Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

14 Mai 2026 à 22:28:09
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La transcutation des gonfliots

Auteur Sujet: La transcutation des gonfliots  (Lu 2130 fois)

Hors ligne holden5

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La transcutation des gonfliots
« le: 29 Décembre 2023 à 11:22:55 »
Un salon de coiffure.
Le coiffeur se tient derrière son unique client, un homme d’une cinquantaine d’années, et le regarde dans le miroir.



— Alors, qu’est ce qu’on fait aujourd’hui ?
— Rien de spécial. Comme d’habitude.
— Tondu sur le dessus et frisé sur les côtés ?
— Non, ça c’est pour ma femme. Moi c’est la raie sur le milieu, et pas trop court…Mais pas trop long non plus.
— D’accord, je vois, un petit rafraîchissement estival quoi !
— Pas trop estival non plus, le rafraîchissement. Plutôt une coupe de mi-saison, si possible. Disons de fin septembre, début octobre, mais un mois d’octobre ensoleillé bien-sûr.
— Evidemment. Donc ce sera la formule « automne freshstyle » à 39 euros.  Question grave : est-ce qu’on fait le tour d’oreille ?
— Le tour de quoi ?
— Vous savez, le tour d’oreille, ce concept un peu vague dont la signification varie selon chaque salon de coiffure.
— Euh, s’il pouvait rester un peu de volume entre la tempe et la crête de l’oreille…
— D’accord. Et vous voulez que les cheveux depassent sur la pliure supérieure de l’oreille ?
— Oui, mais juste un tout petit peu, histoire que ça ne descende pas jusqu’au trou de l’oreille. Si vous pouviez déborder trrrès légèrement sur la pliure.
—  On les coupe aux ciseaux d’habitude ou à la tondeuse ?
— Ça dépend des fois. Quand vous utilisez la tondeuse, c’est plus propre, mais c’est trop court. Avec les ciseaux, c’est long comme j’aime, mais ça fait sale et pas assez droit. Du coup je me demandais si vous pouviez mettre un sabot de 74 mm à votre tondeuse.
— Le plus gros que j’ai est un petit 72.
—C’est embêtant. (Réfléchissant un moment) Sinon, voilà ce que vous pourriez faire : utiliser les ciseaux comme si c’était une tondeuse.
— Excellente idée. Je peux même faire un petit bruit de moteur si ça vous rassure.
— Un petit brrrr ?
— Oui, ou un petit briiiii selon le réglage.
— Ce serait formidable, merci, vraiment. Autre chose... quand ça repousse, ça a tendance a faire comme deux bosses qui retombent sur les côtés.
— Les deux bosses, là ? (Lui attrapant une touffe de cheveux de chaque côté de la tête)
— Oui.
— C’est ce qu’on appelle des bouffions, ça.
— Des bouffions ?
— Oui, des bouffions, des gonfliots, appelez-ça comme vous voulez…
— Des tombrelins, par exemple ?
— (S’offusquant) Ah non ! les tombrelins ça n’a rien à voir. Rien à voir, monsieur. Comment pouvez-vous dire une chose pareille ?
— En tout cas, je n’aime pas du tout.
— Oh vous savez ce n’est pas grave, grave, les gonfliots. Il y a plein de gens qui parviennent pendant plusieurs années à mener une vie relativement normale avec leurs gonfliots.
— Oui, mais ils finissent seuls et abandonnés de tous. C’est très dangereux, socialement, les gonfliots, j’ai toujours dit qu’il fallait s’en méfier. J’ai une idée…
— Je vous écoute.
— Est-ce que vous pourriez éventuellement tailler bien vertical sur les côté ?
— Vous voulez dire…transcuter le gonfliot ?
— Exactement.
— Arf, la transcutation des gonfliots, c’est une intervention qui m’embête toujours un peu… parce que si je fais ça, en repoussant ça va faire comme une petite pyramide hexagonale.
— Une petite pyramide ? Quelle horreur !
— Oui, et en plus elles ne seront pas de la même taille de chaque côté, étant donné que vous avez l’os temporal très creusé de ce côté là  et un peu bombé de ce côté-ci. (Palpant les deux tempes)Vous sentez ?
— Merde alors, vous avez raison. Je n’avais jamais remarqué. A vrai dire,  je ne savais même pas que ça existait, l’os temporal.
— Nous les coiffeurs, on connaît bien parce que c’est un cauchemar pour nous quand les os temporaux sont aussi merdiques que les vôtres.
— Alors qu’est-ce qu’on peut faire ?
— Oh, pas grand chose, mais je vais tenter de raser à blanc tout le haut de la tempe et laisser très long à la base de l’oreille. En repoussant, tout devrait s’égaliser.
— Rasé à bl… mais ça va être horrible, non ?
— Au début oui, mais sera l’affaire de quoi ? deux-trois ans pas plus.
— Me voilà rassuré…
— Par contre…(scrutant avec contrariété le visage du client)
— Oui ?
—Hmm,  comme vous avez un nez assez fort et orienté à 65 degrés vers la droite, je vais aussi sectionner un peu le haut de l’oreille gauche pour rééquilibrer l’aspect général de la face.
—Ah oui bien sûr, vous avez tout à fait raison. Mais… juste une petite question..
— Je vous écoute.
— Combien ça va me coûter, toute cette histoire ?
— Oh, si vous avez souscrit une bonne mutuelle avec option paysagisme facial, vous en aurez pour à peine…allez, 500 euros de votre poche.
—Ah oui, quand même ! Bon, je crois que j’ai pris ma décision. (Se levant du fauteuil et retirant la cape) Je vais plutôt aller chez votre voisin.
— Le coiffeur portugais ?
— Non, le vendeur de chapeau.
« Modifié: 05 Janvier 2024 à 11:11:09 par holden5 »

