Coucou, un ch'tit poème pour Halloween, coécrit avec mon fils

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LA PAGE ARRACHÉE
- Comme euh…la nuit ?
- Eh non, la rime !
- Ah, comme… une ombre ?Mais comment allais-je pondre un poème sombre?
Même aidé du talent de mon bon papa Ving,
Je séchais ce devoir reçu pour Halloween.
Nous repartions avec nos paniers à légumes
Cueillir plus de bonbons dans nos affreux costumes,
Lorsqu’ arrivés au seuil du chemin des Cailloux,
L’envol des noctules fit cligner les hiboux.
Il me souvint soudain du titre de ce livre
Sous une pile enfoui : M’ÉCRIRA QUI SE LIVRE.
-Viens, papa, j’ai trouvé ! dis-je en tirant son bras,
Dans la ruche à bouquins, ce recueil, tu verras,
Dont le cuir cramoisi renferme un papier glauque,
Est vraiment terrifiant ! fis-je d’une voix rauque.
Et grimpant le sentier qu’aucun monstre ne suit,
Nous désertions la horde et glissions dans la nuit.
Sentant pour ce grimoire une atroce attirance,
J’allais vers lui, acquis d’une obscure évidence.
Sous nos pas vifs bruissaient des reptations d’orvets,
Et sans cesse il semblait qu’on était observés
Jusqu’à l’exaucement de mes espoirs funèbres :
Comme un nid de clarté couvé par les ténèbres,
La ruche enfin parut, recelant l’artefact.
Comment conter l’horreur qui suivit son contact ?
Ouvert à sa moitié, le cryptique volume
Rayonnait des noirceurs qui meurtrissaient la brume !
Nulle trace du tas sous lequel l’autre jour
Il patientait, sachant avoir ce soir son tour.
J’avançais vers l’objet ma main d’effroi transie,
N’espérant de répit que le li…
- Hérésie !
- Pardon ?
- “…livre saisi” ?! s’enquit mon père.
- Euh, oui.
- ”Transie” est féminin ! Et ça t’aurait réjoui
De lui flanquer “saisi” ? Fils, je préviens ton crime
Qui transgresse l’accord du genre de la rime.Ayant dit, il saisit l’antique in-octavo.
J’étais pris d’un vertige, ignorant quel pivot
Put basculer mon père, au cours de cette histoire,
D’acteur à coauteur. Mon mal fut transitoire :
Je repris mes esprits quand soudain il hurla !
Mordu au sang, papa par terre se roula
Pour extirper son bras du tome maléfique
Qu’excitait le parfum de sa ferveur métrique !
Mais la langue agitée de spasmes clapotants,
Pétrifié de venin, il soufflait par instants
Pour marquer la césure, et fondit dans la rame.
Je retins sa main libre à ce moment du drame;
Quand happé par l’ouvrage il s’arrachait à moi,
En serrant mes deux poings je conservai un doigt !
Ô sombre cauchemar ! Ô folie qui délivre !
Je sentis que repu se refermait le Livre !
Ce que je fis ensuite est assez incertain.
Je courais devant moi jusqu’au point du matin.
M’arrêtant, je trouvai, désorienté et blême,
Une page froissée où je lus ce poème.
S.-sous-M., jeudi 31 octobre 2024
Ian Odysseus B.