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02 Mai 2026 à 10:54:47
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Auteur Sujet: Kinderstück  (Lu 1456 fois)

Hors ligne Arsinor

  • Aède
  • Messages: 240
Kinderstück
« le: 26 Octobre 2024 à 18:12:51 »
Kinderstück (Le plus snob des deux)


Chez François, dans son salon. La pièce est tapissée de disques compacts et de livres de toutes sortes. D’autres livres sont amoncelés sur le bureau et sur le piano à queue.

Nicolas
Qu’est-ce que tu en penses ?

François
De quoi ?

Nicolas
De la Symphonie de Webern.

François
J'en pense que la vie est courte.

Nicolas
Tu veux dire que la brièveté de la vie se reflète dans la brièveté de cette œuvre symphonique ?

François
Je veux dire que je possède 14 000 CD, 580 DVD, autant de Blu-Ray, une demi-fourgonnette de vieux vinyles de musique classico-romantique, et qu'entre le Premier trio de Beethoven et les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, j'en ai assez pour meubler les soirées de mes trente prochaines années.

Nicolas
Tu ne veux pas sortir de ton salon ?

François
Je suis hédoniste et fier de l'être, mon bon. Chaque nouvelle audition d'un chef-d'œuvre bien connu me fait découvrir un nouveau monde. Pourquoi est-ce que j'irais m'accabler de musique atonale quand je peux me faire la dernière version de la Sixième de Beethoven ?

Nicolas
Pour redécouvrir la musique ! Aimer une chose qu'on n'aimait pas, c'est la redécouvrir. On fait l’impasse pendant des années, on l'emprunte, et soudain, c'est une route. Une chose devient intéressante à mesure qu'on la regarde. Bis repetita placent. Plus je m'y intéresse, plus je me vois m'y intéresser, plus je me demande pourquoi je m'y intéresse, plus je cherche en quoi c'est intéressant, plus je m'y intéresse. C'est comme ça qu'évolue la sensibilité d'une époque à l'autre, je pense.

François
Tu sors de l'université et ce n'est pas plus mal que tu penses. Les jeunes doivent acquérir l’ouverture d'esprit nécessaire à la formation de leur goût et l’on ne peut que s'en réjouir. Malheureusement, ce que tu racontes, c'est l'extension à l'échelle culturelle du syndrome de Stockholm. L'otage commence par développer une curieuse empathie pour son ravisseur et finit par faire cause commune avec lui.

Nicolas
Je crois deviner qui est le ravisseur…

François
La flatterie n’a aucun effet sur moi. Le snobisme parisien a érigé un mur autour de lui pour en tirer un sentiment de supériorité. Ils se sont mis à magnifier la musique qui flatte l'ego et à mépriser la musique qui charme les sens. Ensuite, ça se passe comme tu dis. À force de marteler des concepts, on finit par s'intéresser à ce qu'ils désignent. Mais un mensonge ne se transformera jamais en vérité à mesure qu'on le martèle !

Nicolas
Je ne parle pas de vérité. Je parle d'art.


François
Je doute que Webern flanqué de sa cour d'adorateurs entre dans cette catégorie. On le classe dans l'art parce que ce n'est pas de la construction aéronavale.

Nicolas
Ne sois pas sceptique et fier de l'être. Je te le concède, le "succès" que tu attribues sans vergogne à la musique moderne est favorisé par un certain snobisme. Mais il y a, d'un côté, la musique et, de l'autre, sa réception ! Ce sont deux choses différentes. Ce que je veux dire, c’est que la musique de Webern est pionnière. Elle n'interroge pas la musique classique comme ces installations contemporaines qui veulent interroger le vide de la modernité ou comme ces œuvres qui rivalisent de mauvais goût : des veaux en métal suspendus à une barre horizontale, des cerveaux humains en plastique dans lesquels on plante des clous, avec une fontaine avec un petit ruisseau, ou encore cette automobile en forme de crâne brûlé. Webern n'exprime pas le nihilisme ou l'échec du projet humaniste des Lumières. Il évoque l'âme de la modernité comme Mozart réalisait l'esprit du classicisme. Nous sommes encore des classiques, mais nous sommes aussi des modernes. Nous ne pouvons pas comprendre la modernité à la seule lumière des classiques.

