De mémoire d’ange on n’a jamais vu au ciel de marchands d’auréoles faire faillite. Il s’agit là d’un commerce florissant, car contrairement à ce que l’on pourrait penser, les auréoles ne sont pas éternelles, loin de là. Fragiles, elles demandent tout au contraire à être remplacées régulièrement et cela malgré tous les soins que l’on peut leur apporter.
Certaines perdent progressivement leur éclat, d’autres ne scintillent plus que par intermittence, d’autres encore deviennent instables et penchent de droite ou de gauche, ou plus fâcheusement encore tombent sur les épaules un peu à la manière des canotiers de la belle époque. Et puis, il faut bien le dire, les anges font preuve à leur égard d’une évidente coquetterie qui les incite à les remplacer pour des modèles innovants comme celles dont la couleur varie selon le temps ou l’humeur de leur propriétaire, celles à double couronne avec, luxe suprême, des mouvements rotatifs opposés, les auto-nettoyantes qui évitent aux résidus duveteux ou aux plumes volantes de s’y coller, les repliables permettant de s’allonger pour un petit somme sans avoir le souci de les froisser, celles encore qui dégagent un parfum de rose, d’encens… ou une odeur de sainteté.
Bref, tout cela assure la prospérité des marchands d’auréoles que Dieu tolère dans son infinie mansuétude, Dieu qui à la vérité se sent un rien coupable d’avoir inventé cet accessoire totalement ridicule.