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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ah que j'aime les arbres (contenu explicite)

Auteur Sujet: Ah que j'aime les arbres (contenu explicite)  (Lu 828 fois)

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Ah que j'aime les arbres (contenu explicite)
« le: 14 Septembre 2024 à 09:40:24 »
                                                                      Ah que j’aime les arbres

Un paysage devant moi s’étend jusqu’à l’horizon.
L’horizon lointain. On le devine magistral. Entre moi et la ligne vaporeuse de l’horizon, il y a des villages, des villes, un fleuve peut-être. Il y a des troupeaux de bétails comme il y a des troupeaux de personnes.   
 
Tout ça est éloigné comme dans la poche d’un souvenir.
On admirait tout ça avant.
Avant qu’ils poussent et gangrènent la surface lisse des collines de leurs troncs, de leurs houppiers feuillus, mille têtes chevelues à présent cachent le paysage qui se délite devant moi. Et un peuple d’insectes, d’oiseaux, de gibiers, fornique sous la toison végétale. Quel maelström de vie terrestre pullule sans que l’œil humain, ma curiosité, puisse recenser l’extraordinaire bouillon de créatures qui grouille dans l’espace devant moi !

Il faut raser tout ça !
Avec tous ceux qui se prosternent au pied des arbres séculaires. Il faut raser tout ça, décimer, élaguer, la forêt de Brocéliande comme la forêt de Tronçay, la forêt de Fontainebleau comme la forêt de Roumare qui, chaque matin, me cache la vue quand je tartine mes toasts et brise la coquille de mon œuf à la coque.

Je demande à mes ouvriers de sortir leurs tronçonneuses. Et je veux qu’on commence par décapiter le chêne rouvre, celui qui domine toute la forêt. Il est centenaire. Il résiste à toutes les maladies. Le changement climatique n’arrive pas à le calciner. Il est la fierté de la forêt et de tous ses adorateurs.

Contremaître ! je vous ordonne de procéder à son exécution ! Et qu’on le débite en petites lamelles, qu’on le réduise en miettes. Je ne veux pas le retrouver dans un papier recyclé, ni une armoire rustique pour chambre d’écolo vertueux.

Ce matin, ils aiguisent leurs haches et leurs scies. Ils se répandent dans la forêt à l’affût du chêne rouvre. Ils le repèrent, son tronc ayant la taille d’une cathédrale. Le premier ouvrier fend l’écorce mûre de l’arbre légendaire. La sève coule et ressemble au sang noir. De l’intérieur du tronc un concert de gémissements retentit. Il n’en faut pas plus pour détourner la hache de sa trajectoire. Le premier ouvrier renonce, et le second, et le troisième. Le contremaître lui-même saisit la hache. Mais le sang coule et l’écorce pleure de toutes ses larmes. Le contremaître renonce. Il retourne avec son équipe voir le patron.

Je n’ai pas pu l’abattre,
il me dit avec des tremblements dans la voix.
Comment ?! je lui réponds.
Tous les ouvriers ont renoncé à abattre le vieux chêne. Il fallait le voir, patron, avec ses plaies sanguinolentes, c’était comme si on nous fendait les jambes et les bras.
Ah oui ! je fais,
et avec la hache aussitôt je tranche la tête du contremaître qui voltige en éclats contre le mur.

Il faut savoir montrer l’exemple. Je m’enfonce dans la forêt, et avec une armada de cordages j’étrangle le chêne rouvre, jusqu’à le déraciner et le faire chuter de tout son long sur la futaie qui s’écarte en un fracas de feuilles.

J’ai congédié tous mes ouvriers. Plus personnes désormais pour se mettre au travers de mon chemin.

Dans une exaltation folle, chaque matin je pars abattre ma parcelle d’arbres qui tombent comme des allumettes. Rapidement les collines ressemblent à des monts chauves. Mon appétit de déforestation va, s’amplifiant. Mais l’horizon est inaccessible, car la planète est recouverte d’un tier de forêts. Un tier de trop quand une faim d’espace grandissante me ronge de jour en jour.

Je mets toutes mes machines en branle pour déboiser plus vite les hectares de feuillus, de conifères, qui contaminent la terre. Ma boulimie est dévorante.