François
Des kilomètres de philosophie, sociologie, psychologie et autres explications délirantes s'en sont chargés.

Nicolas
Mais les explications ne suffisent pas ! Nous avons besoin de l'émotion pour comprendre la modernité. L'observation, la déduction, la science ne peuvent pas nous montrer ce qui nous perturbe et ce qui nous satisfait. Comment comprendre pleinement les déchaînements de la modernité si on ne les ressent pas ? Bien sûr, il y a mille occasions de ressentir. L’amour, la naissance, la mort, la vie de couple, la vie quotidienne…


François
L’âme de la modernité : métro, boulot, dodo.

Nicolas
Tu es drôle.

François
Je ne vois pas le lien entre l’art et la vie quotidienne.

Nicolas
Je considère que l'art collecte et concentre les expériences émotionnelles de la vie quotidienne et en fournit une interprétation cohérente. Il en retient les souffrances, les espoirs, les surprises, les échecs et les rédemptions. Il nous projette dans ses rêves. L'art vient du fond, va plus haut, voit plus loin. La fonction de l’art est de révéler.

François
Alors pourquoi personne ne s'intéresse à la musique moderne ?

Nicolas
Pourquoi personne ne s’intéresse à la musique classique ?

François
C’est leur problème. On ne peut que les plaindre…

Nicolas
Il y a bien une explication. Je crois que la classe dominante a fait du concert historique un colifichet qu'elle agite dans les champs sociaux pour se distinguer des autres classes.

François
C’est du Bourdieu réchauffé, on dirait.

Nicolas
À moins de cultiver à l'égard des dominants le complexe du cancre, les gens font de ce colifichet le repoussoir de la musique austère, pour se tourner vers Lady Gaga et la musique qui passe à la télévision, comme le Renard de la fable qui méprise les Raisins parce qu'il ne peut pas les atteindre. Qui ne te taxerait pas de snobisme quand tu agites ton Beethoven et ton Richard Strauss ?

François
Je ne suis pas snob. Qu'est-ce que c'est que cette hiérarchie entre les classes ? J'écoute Beethoven comme d'autres écoutent Lady Gaga. Tu crois peut-être que j'écoute de la musique classique pour me faire bien voir de toi ?

Nicolas
Certainement pas. Ce que je veux dire, c'est qu'il se dresse la même double expulsion entre le populisme et l'élitisme qu'entre l'élitisme et le snobisme. Ces trois termes, populisme, élitisme, snobisme, désignent une seule et même réalité. Chacun utilise l’autre pour lui reprocher de ne pas suivre son "désir naturel", et ce justement dans le but de se faire croire que son propre désir serait naturel. Ce qui permet de désirer encore davantage en toute tranquillité, dans la mesure où tout le monde croit qu'il est dans la nature du désir d'être naturel, spontané.

François
Tu devrais écrire des livres : je n’ai rien compris. Non, franchement, qu’est-ce que c’est que ce "désir" qui ne serait pas naturel ? Et si on parlait du vrai désir d’écouter la musique qu’on aime ?

Nicolas
Quand je dis désir, c'est bien du vrai désir que je parle. Les gens ne veulent pas voir la vérité sur leur désir. Ils croient que leur désir est le feu allumé par un coup de foudre, un court-circuit entre les deux pôles électriques du cosmos : moi et l’objet de désir ! Leur vision du désir est autocentrée. Ils taxent de snobisme, de populisme, finalement de mécanisme, tous ceux qui imitent le désir de leur groupe d’appartenance, qui sert de modèle. Ils voient bien chez les autres que leurs désirs sont suscités par leur groupe d’appartenance ou un modèle à suivre, mais ils ne le voient pas pour eux-mêmes. Ils ne voient pas leurs propres modèles, leurs propres inspirateurs du désir. On veut toujours être le dieu qui règne sur la structure des relations et que l'autre soit le robot pris dans cette structure. En matière de désir, on ne veut jamais admettre que notre liberté égale celle de l'autre. On croit toujours que notre désir est autonome et que celui des autres dépend d’un modèle.