Hors ligne Mic Ester

  • Troubadour
  • Messages: 368
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #1 le: 29 Décembre 2023 à 13:22:14 »
Salut Holden
J’y suis allé un peu par curiosité … des mots inconnus, on se dit qu’on va apprendre quelque chose. Après on se laisse aller, on visualise la scène, la gueule du client, celle du coiffeur, jusqu’à la chute, excellente.
J’ai bien aimé, il y a du boulot d’écriture pour ne pas sortir du dialogue, sans décrire plus avant les personnages, c’est bien, ça donne du rythme.
Bon moment de lecture
Mic


Hors ligne Choumi

  • Prophète
  • Messages: 774
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #2 le: 29 Décembre 2023 à 13:34:46 »
Salut
Voici une lecture qui prête à sourire et j’y repenserai quand j’irai au coiffeur
Je préfère ces lectures légères qui pour un instant me promènent dans un monde sans haine qui existe pourtant  si près de nous . Faut-il pour autant le chercher  un peu.
Il est souvent pas bien loin
Amicalement
Michel
« Modifié: 29 Décembre 2023 à 14:16:41 par Choumi »

J.

  • Invité
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #3 le: 29 Décembre 2023 à 16:21:39 »
Bonjour. Encore un texte sympa qui ne coupe pas les cheveux en quatre. Distrayant, c'est bien, le Forum tend à redevenir le lieu du plaisir de lire sans prise de tête ni masturbation pseudo-philosophique, enfin, ça dépend des moments et des auteurs... :D J'ai bien aimé.

En ligne Basic

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  • Messages: 4 189
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #4 le: 29 Décembre 2023 à 18:04:44 »
Non mais ! C'est y pas le Holden qui revient de son voyage en patagonie sumérienne et qui nous ramène des gonfliots ?

Bon, il faut de tout dans un forum librairie, de la prise de tête et de la détente. On peut aimer les deux.

