Une lettre pour la lune
La jeune dame assise à son pupitre admire la pleine lune qui l'inonde de sa clarté bienveillante par sa fenêtre ouverte. Elle entend le chant lointain de son amour emporté par la brise fraîche de l'été. Son cœur est brisé de ne pas pouvoir à nouveau le rencontrer. Inspirée, elle saisit sa plume, trempe sa pointe dans l'encrier et couche sur le papier sa supplice, un message adressé à cet astre romantique.
Oh ! Belle lune, entendez-moi.
J'aimerais tant le rencontrer
Sous votre lumière feutrée.
Raccorder mon cœur en émoi.
Chaque soir avant le coucher,
Je l'entends par delà des murs.
Sa voix vient à moi en murmures,
Mais ses doigts je voudrais toucher.
Faites nos cœurs se rencontrer,
Même par un seul court moment,
Pour m'apaiser de ces tourments,
Pour pouvoir rire et folâtrer.
Des vers, je lui professerais,
Ces yeux je pourrais admirer,
Y voir mon amour s'y mirer.
Sa joue, ma main caresserait
Pendant qu'il gratterait son luth
En me chantant douces ballades.
Cœur et raison sont en chamade :
L'ordre de mon père, je lutte,
Car je dois garder mon honneur,
Mais avec le temps qui s'égraine,
L'interdit alourdit ma peine
Et m'éloigne de mon bonheur.
Mon âme soupire toujours,
Car mon cœur entre deux vacille
Pour l'amour entre père et fille
Et celui pour ce troubadour.
Ronde lune, venez à moi
Pour m'épancher sur votre épaule.
Aidez-moi, deux devoirs m'enjôlent.
Soulagez mon cœur qui larmoie.
De tous vous clamant, j'en suis une
Qui vous implore la clémence
Pour sanctifier cette romance,
Sereine et envoûtante lune.
Elle plie sa lettre en forme de papillote, la dépose au fond de sa paume tournée vers le ciel et souffle tendrement en direction de la lune. Son message tourbillonne sous la douce brise et s'élève toujours plus haut dans la voûte étoilée, jusqu'à disparaître dans la splendeur blanche de cet astre de la nuit.
Vilmon