MA SUPER DECOLO
Avant, on ne me regardais pas, ou brièvement. Les femmes ne voyaient aucune menace en moi. Les hommes regardaient surtout mes seins, mais plus pour se rincer l’œil que pour me passer la bague au doigt. Les serveurs, les caissiers ne me remarquaient pas. Les gens se demandaient si j’étais arabe ou juive. Cette couleur brune devenait une malédiction. Je sais, c’est la couleur que Dieu m’a donné. Mais pour être honnête, elle sentait la merde, cette couleur.
Et puis un beau matin, je decidai de me décolorer les cheveux en blond. Ah, le pouvoir du blond. Je commence à peine à en voir les prodiges. Les femmes regardent ailleurs, les gens me disent bonjour, ils s’excusent, ils me voient. C’est tellement idiot quand on y pense. Et pourtant.
Je le cache à peine : c’est stratégique. Trouver un emploi plus vite, paraître plus lumineuse. Même pour le moral, j’en ai cruellement besoin. En cette période sombre de conflits et de peines. Je sors du basané, je me fais blanche.
L’hiver j’ai toujours la peau plus blanche qu’en été. Blanche comme neige. Je me range dans ce que je suis au fond de moi vis-à-vis d’un des seuls conflits armés dont on nous rabat les méninges : israelo-palestine. Je suis complètement neutre, et ma couleur le dis clairement. Je veux juste qu’on me laisse tranquille, enfin.
Mais alors que disparaît un cliché, un autre est en train de naître. Vous connaissez ce début de phrase ‘’Blonde à forte poitrine…’’ . Eh bien voîlà, peut-être vais-je devenir trop voyante, même si je ne suis pas du genre jupe et talons hauts. Tout ça à assumer. Mais je garde le moral, même si en une semaine ma mère a faillit se faire agresser deux fois en disant à des hommes nous dévisageant : ‘’Tu veux une photo ?’’. Effrontée de mère en fille. Après tout je suis la chaire de sa chaire, il est normal qu’elle veuille me défendre. Moins évident : elle a affaire à des hommes. Autrement dit plus de force et de cruauté. Papa si tu étais là…