Bon retour parmi nous camarade

Deux, trois bricoles :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


B

Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 024
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #5 le: 29 Décembre 2023 à 18:42:46 »
Merci pour ton texte.
En le lisant il m'a fait penser "aux chevaliers du fiel" qui font des sketchs avec un salon de coiffure.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Dot Quote

  • Équipe Mammouth - Maquette
  • Vortex Intertextuel
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  • ?
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #6 le: 29 Décembre 2023 à 20:10:09 »
salut holden5,



en se basant sur le texte pour un questionnement, s'il te parle ça m'aiderait à réfléchir sur ce point assez général qui me laisse dans le flou et qui j'espère un peu te fera écrire une réponse relative à ta sensibilité :

à ma lecture de ton texte je crois que j'ai trouvé de quoi formuler mon flou psychique autour d'une problématique assez récurrente à l'élaboration scénaristique : le dilemme 'on se connait, pour la première fois'... grâce à toi et tes mots explicites, on sent d'un côté que les deux personnages partagent un passé hors-narration, et de l'autre que dans le cadre de cette narration, l'auteur doit apporter des éléments qui relèvent de ce que toute conversation possède son lot de nouveautés contextuelles, et surtout son idée à lui dans son message gravitant autour d'un propos que l'habitude entre personnages aurait effacé en pratique avec ces habitudes cumulées entre lse personnages ; ceci, dans toute œuvre scénarisée, me heurte parfois de ce paradoxe que l'auteur doit solutionner ou dissimuler : les 'comme d'habitude' des personnages se mêlent à ce que l'auteur doit apporter au lecteur en tant que 'nouveauté'... suis-je clair ? j'espère assez, bien que conscient que je me vautre un peu dans l'inintelligible

en exemples :
Citer
— Rien de spécial. Comme d’habitude.
— Tondu sur le dessus et frisé sur les côtés ?
— Non, ça c’est pour ma femme. Moi c’est la raie sur le milieu, et pas trop court…Mais pas trop long non plus.
ici c'est tellement criant que ça peut s'interpréter comme ton humour entre les personnages, mais au pied de la lettre la situation je trouve est invraisemblable, le continuum entre leur passé et ce qui est nouveau à cette situation subit chez moi un sentiment d'erreur...

Citer
— Evidemment. Donc ce sera la formule « automne freshstyle » à 39 euros.  Question grave : est-ce qu’on fait le tour d’oreille ?
— Le tour de quoi ?
— Vous savez, le tour d’oreille, ce concept un peu vague dont la signification varie selon chaque salon de coiffure.
ici l'humour n'est plus l'excuse possible, et pourtant cette impression de décalage entre ce que veut amener l'auteur (l'idée de tour d'oreille), et ce que la situation est peu crédible pour un abonné chez le coiffeur comme semble l'indiquer la relation entre les deux personnages ; ce décalage entre ce passé leur appartenant qui devrait leur poser des évidences entre eux, et ce que l'auteur veut montrer mais ne peut le faire dans cette temporalité bien loin derrière leurs découvertes l'un de l'autre, leurs découverte du contexte ici suggéré assez habituel...

bref : comment concilier le nouveau de l'idée d'auteur avec l'habitude des personnages, encore une formule pour ma question théorique pour laquelle je te prends en tant que participant réfléchi sur la problématique, et si tu acceptes de développer ton avis



un autre questionnement général pour moi qui prend corps ici grâce à toi : jusqu'où ose-t-on plus en fiction qu'en réel ?! le client s'offusquerait si le coiffeur osait ce qui ici donne le sourire :
Citer
— Nous les coiffeurs, on connaît bien parce que c’est un cauchemar pour nous quand les os temporaux sont aussi merdiques que les vôtres.
pareil ouvert, si tu as envie de gloser un peu, à partir du texte ou non



plus précisément pour commenter ton travail :

mon sentiment à la lecture, j'ai trouvé cela un peu 'surjoué', ce que je me suis justifié en me disant qu'en tant que dialogue, c'était sûrement très inspiré du théâtre, mais qui m'a laissé un peu sur un écœurement de ne pouvoir m'imaginer la scène autrement que, justement, sur une scène ; je n'étais pas dans un salon de coiffure, j'étais dans une petite salle de spectacle, voire en pleine place publique, avec des costumes burlesques, du maquillage, bref, je n'étais pas vraiment immergé dans la réalité décrite, bien trop dans un lieu dédié à l'illusion