François
Si j'ai bien compris, qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait les copains qui se soûlent à côté. J'en déduis que, quand les snobs seront mes copains, je trouverai mille attraits à des choses aussi immondes que la Symphonie de Webern. Je te vois venir avec tes gros sabots en passant par la Lorraine...

Nicolas
En tout cas, tu as compris ce que je voulais dire.

François
Alors, maintenant que j’ai compris ce que tu voulais dire, comment tu comptes t'y prendre pour que je devienne copain avec un snob ?

Nicolas
Il y a les copains, mais il y a aussi le flacon. La beuverie mène à l'œnologie et le contraire est vrai aussi... Un mélomane, je pense, est un chercheur. Il cherche dans la musique. On peut être mélomane de musique de variétés, à condition de ne pas désirer ce qui passe à la télé mais de chercher. C'est en cherchant la source et en buvant à la source qu'on devient mélomane, qu'on devient son propre inspirateur du désir, en concurrence désormais avec les thuriféraires et les sycophantes qui ont balisé notre parcours jusqu’à la musique.

François
J'espère que tu n'envisages pas de m'impressionner avec ton vocabulaire recherché pour arriver à tes fins ?

Nicolas
Je m'amuse.

François
J'ai deux fois ton âge, et un peu plus. Je n'en fais pas un argument d'autorité : j’estime simplement être en mesure d'assumer une position. Et ma position, c'est que je suis comblé par ce que j'aime. Je n'ai pas besoin de redécouvrir la musique : j'ai envie d’écouter la musique que j'aime déjà. Si tout ce qu'un créateur contemporain a à dire pour vendre sa salade, c'est : « Écoutez-moi parce que je vais vous expliquer la modernité », je ne suis pas intéressé. Alors, tu peux toujours aller boire ton flacon avec les 75 amateurs parisiens de musique atonale, tu n'arriveras jamais à tes fins. Primo, si tu veux te donner un air progressiste, ils ne seront potentiellement que 75 à le savoir. Deusio, comme ils viennent dans les salles de concert dans le but de se surprendre eux-mêmes en flagrant délit de progressisme, ils ne te prêteront aucune attention et tertio, si tu les abordes, ils te feront passer des tests de connaissance et tu seras recalé d'office. C'est de la projection, du pur Sigmund Freud. Ils te reprocheront de ne rien comprendre pour refuser d'admettre qu'ils n'y comprennent rien eux-mêmes. Mais puisque tu veux t'amuser, n'hésite pas : vas-y. Tu verras par toi-même.

Nicolas
Je ne suis pas snob. D’ailleurs, je remarque comme je le craignais tout à l’heure que nous ne parlons plus de musique mais de l'accueil qui est fait à la musique… C'est suspect. Je te soupçonne de détourner la conversation vers les terrains où peut s'épancher librement ta critique habituelle de la musique atonale et du snobisme parisien.

François
Et moi, je te soupçonne de ne pas en dire beaucoup plus que moi sous des dehors sophistiqués. Tu dis que le désir est suscité par le désir de ceux qu'on admire, — comme dans la publicité, en somme. Mais ensuite tu dis en gros que l'objet désiré porte son potentiel d'intéressement en lui-même. Or, tout le monde sait que nous devons être initiés par nos aînés pour aborder les choses. C'est la transmission de la culture, quoi d'autre ? Tu veux réinventer l'Éducation nationale ? Dans le cas de Webern, on m'y a conduit, certes, mais ça n'a pas marché, c’est tout !

