Ça coule comme un flot, la solitude, ça s'égrène comme un fruit déjà mort. Comme une tombe à l'abri du tonnerre, les instants s'effritent et ne s'imprègnent plus.
Il aurait fallu des rires et des éclats de joie pour que ma vie devienne, sous les peurs, une kyrielle de fêtes. Cependant, il n'en est rien. L'insuffisant fredonnement me laisse de glace. Apeurée, délaissée dans mon ennui, le seul soubresaut devient, au rythme de mes battements de cœur, une larme. Je pense que je n'étais pas armée contre tous ces va-et-vient, incessamment teintée d'une immense sensibilité à fleur de peau.
Seule dans mon esprit, les liens avec l'extérieur se dénouent encore. Comme flirtant avec l'indicible, je crois que l'effroi ne me quitte pas…et c'est en creusant un fossé entre moi et l'univers que je m'isole dans mon dégoût de moi-même.
La montagne que j'essaie de gravir s'éloigne et glisse sous mes yeux alors que, seul, mon être, crie aux abois.
Les promesses que je me suis données n'ont à aucun moment été saluées par mon courage. Alors, n'accomplissant que défaite sur défaite, je sombre dans une flemme comme au son des herbes folles, quand s'envolent les pétales des fleurs déjà mortes.