mais c'est ce qui faisait la richesse du contenu, ce 'faux' conversationnel donnait corps aux personnages, à l'humour, au propos, un peu comme conscient qu'une vraie scène chez le coiffeur ne serait pas aussi reluisante d'un point de vue linguistique... je ne savais pas trop quoi prendre entre les avantages d'une telle fiction, et ce qu'en idéal j'aurais voulu être plus dans un bain réaliste

l'exagération humoristique des éléments de la conversation est l'un des points pour lesquels j'ai ressenti le plus d'admiration : le prix posé en devis exorbitant, la durée annale pour l'harmonie d'après-coupe, les millimètres de tondeuse : des chiffres caricaturaux, bonne méthode pour répéter cette incitation au sourire

un ton général qui insiste sur une naïveté qui influe ptetr sur mon sentiment de 'surjeu', le client aux questions explicites un peu comme enfantines, que le coiffeur renseigne par une assurance pro, une évidence au petit doigt levé

j'ai souri à la complicité entre les personnages à la lecture du passage sur le bruit de la tondeuse

j'ai trouvé la chute vraiment habile, en toute admiration de ce que je ne sais pas du tout trouver ce genre de clés scénaristiques qui emportent le coeur des lecteurs, je lis que les autres ont apprécié aussi...

oups, je lis le com parlant des masturbateurs, je crois je peux m'y sentir coupable, mais je tiens à préciser que ce n'est pas pour autant de l'onanisme, c'est important de ne pas confondre ! bien partagé mon com', j'espère ne pas trop prendre la tête



merci pour le partage, et pour l'opportunité de glisser une ouverture aux deux débats que j'aborde ici pour la première fois, grâce à toi holden5

bye
.

Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 443
  • Ailleurs et au-delà
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #7 le: 30 Décembre 2023 à 09:44:18 »
Bonjour holden5, j'ai bien aimé.
J'ai ressenti un texte bien travaillé et j'aime son originalité.
Belle journée.
Michèle

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 920
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #8 le: 30 Décembre 2023 à 10:09:01 »
 

  Un texte très agréable à lire, original et bien maîtrisé. Oui, dans un monde devenant de plus en plus sombre, l'humour et la détente sont les bienvenues.

  Murex

Hors ligne holden5

  • Prophète
  • Messages: 753
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #9 le: 30 Décembre 2023 à 11:16:07 »
Bonjour,


@MicEster

Merci de ta lecture et de ton com'. Content que le rythme t'aie paru convenable, il m'a fallu transcuter pas mal de gonfliots textuels avant d'oser le publier.  :) Merci encore !


@Choumi

Merci beaucoup de ton message.

Citer
Je préfère ces lectures légères qui pour un instant me promènent dans un monde sans haine qui existe pourtant  si près de nous
Comme je partage cet idéal de lectures, en nos temps fort troublés ! J'ai récemment pris de bonnes claques en découvrant Musée Haut, Musée Bas de Ribès, ou les Diablogues de Dubillard, qui nous emportent en quelques lignes. Concernant le "monde sans haine", je pense tout de même que mes coiffeurs en ont contre moi.  :D

@jonathan

Citer
Encore un texte sympa qui ne coupe pas les cheveux en quatre

Merci (et bien joué!  :D)

Citer
Distrayant, c'est bien, le Forum tend à redevenir le lieu du plaisir de lire sans prise de tête ni masturbation pseudo-philosophique, enfin, ça dépend des moments et des auteurs...
Cool si tu l'as trouvé distrayant, je redoute toujours que les textes simplement distrayants soient considérés comme malvenus sur le forum, où l'on peut lire moulte très belles choses écrites avec les tripes. Pour ce qui est de l'onanisme philosophique, je crains de ne pas être à l'abri de m'y adonner occasionnellement  :D Merci encore pour ton com'!


@basic

Bien le bonjour, mon vieil ami, après tout ce temps!

Citer
C'est y pas le Holden qui revient de son voyage en patagonie sumérienne et qui nous ramène des gonfliots
Suis-je vraiment de retour, ou bien toujours en pleine errance dans la Patagonie de la créativité ? Telle est la question... 