Je me souviens alors que j’ai une fille, je lui demande de venir au secours de son père.
Tu es belle et jeune, je n’ai plus d’argent pour acheter les machines modernes qu’il me faudrait pour nettoyer la planète de toute cette chlorophylle qui pompe le co2. Rapporte-moi des sponsors, des mécènes. Va les séduire, ma fille, montre leur ta délicieuse poitrine et tes jambes de faon, qu’ils m’ouvrent leur escarcelle, vident leur coffre-fort, pour subventionner mon œuvre de désertification.
Je ne suis pas une pute mon père ! me crache ma fille dans un mouvement de colère à me flanquer par terre.

Et elle disparaît. Très loin. Par-delà toutes les forêts, jusqu’au bord des continents. Elle implore l’océan de l’accueillir. Elle navigue sur des flots capricieux, elle se convertit en pêcheur dissimulée sous des K-way d’homme. Elle vide la mer de ses poissons avec des chaluts.

Mais un homme qui a faim sait détecter les tromperies pour assouvir son estomac, ses désirs de dévoration. Moi, c’est les arbres. Je reconnais le sang de ma chair, même sous un ciré de pêcheur. Du chalutier, je la balance, et ramène ma fille démasquée à ses devoirs envers son père.

Va faire la pute fillette ! Et que ton fric me rapporte de quoi éclaircir les espaces que l’arbre toxique empoisonne, avec sa faune, ses insectes, ses oiseaux de nuit qui propagent les épidémies.

Les pouvoirs de dissuasion d’un père sont illimités. Ma fille dévouée s’affuble d’une perruque chatoyante pour attirer les ministres. Elle se grime de maquillages outranciers pour intéresser les mécènes d’entreprises. Elle découvre ses appâts intimes pour les banquiers, car ce sont les plus rétifs. Ces métamorphoses peuvent varier d’une catégorie de financiers à l’autre.

Avec leurs deniers, j’ouvre des chantiers de dévastation partout dans le monde, là où la verdure était luxuriante, ce n’est plus qu’un terrain aride. Je suis un bouffeur de chlorophylle et d’arbres de toutes espèces. Je boulotte, j’ingurgite les feuilles vertes, les racines, les branches, les troncs qui, depuis des décennies, des siècles, souillent notre ciel, empêchent les routes de nous conduire clairement jusqu’à l’horizon.

La prostitution de ma fille nourrit son géniteur. Mais la faim engendre la faim. Me voici devant des continents de poussière et de pierres, là où mes yeux me dirigent je vois qu’une infinité de cailloux. Je ne peux manger cette caillasse, les rochers de peuvent combler ma faim.
Mange tes cailloux mon ami, disent les indigents entre eux à leurs frères humains.

Qui pourrait comprendre les raisons profondes de ma gloutonnerie ? Je ne suis pas le capitalisme ni le prolétariat. Je suis une sorte d’ogre. J’ai faim de tout ce qui doit disparaître. Connaissez-vous cette impression étrange ? L’estomac creux qui gronde, se tord en vous, une poche vide, des sentiments d’irritabilité, les vertiges, l’envie de vomir quand on n’a rien à vomir. L’appétit, l’appétit féroce d’aimer. Aucun remède ne peut satisfaire votre faim. J’ai tout manger et la terre n’est plus qu’une boule de gravats.

Il me reste une hache, une tronçonneuse, une scie. Il me reste mes bras, mes jambes, mes pieds, mes mains. S’il existe encore un être vivant, animal ou humain, sur la planète, qu’il se couvre la face, parce que le spectacle qui suit est insoutenable, sauf pour l’acteur.

Je me coupe d’abord une jambe, c’est la plus savoureuse. Et un bras avec la main, dont chaque doigt craque sous mes canines. Et l’autre bras encore disponible me vide de mes viscères. Mais je suis gourmand de ce que je ne peux atteindre. Ma fille chérie arrive, vêtue d’une tunique cramoisie. Dans ses cheveux ondulent des serpents. A sa ceinture pend son coutelas qu’elle sort, pour me découper le dernier bras restant, qu’elle m’engouffre aussitôt dans la bouche. Il n’y a plus que ma tête vacillante dans les cailloux, et mes lèvres pour prononcer le mot « fin » de cette histoire prophétique.
« Modifié: 14 Septembre 2024 à 16:11:35 par LOF »
Lof

En ligne Luna Psylle

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Re : Ah que j'aime les arbres
« Réponse #1 le: 14 Septembre 2024 à 11:40:27 »

@Lof

Cela t'a déjà été demandé sur un de tes précédents textes : si le texte posté énonce des pratiques sexuelles, quelles qu'elles soient, quel qu'en soit le contexte, cela doit être spécifié en introduction afin de permettre à des lecteurs sensibles à ces sujets d'en prendre conscience avant toute lecture.

