Toi, mon enfant, mon tout petit que je n’aurai jamais, je t’entrevois à travers mes désirs de mère que je croyais taris. J’imagine mes premières faiblesses, mes fatigues, mon corps qui change, mes seins auréolés de lumière maternelle et un ventre arrondi qui aurait annoncé ta venue.
Mais tu ne viendras jamais, mon ange. Ton chemin a été dévié et tu ne pourras plus venir vers moi. L’essence de ta naissance ne pourra rencontrer l’origine de mon monde. Tu te perdras indéfiniment dans des labyrinthes faussés par une volonté de te nuire indépendante de la mienne.
Mon bébé, j’aime rêver à ce que tu aurais pu être, deviner la couleur de tes cheveux, celle de tes yeux. Petit être impalpable, aurais-tu été cet étrange mélange d’un père et d’une mère ou une entité unique qui se veut dissociée de toute appartenance ?
Ah, cette chair nouvelle qui m’est refusée par les années qui passent et les peurs d’un homme, je ne pourrai te connaître, car tu meurs avant même de naître !
Alors, je continuerai jusqu’à ma mort à me bercer, comme on berce un enfant, car enfant j’ai été, je suis et je resterai. Oui, je te bercerai dans le creux de mon ventre vide, asséché et stérile.
Je te bercerai, toi l’enfant que je n’aurai jamais.