Histoire très courte, écrite le temps d’un trajet dans les transports sous l’effet de l’inspiration et du souvenir d'un documentaire sur une histoire vraie. Cette histoire m'avait marqué et je tenais à la raconter, du moins l'action entreprise.L’humidité et la chaleur occupe tout l’espace. Peu importe l’endroit où l’on se trouve on n’échappe pas à cette chaude moiteur. Près des moteurs c’est encore pire. Mais ils n’ont pas le choix, la liberté est à ce prix, quatre jours dans cet enfer de tôle. Heureusement ils ne leur reste plus qu’une journée à passer à bord du U-204.
Le commandant est tendu. Depuis leur départ de Dantzig, il n’a dormi que quelques heures. Il ne peut s’accorder davantage, l’ultime mission de son sous-marin est périlleuse. Ce n’est pas une mission officielle, à cette heure de la guerre il n’y en a plus. Le commandant Ludwig von See a décidé de ramener son équipage et tous ceux qu’il pouvait à l’Ouest afin d’échapper aux soviétiques. Dans ces réfugiés on trouvait aussi bien des allemands, que des polonais, des baltes et des russes, qui fuyaient devant l’Armée rouge. Parmi eux se trouvait une jeune blonde lettone, c’était la fiancée du commandant, celle qui lui avait ouvert les yeux sur le nazisme un an plus tôt. Alité dans la cabine de Ludwig elle attendait les rares moments où il venait la retrouver pour quelques minutes. Elle l’avait rencontrée dans un café de Dantzig. Il était tout de suite tombé sous son charme et avait entrepris de faire sa cour à la jolie blonde. La jeune exilée lettone s’était méfiée du jeune officier allemand, elle lui avait résisté. Il n’a pas renoncé. En apprenant à la connaitre au fil des discussions qu’ils avaient au café, il en tombait de plus en plus amoureux. Daiga avait elle aussi fini par tomber amoureuse et lui avait accordé sa confiance. Ludwig bien qu’il croyait dans la victoire de son pays et à la justesse des buts de la guerre n’était pas un nazi convaincu. Il était raciste, xénophobe et antisémite de par son éducation mais il était contre la violence sauvage pratiquée par les SS. Il c’était surprit à tomber amoureux de la jeune femme, qui avait fui l’URSS quelques années plus tôt. Elle était intelligente, courageuse et généreuse. Aussi avait-il commencé à ouvrir les yeux. Daiga avait terminé de lui ôter ses œillères, par la discussion durant leurs balades. Le travail de la jeune femme avait duré plusieurs mois. Grâce à elle Ludwig avait cessé de croire en l’idéologie nazie. Lorsqu’il était devenu clair que l’Allemagne allait perdre la guerre, il a promis à la jeune lettone de l’emmener avec lui. Les quelques marins qui avaient eux aussi trouvé l’amour durant ces longs mois d’inactivité avait demandé et obtenu de leur commandant de faire la même chose. Daiga en apprenant la nouvelle lui avait demandé d’emmener tous les civils que son navire pouvait transporter. Après une courte hésitation il avait accepté à la condition d’avoir l’accord de ses hommes. Le débat a été long mais le commandant von See avait obtenu gain de cause et sa fiancée avait rassemblés tous les civils que devait ramener le sous-marin. En attendant elle caressait son ventre arrondi, tandis que son fiancé veillait à ce que son navire ne saute pas sur une mine ou ne soit repéré par les Alliés. Ceux-ci ne chercheraient pas à comprendre, ils les torpilleraient et c’en serait fini pour tous ceux qui étaient à bord, marins et civils. Le commandant se devait d’être extrêmement prudent dans sa navigation. Il était épuisé mais il n’avait pas le choix s’il voulait tous les sauver.
L’équipage est lui aussi à bout, mais il tient. Le sous-marin doit rester encore quelques heures sous l’eau, le temps de finir de contourner le Danemark. Ensuite la guerre sera fini pour eux. Ces derniers mois ont été éprouvants. Après des débuts tonitruants face aux Alliés, les sous-marins allemands, les loups gris, ont perdus leur avantage et ont commencés à être pourchassés. De nombreux U-boat ont été coulés. Celui du commandant bon See a survécu mais au prix d’une immobilisation forcée à Dantzig pendant un an.
Le U-204 fait surface à Bremerhaven, un petit port de la côte ouest de l’Allemagne. Ludwig von See a gagné son pari. Il a non seulement sauvé son équipage, sa fiancée, mais aussi quelques dizaines de personnes. A bord c’est l’explosion de joie. Tous remercie le commandant et salut ses talents de marin, tandis que sa fiancée l’embrasse.
Une semaine plus tard, le 10 mai 1945, Ludwig von See épouse civilement Daiga en petit comité. Quelques semaines après elle donnera naissance à une petite fille prénommée Adele, un prénom aussi bien allemand que letton.