Merci pour tes corrections, je te confirme que je suis toujours un fervent défenseur de l'accent circonflexe. Dont acte. (ça en jette, quand même, "dont acte"). Au plaisir :-)


@Cendres
Un grand merci d'avoir lu et laissé un petit commentaire ! Je ne connais pas ce sketch des Chevaliers du Fiel, mais je ne manquerai pas d'y  jeter un oeil. En relisant le texte, j'ai un peu pensé à l'univers absurde de certains sketchs de Chevalier et Laspalès...

@Dot quote
Merci pour ce commentaires et ces belles interrogations...que j'essaie de ne plus me poser sans quoi je n'arriverais plus à écrire ou à poster quoi que ce soit !  :D L'idéal serait certainement d'avoir une idée bien précise de la situation avant de jeter dans l'écriture du dialogue mais je voulais tenter de laisser les dialogues eux-mêmes construire la situation, les personnages, et laisser les traits d'humour se présenter naturellement en dépit des incohérences situationnelles ou psychologiques que cela peut impliquer. C'était un conseil que m'avait donné la grande Tomoyo il y a fort longtemps (que devient-elle d'ailleurs, Tomoyo ?)  :'()


Citer
le dilemme 'on se connait, pour la première fois'... grâce à toi et tes mots explicites, on sent d'un côté que les deux personnages partagent un passé hors-narration, et de l'autre que dans le cadre de cette narration, l'auteur doit apporter des éléments qui relèvent de ce que toute conversation possède son lot de nouveautés contextuelles, et surtout son idée à lui dans son message gravitant autour d'un propos que l'habitude entre personnages aurait effacé en pratique avec ces habitudes cumulées entre lse personnages ; ceci, dans toute œuvre scénarisée, me heurte parfois de ce paradoxe que l'auteur doit solutionner ou dissimuler : les 'comme d'habitude' des personnages se mêlent à ce que l'auteur doit apporter au lecteur en tant que 'nouveauté'... suis-je clair ? j'espère assez, bien que conscient que je me vautre un peu dans l'inintelligible
Il me semble que tu poses la question : comment rendre la phase d'exposition un peu naturelle alors que les personnages se connaissent déjà et n'ont aucune raison de se dire telle et telle info que le lecteur ne connaît pas ? Mais peut-être me gourrè-je  ! ^^

Citer
— Rien de spécial. Comme d’habitude.
— Tondu sur le dessus et frisé sur les côtés ?
— Non, ça c’est pour ma femme. Moi c’est la raie sur le milieu, et pas trop court…Mais pas trop long non plus.
ici c'est tellement criant que ça peut s'interpréter comme ton humour entre les personnages, mais au pied de la lettre la situation je trouve est invraisemblable, le continuum entre leur passé et ce qui est nouveau à cette situation subit chez moi un sentiment d'erreur...

J'essaie de me rassurer moi-même en me disant que les coiffeurs voient tellement de monde qu'il ne voient pas nécessairement  ce qu'on entend par "comme d'habitude" !


Citer
un autre questionnement général pour moi qui prend corps ici grâce à toi : jusqu'où ose-t-on plus en fiction qu'en réel ?! le client s'offusquerait si le coiffeur osait ce qui ici donne le sourire :
Citer
— Nous les coiffeurs, on connaît bien parce que c’est un cauchemar pour nous quand les os temporaux sont aussi merdiques que les vôtres.
pareil ouvert, si tu as envie de gloser un peu, à partir du texte ou non

Je n'ai pas la réponse non plus, mais tu mets les mots sur des difficultés que je peux ressentir à "valider" ou pas une ligne de dialogue. L'objection: "mais dans le réel, ça ne passerait pas, c'est pas réaliste, et puis le client ne réagirait pas comme ça" est toujours un peu présente. Mais dans cet exemple précis, je crois que "merdique" a été validé parce que, certes le coiffeur ne dirait pas ça de cette façon dans la réalité, mais que c'est qu'un client pourrait "entendre", ou décoder dans un salon de coiffure si on commence à lui parler des imperfections de son crâne... Ce serait alors une forme de réalisme "par traduction de ce qui se dit au quotidien". Bon, ça me paraît tellement prétentieux de justifier ce choix, alors qu'il n'est pas très raisonné à la base, et je conçois qu'on puisse considérer qu'il y ait là un gros défaut !