Nicolas
C'est parce que tu traites de snobs ceux qui voulaient t'y conduire que tu n'aimes pas la musique de Webern. J'en dis un peu plus que toi. Entre ton évidence et mon originalité, il y a une subtilité fondamentale. On connaît les reproches faits aux snobs. On connaît moins la potentialité objective de la Symphonie de Webern à révéler un monde nouveau à chaque nouvelle écoute, pour finalement nous faire oublier les "martèlements" et les coups de machette qui nous ont conduits à elle et qui se fraient un passage dans le grand Répertoire en place, celui qu’on donne à tous les concerts. Il est vrai aussi que beaucoup de controverses portent moins sur le contenu que sur la capacité à imposer un sujet plutôt qu'un autre, et c'est ce que je suis en train de faire. Mais laissons cela si tu veux bien.

François
C'est suspect.

Nicolas
Un point pour toi. Non, ce que je voulais dire, c'est qu'il est délicat pour moi précisément de me présenter à toi comme une sorte de… de…

François
Bon. Moi, ce que j'ai à dire, c'est que Mahler était la tête de Turc des critiques de son temps. Il disait : « Mon temps viendra. » Et en effet, il est venu. Il est si bien venu qu'il est désormais impossible d'allumer sa radio sans tomber sur une symphonie de Mahler — ce qui me comble de joie. Les créateurs incompris adorent se comparer à Mahler et à Beethoven. Beethoven était un novateur et sa musique était difficile pour les auditeurs habitués à Haydn. Il a fallu éduquer l'oreille pour accéder à Beethoven.

Nicolas
Tiens.

François
J'ai l'air d'apporter de l'eau à ton moulin, sauf que Webern, c'est dépassé : il est mort en 1945. J'ai publié un article sur le Concerto pour violon de John Adams à sa création, et c'était en 1994. C'est une musique épatante. C'est de la musique moderne qui charme les sens. Et c'est une musique qui n'interroge pas l'art, qui ne se complaît pas dans la dénonciation du nihilisme, qui n’évoque pas l'Âme de la Modernité, mais qui n’en est pas moins moderne, que je sache. Tu me diras que Webern, c'est un classique de la modernité et tu diras peut-être qu'il n'y aurait pas eu Adams sans Webern. Et après ? Est-ce qu'il faut se farcir du Tartini pour se payer un bon Mozart ? Alors si tu crois que c'est le sycophante du conservatisme qui donne des explications au thuriféraire de la Beauté, je te signale que cette conversation a bientôt un siècle de retard !

Nicolas
Est-ce que tu aimes la Symphonie de Webern ?

François
Non.

Nicolas
Est-ce que tu as écouté la Symphonie de Webern ?

François
Non.

Nicolas
D'accord.


François
Un point pour toi. Tu es un petit chenapan.

Nicolas
La flatterie n'a aucun effet sur moi.

François
Bon. Puisque tu meurs d'envie d'avoir raison et de t'assurer que tu auras tout essayé pour me convertir à la musique atonale, je t'écoute. Mais ne me donne pas un cours d'analyse. De la musique avant toute chose. C'est ce que disait Verlaine. Du sensible, encore du sensible, toujours du sensible !

Nicolas
Et ça, c'est ce que disait Danton, je suppose…

François
Danton, version light.

Nicolas
À propos de Danton, je me demande si Schönberg, Berg et Webern étaient aussi révolutionnaires qu’on le dit. La révolution, c'est plutôt Prokofiev, je trouve. Il a maltraité la tonalité mais finalement, sans lui faire trop de mal. C’est dans le dictionnaire de Guy Sacre, ce que je dis… D'après Marx, la Révolution française a simplement permis de substituer la classe bourgeoise à la classe aristocrate, sans toucher à la structure de la domination. Prokofiev n'a pas changé grand-chose à la structure de la musique tonale. La musique atonale, elle, a réalisé un travail de sape, à l'instar de la montée de l'économie et de l'éducation, la montée du peuple, la démocratisation.

François
Si tu arrêtais de délirer cinq secondes, ça me ferait des vacances. Allez, je t'écoute. Webern expliqué aux personnes du troisième âge par Nicolas Le Bordier. Et à défaut de me saper le moral, n'oublie pas de me saper la tonalité, pour que mon désir imite le tien, me conduise à la source de la modernité et que je m'y abreuve avec mes nouveaux copains parisiens afin que le thuriféraire du classicisme se métamorphose en un authentique mélomane qui cherche dans la musique, si j'ai bien compris tes stratagèmes machiavéliques.

