Au secours i'déconne à plein tube. J'sais pas vous, mais moi la fin d'année est propice à une dépression physique et intellectuelle que je souhaiterais à mon pire ennemi, si j'en avais un. Permettez que je vous en cause.
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Le nez collé à ma fenêtre, j'ai regardé toute la journée le grand sapin que les agents de mairie ont élevé sur la place du village. Depuis, je fulmine, je rouscaille, je médite. Je repense à Noël dernier où malgré ma lettre, toute pleine de douceur, à Papa Noël, je n'ai pas trouvé sous le sapin le joujou commandé. Cette injustice a provoqué chez moi une réaction épidermique alors je lui ai dit :
— Père Noël, désormais il y aura un Avant et un Après entre nous, sans trop savoir comment serait l'Après qui, on le dit souvent, n'est pas toujours mieux qu'Avant.
Vous me suivez?
Il l'a mal pris, pensez-donc, et m'a répondu assez sèchement :
— Tu ne vas pas m'emmerder pour si peu. Avant les enfants petits et grands ne se plaignaient pas et si t'es pas content tu le rapporteras en magasin Après. Sur le coup, j'ai rien répondu, mais le vieux peut aller se faire rincer, cette année je ne ferais pas comme Avant, je ne lui commanderais rien du tout, quitte à le regretter Après.
Derrière mon carreau de fenêtre, je suis en pleine ébullition. Nous sommes début décembre et je n'ai encore pas écrit au Papa Noël et du coup rien ne marche comme Avant. Après, faut bien dire que c'est un peu de ma faute. J'irai bien le voir au supermarché du coin mais je sens qu'il va me bassiner avec cette histoire qui a mis le bordel entre nous. Que je vous explique :
J’ai été appelé par son staff vers le mois de novembre de l'année dernière pour repeindre son traîneau. La peinture, le pinceau tout était en place, il n'y avait plus qu'à. Sauf que moi, je voulais mettre de l’Apprêt Avant pour que la peinture tienne mieux Après. Celle d’Avant n’avait pas tenue, le peintre de l'époque n'en avait pas mis, de l'Apprêt, par soucis d'économie.
Du coup, j'ai pas repeins le traîneau et nous nous sommes quittés fâchés. Alors, en boule d'avoir une carriole en mauvais état pour faire sa tournée, il a collé dans mon sabot un paquet de gaufrettes périmées à la place du train électrique que j'avais commandé.
Ah ! il a du caractère le Pépé !
Malgré tout, cette histoire m'avait tout chamboulé. J'avais peut-être tort. J'ai donc rendu visite à mon copain qui est aussi le Maire du village. Il m'a assuré qu'Après un coup comme ça c'était normal qu'il y ait un Après.
— En politique, c'est pareil, m'a-t-il expliqué, quand il y a un clash au conseil municipal, je leur dis, passant à l’Après tout en restant prudent, l'Avant est déjà l’Après d’un Avant que vous contestiez déjà Avant. Tu suis?
— Beuf !
— C'est pourtant simple ! Il faut aller de l'Avant sans modifier quoique ce soit pour pas que l'Après soit montrer du doigt en disant que c'était mieux Avant. Tu comprends?
— Non !
— Parfait ! je vais coincer ça dans mon discours pour les bons vœux. De toute façon, tout le monde s'en fout et ceux qui applaudissent c'est par politesse.
Dépité, j'ai rendu visite à mon autre pote, curé de la paroisse d'à coté, pensant que lui saurait me répondre, il est dans l'Après depuis deux mille ans. Eh bien, peau de balle et boulet de crin, il regrette le temps d'Avant celui d’Après Jésus-Christ où la messe se chantait en latin et que les confessions étaient plus nombreuses. Il connaissait ainsi tous les potins du village sans être obligé comme aujourd'hui de lire le journal local pris en otage par le syndicat des rouges.
— Tu me comprends ?
— Bé, je ne sais plus où j’en suis moi !
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J'en étais là dans ma réflexion lorsque j'ai vu arriver Madame, la vraie. Celle d’Avant est partie. Nous nous sommes connus Après. Elle avait les bras pleins de paquets cadeaux. Je suis descendu par le balcon pour l'aider et lui ai demandé d'où elle venait. Elle m'a répondu :
— J'ai pas le temps de t'expliquer, on verra ça Après, faut que je distribue le calendrier de l'Avent, Après, ce sera trop tard.
Ouf ! Vous me suivez toujours ?
Là, j'ai compris qu'il fallait mieux me recoucher.
J'ai mis la radio pour avoir une musique d'ambiance.
Guy Béart chantait un truc dans ce goût là : Ça va vous dire quelque chose : < Il n’y a plus d’Après à St Germain dès prés, plus d’Après midi plus d’Après demain, il n'y a qu’aujourd’hui >
Et Aujourd’hui, c’est le début décembre. Dans mon lit je médite, je fulmine, je rouscaille. Si vous voyez le Père Noël dites-lui que je reste un petit enfant comme Avant et que je serais content s'il vient chez moi. Je me blottirai dans sa grande barbe blanche pour m'en souvenir jusqu’à la Noël d'Après.
Merci
Allez bon Noël à tous, on se revoie Après les fêtes j'penses pas vous revoir Avant
Michel/size]