difractèrent au passage de l’ombre fouineuse. C’était intolérable. Et de plus il prenait son temps, ce voyou qui cambriolait ma maison, profitant d’une panne d’électricité
Il était penché au-dessus de ma table de travail. Je le vis tout à coup saisir un lourd presse-papiers en bronze, représentant un lion impérial que j’avais acheté chez un antiquaire à Meudon. Lentement il s’approcha de mon lit, également second empire, l’ombre de son bras menaçant levée, tenant le presse-papiers, je sentis qu’il allait le fracasser sur le tête de mon lit. Je criai alors violement et me dressai ouvrant les yeux. Mon cri dura un moment. Par la fenêtre, la lueur des réverbères dehors se reflétait sur les murs de ma chambre. J’allumais sans réfléchir ma lampe de chevet. J’étais assis dans mon lit, tremblotant, le front moite. La pièce était vide. Le presse-papiers posé sur mes manuscrits. Un air frais entrait par la porte de ma chambre que j’avais oubliée de fermer avant de me coucher. Près de moi une voix douce de femme me disait « Allons allons calme toi, ce n’est pas grave, il faut te rendormir » et la main caressante de la femme se promena un instant dans mes cheveux ébouriffés. Quand j’éteignis la lumière, déjà dans la rue, on entendait la balayeuse de la voirie municipale racler le bitume humide dans les beaux quartiers de Meudon.


« Modifié: 03 Avril 2025 à 10:41:30 par LOF »
Lof

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Re : Dialogue avec l'ombre
« Réponse #1 le: 30 Mars 2025 à 11:31:43 »

 Mon texte est-il cohérent ? Pas facile d'écrire sur ce genre de sujet.
 Toujours cet équilibre entre la rationalité, le conscient et ce qui le déborde, le déstabilise...
 Un avis m'aiderait.
Lof

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Re : Dialogue avec l'ombre
« Réponse #2 le: 02 Avril 2025 à 18:05:06 »
Salut Lof
Pour moi, ce texte est cohérent. Plus qu'un cauchemar, une sorte de parabole peut-être. Que veut elle voler, cette ombre? Un secret, une présence.

Pourquoi les textes de Lof ne sont ils pas plus fréquentés ?
Parce qu'ils sont quasi sans reproche, que l'on ne peut pas proposer grand chose ?
Celui ci mériterait un peu de lisibilité peut-être : tiret du dialogue et un surplus de ponctuation ( je suis nul).
Tes textes courts sont toujours surprenants, toujours bien écrit... ici l'ambiance fantastique est bien rendue avec un supplément d'humour grâce à l'opposition de "classe" entre le perso et son visiteur.

des bricoles :
L’intrus en plus de pénétrer dans ma maison, il s’introduisait dans mes pensées. ( j'enlèverais le "il")
Elle regardais les photos de mes voyages et celles de mes proches les plus chers ( regardait)
Curieusement l’intrus par son ombre indiscrète révéla des zones cachées qui se difractèrent au passage de l’ombre fouineuse ( les deux "ombres" c'est peut-être un peu trop.

B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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