« Il faut mourir, petit cochon, il n’y a plus d’orge » : Cette locution trouvée par hasard dans un vieux dico, m’a troublé, ému dirais-je même. Elle s’emploie, ou plutôt s’employait, pour signifier que l’on se trouve démuni, au bord de la famine, et que seul le cochon qu’on élève pourra un temps nous secourir. Mais l’on sent, ou tout du moins je sens dans sa formulation je ne sais qu’elle tendresse, quelle note de pitié. Venant d’un monde paysan où les animaux, me semble-t-il, ne sont guère traités avec beaucoup d’égards, celle-ci n’en est que plus surprenante Car, somme toute, on aurait pu s’exprimer plus crument : « Tu vas mourir, on va t’égorger, te saigner, te réduire en saucisse », mais non, loin de cela, ce : « il faut mourir, petit cochon » est un appel au sacrifice, presque une excuse : « vois-tu, nous ne pouvons faire autrement, comprends-nous, pauvres que nous sommes… il n’y a plus d’orge ». Mais il est vrai que la misère pousse souvent à l’apitoiement, sur soi et plus singulièrement sur tout ce qui nous entoure, hommes, bêtes, objets même, car celui qui est dans la peine aime que le monde soit à sa ressemblance, il s’y sent alors, si l’on peut dire, plus à son aise. Cela me rappelle une lecture qui m’avait frappé, un homme se trouvait emprisonné en pleine jungle par une tribu hostile, et devait être mis à mort le lendemain, Eh bien, au lieu de s’apitoyer sur son sort ( mais à cause précisément de celui-ci), il avait été ému par je ne sais quel insecte qui se trouvait pareillement emprisonné, c’était à la fois absurde et émouvant… mais revenons à notre petit cochon, car il s’agit bien d’un petit cochon et il est peut-être plus juste de ne voir dans cette expression que le regret d’être obligé de sacrifier un animal, qui plus tard, bien engraissé, aurait donné un meilleur profit… mais chut, taisons cela, allez petit cochon, il faut mourir il n’y a point d’orge, accepte puisqu’on te le demande… avec respect, avec délicatesse !