« glace menthe-chocolat-pistache ! » s'égosille la voix synthétique d'un robot glacier ambulant, et de préciser :
« service cryocup irrenversible... »
À quelques bioklicks de là, deux ingénieurs s'affairent autour de l’humanoïde que le sergent policier vient de leur confier pour auscultation technique. Depuis les archives fracturées du cerveau endommagé, un mot s'imposait sans cesse : irrenversible. L'un d'eux prétendit qu’il s’agissait d’un bug linguistique, un résidu d’algorithmes trop anciens pour être clairement défini.
Pourtant, chaque fois qu’il tentait de l’effacer pour accéder à d'autres données, il réapparaissait ailleurs, comme une balise vivante.
L'autre découvrit bientôt qu’il désignait un événement temporel capital, et que cela laissait entendre qu'un inhibiteur biglotron était passé par là. Alors il insista si bien que l'horloge quantique servant de cœur se remit à vibrer, mais les souvenirs se dédoublaient, les rues changeaient d’orientation. L'i.a. semblait hésiter, le passé se réécrivait par fragments, mais sans jamais se stabiliser. Ils conclurent qu' point de rupture s'insinuait là où le temps cessait d’être une ligne pour devenir une fièvre virale.
Alors on comprit : irrenversible n’était pas un mot, mais un avertissement. Une faille dans la continuité, un souffle venu d’un monde qui n’existait pas encore. Et chaque fois qu’il apparaissait, quelqu’un — quelque part — cessait d’être certain d’avoir vécu sa propre vie...
Nouveau thème : « chauds les marrons ! »