Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

26 Juillet 2026 à 08:04:16
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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux (Modérateur: Claudius) » Histoire sans queue ni tête (jeu littéraire).

Auteur Sujet: Histoire sans queue ni tête (jeu littéraire).  (Lu 51756 fois)

Hors ligne Robert-Henri D

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Re : Histoire sans queue ni tête (jeu littéraire).
« Réponse #75 le: 16 Juillet 2026 à 09:46:25 »
C'est une histoire qui se passe en un lieu mystérieux. Un hurlement énigmatique survient  de manière non subreptice, provenant de derrière l'unique guichet ouvert et pourtant vide. «Bizarre, me dis-je, la visite des Souterrains du Diable est permise, mais il n'y a personne à la billetterie !» J’envisage de faire le tour du guichet pour inspecter comme il se doit, quand une géante blonde style succube me demande d’une voix grave ce que je désire.
«Tudieu ! » répondis-je, «vous me semblez comme surgie du néant !»
« JE N'AI POINT D'ÉRYTHÈME À MON FESSIER !» rugit la démoniaque créature, qui, dure de la feuille, avait probablement entendu "...comme rougie du séant" (et qui craignait que ne s'ébruitent les honteuses conséquences d'un curry trop épicé)  et découvert à l'occasion que son estomac savait jouer du trombone sans partition.
La mélodie cuivrée s'échappant de la diabolique panse me fit lever le sourcil gauche, mes pieds se lancèrent irrésistiblement dans un petit pas de salsa ; pour tenter de reprendre le contrôle de la situation, je formulai haut et clair : " Après vous avoir acheté un ticket pour le souterrain, puis-je vous offrir ce délicieux donut, douce et gracieuse guichetière ?"
«Ah mais, certainement» soupira la démone dont le sourire sucré en disait long sur son appétit...
Je m'empressai de payer, d'empocher le ticket, de céder mon goûter et de prendre la direction des Souterrains, ignorant de mon mieux les œillades appuyées, les claquements de langue, les ronronnements léonins et les ricanements graveleux de la créature.

 Pendant que, d’un pas alerte, je descendais les escaliers, une pensée m’obséda : qu’allais‑je trouver dans ces fameux souterrains ? La réponse ne se fit point attendre, pour ma plus grande frayeur, lorsque je dus traverser une succession interminable de mises en scène, toutes plus terrifiantes les unes que les autres, que le Diable lui-même, avait dû concevoir : exterminations, torture, fauteuil de dentiste, guichet du Trésor Public, priorité à droite...et, ultime supplice : un bureau vide où reposait, poussiéreux, un dossier à mon nom, tamponné "Top Secret", et m’enjoignant de fournir la preuve formelle que j’existe ! Je fut pris d'un rire irrépressible alors que je chantais "Résiste, prouve que tu existes, cherche ton bonheur partout" , même dans un souterrain improbable. Improbable, mais bon dieu... Quelle acoustique ! J'envoyais le deuxième refrain lorsqu' un nabot lippu, culotte de cuir et chapeau tyrolien, apparut à mon côté et pris la quinte en dessous, d'une magnifique voix grave veloutée... et d'entonner : "Moi, j'aim' bien mieux mon p'tit chapeau tyrolien et faire moi itou, hi lala itou" !

Aussitôt apparurent six autres nains, itou chapeautés, culottés et lippus, accompagnant leur frère de "ïooïoïoooïïïlaïo iiitoouu", alors que la grande blonde à peau blanche du guichet arrivait des escaliers toute en déhanchements d'une amplitude franchement excessive :
«M'enfin ! l'a koi la caissière à rouler tant d' la caisse !? »
J' t'en fiche mon billet qu'elle croa qui suffit d' laisser l'effet s' faire pour que son corps beau du popotin, se la pète genre papotin !
À peine eussé-je le temps de méditer sur cette remarque d'une bonne profondeur philotropique, qu'un immense gong résonna dans l'univers et chez les galériens. Les sept nains cessèrent net leurs vocalises, figés comme des statuettes de jardin qui sont comme un tombeau seul et malheureux. La succube, elle, pâlit, c'est compte tenu de son teint déjà spectral, se relevant d'une performance de jeteuse de sort. Encore que ça face de pleine lune en disait long sur la petitesse d'une pseudo clairvoyance un peu rance !

C'est alors que sortit d'une alcôve un petit diablotin, écarlate et cornu, qui m'offrit pour patienter un plateau de Fion de Vendée ; quelle délicieuse attention pour moi qui, malgré une vie aventureuse, n'avais jamais mangé de fion. Qu'importe, me dis-je : malgré son nom qui fait sourire, voilà bien le genre de pâtisserie qui rassure et porte en elle la chaleur endimanchée d’une cuisine qui sent bon la crème... rien à voir avec ce froid souterrain !

J’en étais à mon troisième fion, car pourquoi s’arrêter au premier dans un endroit où le temps n’a aucune prise, quand retentit au loin un bruit dont je n’aurais su dire s’il était humain, minéral ou fiscal. Ostensiblement attiré par le son bancal, un peu comme une grenouille s'extirpe d'un bocal, j'entrepris de quitter ce lieu peu banal. C'est alors que je tombais nez à nez avec Charles Corver, arbitre de France Allemagne 1982 ; qu'il fut en enfer était moins étonnant que l'endroit où un diablotin, bien inspiré, lui avait mis son sifflet.

À la fois sidéré et quelque peu outré de cette mise en... corner, je me pris à errer sans but.
Je n’avais pas fait trois pas qu’une voix de stade, sortie d’un formulaire en triplicata, m’intima de choisir entre les prolongations, les tirs au but et le dépôt immédiat d’une réclamation dûment timbrée.
Holà ! rétorquais-je ! Pourquoi m'adressez-vous cette contre ola qui point n'ondule en tribune ?
C'est que, me répondit un diablotin, ils font une partie de 1,2,3, soleil ; le premier qui bouge aura pour châtiment d'arbitrer Bilbao - Barcelone 1984, et croyez moi, personne ne veut vivre ça.
Et encore, me glissa le diablotin, arbitrer Bilbao-Barcelone n’est que l’échauffement ; le vrai supplice commence quand le champion des enfers vous tend la xistera. Or, puisque "c'est une histoire qui se passe en un lieu mystérieux", ce fut une balle non moins étrange qui, subrepticement, se plaça d'elle-même dans l'osier !
La plume en ascèse s’élève au‑delà de ce que d’autres rapetissent par absence d’âme.

 


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