Je te remets ici les paragraphes de la Charte et des conseils aux auteurs qui évoquent ces cas :

Charte du MdE

  • § 3 – Du contenu des œuvres littéraires
Par défaut, la modération n'apporte aucun jugement moral sur une œuvre et par conséquent ne censure ni ne sanctionne aucun texte à cause de son contenu. Ainsi les paragraphes §2-3 de l’article 1 ne s’appliquent pas aux textes postés. Malgré tout, si vous estimez qu'une œuvre ou partie d'une œuvre relève davantage des intentions de l’auteur que d'une démarche artistique, signalez-la. La modération se réserve alors le droit de juger du caractère contrevenant du message et d'avertir/ sanctionner l'auteur le cas échéant. Lorsque vous postez un texte à caractère sexuel et/ou violent, vous devez ajouter la mention [explicite] à la suite du titre.


Résumé :
Les règles et conseils côté auteurs

Les textes violent et/ou à caractère sexuel
Nous tenons à laisser la plus grande liberté qui soit aux auteurs mais vous demandons en contrepartie de signaler ce type de texte par la mention [contenu explicite] dans le titre du fil et par l'ajout de la phrase suivante en tête du texte : "Avertissement au lecteur : le texte qui suit porte la mention “contenu explicite” car il contient des éléments susceptibles de choquer la sensibilité des plus jeunes"

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Peux-tu ajouter cette mention explicite en introduction de ton texte Ah que j'aime les arbres ?

Luna, pour l'équipe de modération

Hors ligne SablOrOr

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Re : Ah que j'aime les arbres (contenu explicite)
« Réponse #2 le: 14 Septembre 2024 à 13:59:39 »
Oh merci LOF pour les relents des sapins et autres ironies lancinantes que j'aime tant moi aussi !

Qu'on leur coupe la tronçonneuse à vie à ces faiseurs de sciures !
Qu'on les fouette d'épineuses branches pour leur faire connaître le respect de nos ailleux végétaux.
Bien dit, montrons l’exemple et qu'ils nous rendent notre ciel vert couleur de pomme, où l'on mâchera longtemps le même chewing-gum.
Et tous mes applaudissements médusés pour cette happy end où la féerie de sang et de becquée autocannibale m'ont calé une dent et réjouie au plus profond  :coeur:
Bien admirativement
 :potichat:
"Aimer quelqu'un c'est le lire". Christian Bobin.

Hors ligne marécage désolé

  • Aède
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Re : Ah que j'aime les arbres (contenu explicite)
« Réponse #3 le: 14 Septembre 2024 à 17:30:16 »
bravo LOF, après l'inceste et la consanguinité, le père qui prostitue sa fille pour faire couper des arbres. tout ça est très freudien.
"En vert et contre tout."

Hors ligne LOF

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  • Frappé par le vent
Re : Ah que j'aime les arbres (contenu explicite)
« Réponse #4 le: 14 Septembre 2024 à 18:42:34 »
Oui, mais c'est surtout Les Métamorphoses d'Ovide (42 av J-C) qu'il faudrait que tu lises un peu.
C'est bien plus tard que Freud a théorisé sur ces textes fondamentaux.
 
 L'écriture a le droit aussi de prendre de la distance par rapport à la morale.
 Surtout que là c'est pour la bonne cause...  Le narrateur n'est pas forcément l'auteur.
 Merci à toi de m'avoir lu. 
« Modifié: 14 Septembre 2024 à 19:05:10 par LOF »
Lof

Hors ligne marécage désolé

  • Aède
  • Messages: 167
Re : Re : Ah que j'aime les arbres (contenu explicite)
« Réponse #5 le: 14 Septembre 2024 à 20:37:14 »
Oui, mais c'est surtout Les Métamorphoses d'Ovide (42 av J-C) qu'il faudrait que tu lises un peu.


ah oui, mais moi j'ai fait grec ancien au lycée, et pas du tout latin ... ...

mais c'est certainement un très bon livre.
"En vert et contre tout."

 


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