Nicolas
Tu es pianiste, n'est-ce pas ?

François
Je doute que le peu qui subsiste de mes misérables compétences techniques me permettent d'assumer un titre si noble, mais laissons cela si tu veux bien. À quel supplice dois-je me soumettre pour combler mes lacunes ?

Nicolas, montrant à François des photocopies
J'ai apporté une partition. Regarde.

François
Kinderstück. Je me rappelle l'avoir déchiffré il y a trente-cinq ans avant de le remettre à l'endroit prévu à cet effet.

Nicolas
Tu l'as déchiffré, mais est-ce que tu l'as joué cent fois d'affilée ?

François
Non, je ne l'ai pas joué cent fois d'affilée. Je suis un garçon sérieux.

Nicolas
Je suis sérieux.

François
Webern était sérieux. Tout le monde est très sérieux, par ici.

Nicolas
L’angoisse distillée par Webern est transcendée par l’humour. Le cambrioleur apocalypticien marche à travers le couloir noir, tout peut exploser au moindre bruit, et soudain il ne se passe rien. C’est comme dans le Deuxième tableau de Petrouchka. Le grotesque tragique est transcendé par la tendresse sarcastique.

Nicolas se met au piano et joue le Kinderstück trois fois d’affilée. Silence.

Nicolas
La partition tient sur une page. On la répète autant de fois qu'on veut. C'est une miniature dotée d'une potentialité infinie. Da capo ad libitum et pourquoi pas ad vitam aeternam — pourquoi pas trois fois, cent fois — pourquoi pas jusqu'au bout de l'ennui — jusqu'à trouver le second souffle comme au bout d'une demi-heure de course — Inquiétante étrangeté du dégoût apprivoisé — frôlement des peaux avec l'objet phobique — impure cristallisation des projections — projections de projections — détournement du détournement — suspension éternelle de l'horizon d'attente — cessation de l'objectivité — ineptie heuristique — ascèse absconse et logique — expérience logique, déréférencée — détachement du désir — confins de la modernité — confins de l'inconnu devenant connaissable — monstre médiéval infime, posté après les limbes de l'Atlantique, sans doute pour avaler les caravelles — jusqu'à s'apercevoir qu'elle continue après son achèvement, comme la rémanence projetée sur les paupières intérieures si vous êtes poète — mais à l'identique — le souvenir devient identique à lui-même — il y avait pourtant bien un début — comment ce qui a commencé peut-il ne pas finir — jusqu'à ne plus voir que ce qu'on ne voit plus — doute familier toujours déjà perdu ; doute qui déboîte les articulations familières, envahit le discours, le délivre de sa foi à créer le réel — obscurcissement du fiat lux — péché, repentance et absolution du critique d'art — soulagement peut-être de sortir du discours — mais pour combien de temps — pour quelle intensité — presque rien — presque déjà du vent — presque plus de la musique — presque déjà autre chose — presque déjà plus que des notes. Pourquoi ? Pourquoi le pourquoi ?


François
Vivement John Adams.

Nicolas
C’est de la musique pour les enfants. Les enfants adorent qu'on leur raconte toujours les mêmes histoires. Kinderstück, ça veut dire "morceau pour un enfant" et la partition a été créée par un enfant. Webern introduit les petits pianistes à l’atonalité. Et ça marche aussi avec les grands !

François
Mais tu es déchaîné, aujourd'hui ! Et si tu la fermais, deux minutes ? C'est pour ça que personne n'aime la musique moderne ! Il faut toujours qu'il y en ait un quelque part pour se charger des explications ! Et marteler ! Je commence à comprendre pourquoi les Japonais deviennent fous quand ils voyagent à Paris !