Je ne sais pas si j'ai bien répondu à toutes les questions, mais en tout cas merci beaucoup de ton retour et de tes interrogations.  :)

@Murex
Merci beaucoup Murex. J'ai déjà pu apprécier ton art en la matière, donc tu m'en vois très flatté ! 

@Delnatja

Ravi que tu aies apprécié et que le texte t'aie semblé travaillé, je craignais un peu qu'il paraisse trop "facile". Un grand merci!!

Au plaisir,
H.
« Modifié: 30 Décembre 2023 à 11:20:51 par holden5 »

Hors ligne Aponiwa

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Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #10 le: 31 Décembre 2023 à 12:36:02 »
Hello Holden,

Ravie de te revoir par ici.
J'ai bien aimé ton texte (moi qui déteste aller chez le coiffeur!).
Juste une chose : j'ai préféré l'humour moins, euh... daté, de In Orifis (dont j'attends fermement la suite! :) )
L'absurde reste cependant toujours efficace.

Merci pour ton texte et bon retour! :)
« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

Hors ligne holden5

  • Prophète
  • Messages: 753
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #11 le: 02 Janvier 2024 à 10:11:06 »

Hello Aponiwa ! (Et très bonne année à toi!!)

Merci pour ton message, bien content de recevoir ta visite et ton retour sur ce petit texte (cathartique pour moi aussi évidemment!  :D)

Je souhaiterais faire un petit recueil de saynètes de ce type (à l'horizon 2073, hein, pas d'urgence), et celle-ci est la première à avoir été écrite. D'où peut-être le côté un peu daté que tu soulignes... Avec une pratique régulière, j'espère que ce défaut sera moins visible !

Merci pour In Orifis. Il y avait un côté spontanée dans son écriture, mais j'ai trop piétiné sur les premiers chapitres de la suite, donc on va dire que c'est un projet en sommeil prolongé...

Encore un grand merci de ton retour,
A très vite,
H.


Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
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  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 909
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #12 le: 02 Janvier 2024 à 11:12:00 »
Salut Holden !

J'ai bien rigolé, de l'absurde comme je l'aime. Y a un chouette rythme, les petits délires s'enchainent bien et la chute marche aussi.
Remarque à deux balles : tu réussis à ne pas préciser qui parle pendant toute la scène et on n'est jamais paumé, c'est pas toujours évident.

Détails :
Citer
Le coiffeur se tient derrière son unique client, un homme d’une cinquantaine d’année, et le regarde dans le miroir.
années

Citer
— Est-ce que vous pourriez éventuellement tailler bien verticale sur les côté ?
vertical, non ?

Citer
avec option paysagisme faciale
facial

A+
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne holden5

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  • Messages: 753
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #13 le: 03 Janvier 2024 à 10:01:17 »


@Salut Rémi !

Merci beaucoup poure ta lecture et commentaire. Très content que tu aies apprécié ce petit "jogging" ^^ . Merci pour les coquilles, je viens de faire le petit rafraîchissement.

Bonne journée,
H.



Hors ligne Ji.Héllēn

  • Scribe
  • Messages: 74
Re : La transcutation des gonfliots
« Réponse #14 le: 08 Janvier 2024 à 11:50:56 »
salut holden5 !

j'avais lu ton texte pendant les fêtes, il m'avait fait un bel effet, je reviens donc le commenter.
en ce qui me concerne l'absence d'un “réalisme” absolu dans le dialogue ne m'a pas dérangé dès lors que le ton se montre vite humoristique. ce registre et l'absurde font généralement bon ménage, raison pour laquelle l'ensemble m'a semblé fonctionner.
mon intérêt a vite été piqué. j'ai trouvé le dialogue ciselé et la chute sympa. puis point non négligeable, ça a aussi été l'occasion d'acquérir du vocabulaire technique en matière de coiffure. :D

bonne journée.

 


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