Nicolas
L'art moderne a tendance à s'expliquer. On ne le comprend pas alors on donne des explications. Si l’on ne comprend toujours pas, on redonne les explications. À force d'expliquer, on finit par faire croire qu'il n'y a que des explications et l’on se détourne de l’art moderne. On se laisse repousser par les doubles repoussoirs qui se dressent entre les clans. En fait, il faudrait secouer ces repoussoirs pour en faire des colifichets, agiter les clefs, intriguer les chats et les attirer à soi. Quand les explications ont épuisé leurs ressources, il faut des stratagèmes machiavéliques. Mieux vaut le syndrome de Stockholm que le syndrome de Paris. Le premier fait aimer, le second rend fou.

François
Quand mes enfants étaient petits, je leur foutais Kinderstück en boucle le samedi après-midi. Le dimanche, c'était Mikrokosmos de Bartók. Maintenant, ils mettent les Structures de Boulez à fond dans leurs décapotables, pour frimer. J'en déduis que le syndrome de Stockholm rend fou, lui aussi.

Nicolas
Tu es drôle.

François
La musique atonale peut avoir du bon. Je me sers des Klavierstücke de Stockhausen dans ma boutique pour faire fuir le beauf qui rôde et le vendeur de camelote.

Nicolas
« La musique atonale peut avoir du bon. » Citation à retenir.

François
Mais pas hors contexte, s'il te plaît.

Nicolas
Trop tard. Ce sera dit, répété, et déformé.

François
Me voilà frais !


Hors ligne marécage désolé

  • Aède
  • Messages: 165
Re : Kinderstück
« Réponse #1 le: 27 Octobre 2024 à 13:34:24 »
je conseillerai à françois d'écouter l'oeuvre pour quatuor de W plutôt que la symphonie, notamment les bagatelles, c'est court et tout y est dit.

sinon ce texte est agréable et bien ficelé, ça me rappelle le Requiem pour une avant garde de duteurtre, et la polémique qui s'en suivit.

alors oui, les anciens et les modernes, vieille problématique. ma thèse est que rien ne nait de rien et qu'on peut toujours trouver une continuité.

et comme le disait le grand musicologue philosophe francis C :

"et ça continue encore et encore
c'est que le début d'accord, d'accord."
"En vert et contre tout."

Hors ligne BAGHOU

  • Prophète
  • Messages: 830
  • Reflet de l'humeur du moment
Re : Kinderstück
« Réponse #2 le: 27 Octobre 2024 à 14:05:28 »
Bonjour,

J'ai hésité à faire des remarques car en fait, tout cela est bien écrit, le thème est original, l'opposition des personnages est bien trouvée et je pourrais encore trouver quelques points positifs.
Mais voilà c'est un dialogue et là, même dans le cadre d'un argumentaire, certaines répliques sont excessivement longues et dénuées d'intérêt car personne ne peut suivre de tels propos et les reprendre. De plus, le vocabulaire est du haut niveau, peu de personnes peuvent dialoguer ainsi et tenir un auditoire en haleine, il faut raccourcir et ne pas baisser la dynamique. Alors je me suis demandée si écouter et non lire passerait mieux, peut-être. Votre texte est-il destiné à être joué sur scène ?
Je crois aussi que lorsqu'on écrit, on le fait pour trouver des lecteurs et d'autant plus sur un thème comme la musique classique. Il aurait donc été nécessaire d'apporter quelques explications en introduction à ce dialogue notamment sur qui était Webern.

En tout cas c'est du bon boulot... 8)
"La critique, art aisé, se doit d'être constructive." Boris Vian dans "Les chroniques du menteur".

Hors ligne Arsinor

  • Aède
  • Messages: 240
Re : Kinderstück
« Réponse #3 le: 17 Juillet 2025 à 04:26:18 »
Merci marécage désolé et BAGHOU pour votre passage et vos commentaires.
C'est pointu comme conseil : les quatuors plutôt que la symphonie : encore plus aphoristique, alors.
Est-ce que c'est mieux que Cabrel ? Bonne question...

BAGHOU, vous me proposez une simplification et une clarification : j'y penserai quand je reprendrai ce texte.

Merci à vous deux  :D

 


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