Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

01 Juillet 2026 à 19:28:14
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » EPICURE

Auteur Sujet: EPICURE  (Lu 943 fois)

Hors ligne Melomane

  • Aède
  • Messages: 159
EPICURE
« le: 13 Septembre 2023 à 16:27:09 »

C’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir loyalement jouir de son être.  Michel Eyquem de Montaigne.

A sa naissance, ses parents avaient plus de 30 ans ; attendu longuement, il était l’enfant miracle. Le soir de l’accouchement le médecin dit à son père : « Mon pauvre Achille, je pense que ton fils ne passera pas la nuit ». Visage déformé par l’âpreté de l’accouchement, intensément jaune, il n’avait pas fière allure. Pourtant l’enfant miracle survécut.
Son père, jouisseur et helléniste convaincu, l’appela EPICURE.
Dans sa première enfance, le petit Epicure porta mal son nom. Il était malingre, timide, effacé et très sage, trop sage. Inquiets, ses parents consultaient médecins, guérisseurs et radiesthésistes de tous acabits, sans succès. Il restait d’une maigreur inquiétante. A 7 ans, il faisait pipi au lit …
Un jour un pédiatre dit à sa mère, Hélène : « il faudrait passer avec vos enfants un mois à la mer et un mois à la campagne ». Il n’a aucun souvenir de la mer…La campagne lui laissa un souvenir ébloui de soleil, de couleurs vives et éclatantes sous les frondaisons et le ciel bleu…Il était guéri de sa mélancolie !
Ses parents, lui, normand, blond aux yeux clairs, elle, picarde, brune aux yeux noirs,  formaient un couple à l’harmonie orageuse.
Son père, Achille considérait la vie comme un jeu et disait volontiers de lui : « je suis amusette ». A l’adolescence, il déclamait des poèmes la nuit à la belle étoile en déambulant dans ses forêts normandes natales. Ses passions, la gastronomie et les femmes. Etudiant à Lyon, le premier de chaque mois, il dépensait son maigre salaire dans les meilleurs restaurants et vivait d’expédients le reste du temps. Il aimait raconter sa « guerre » ; son bataillon décimé et éparpillé à Rethel dans les Ardennes, il avait traversé la France à pied, en vélo, par tous les moyens… pour arriver à Condom dans le Gers où il avait passé la plus belle période de sa vie entre les confits de canard et les jolies filles auxquelles il plaisait beaucoup car il était à l’époque jeune et svelte. Des années plus tard il disait en riant : « toutes les femmes que je revois me disent, qu’est-ce que vous étiez beau ! ». Son livre de chevet, le guide Michelin. 

Epicure, était-il vraiment guéri ? Apparemment oui. Il cessait de faire pipi au lit, sa maigreur s’estompait, la vie était colorée. Il était sorti de sa dépression et s’était construit un mental solide…car, depuis, il a une forte tendance à l’optimisme et à la gaité… parfois même à la jubilation. Faut-il que le bonheur ait un prix ? Pour éclore, doit-il être précédé ou suivi d’une période de douleurs morales ? Peut-être, vivre le mal-être peut-il permettre de se forger des armes mentales. Armer son inconscient de ces outils pour faire face à la vie avec légèreté ?

Toujours est-il que l’adolescent EPICURE passa ce cap bien souvent difficile dans un bonheur total. Heureux de vivre, heureux de travailler à l’école, heureux de découvrir le monde et les filles dont il tomba délicieusement amoureux.

Adulte, il promena son bonheur par monts et par vaux. Il put se consacrer à ses deux domaines de prédilection hérités de son père : la chair et la bonne chair. 

Passionné de cuisine, il tient à partager ses joies avec son entourage et s’amuse à mijoter une multitude de bons petits plats.
Il vit si intensément son activité culinaire qu’il rêve parfois que les légumes cuisinés partagent le bonheur de leur rencontre. Il a rédigé un petit texte qui décrit bien ces moments d’échange privilégié. Voici un exemple de sa prose onirique :
« J’adore éplucher les légumes et ils me le rendent bien.
Les pommes de terre s’agitent et se pâment à la caresse de mon outil tendre et enveloppant.
Les carottes ne sont pas mal non plus ; plus rigides, elles se dressent voluptueusement au contact de mon scalpel.
Le chou, c’est une merveille de l’effeuiller, lentement, passionnément.
Le navet résiste mais j’ai l’impression qu’il roucoule lors de mon étreinte.
Seul le poireau m’effraie un peu lorsque je le coupe en morceaux. Cela m’évoque une douloureuse castration.
Oui, vraiment, les éplucheurs ne s’ennuient jamais. »

Ce court extrait de sa littérature situe bien le personnage. Une autre fois, nous décrirons d’autres aspects de sa personnalité. L’inventivité du cerveau humain est sans limite.
ALAIN

Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 448
  • Ailleurs et au-delà
Re : EPICURE
« Réponse #1 le: 14 Septembre 2023 à 20:22:06 »
Bonsoir Melomane, merci pour ton texte.
Citer
Adulte, il promena son bonheur par Entremont et par veau.
Belle soirée.
Michèle

Hors ligne karna1

  • Calligraphe
  • Messages: 115
  • Dyslexique
Re : EPICURE
« Réponse #2 le: 14 Septembre 2023 à 20:45:47 »
c'est si bien écrit...c'est fous.

Hors ligne Melomane

  • Aède
  • Messages: 159
Re : EPICURE
« Réponse #3 le: 15 Septembre 2023 à 07:54:57 »
Oui, c'est vrai, c'est une histoire de fou mais de folie douce

Hors ligne Oncle Archibald

  • Scribe
  • Messages: 97
Re : EPICURE
« Réponse #4 le: 15 Septembre 2023 à 10:44:10 »
C'est bien écrit, hâte de lire la suite.

Juste une mini remarque: la chair et la bonne chair, ça s'écrit "la chère et la bonne chère"  ;)
Au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi,
Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami.
(Georges Brassens)

Hors ligne Melomane

  • Aède
  • Messages: 159
Re : EPICURE
« Réponse #5 le: 15 Septembre 2023 à 11:24:53 »
Cher Oncle,
Merci de me corriger, j'apprends donc que faire bonne chère c'est partager un bon moment et ce n'est pas partager sa chair avec la chair d'autrui.
C'est un peu décevant car j'aimais le parallèle chair / bonne ch..r.

 

Hors ligne Oncle Archibald

  • Scribe
  • Messages: 97
Re : EPICURE
« Réponse #6 le: 15 Septembre 2023 à 11:38:06 »
Tu peux toujours faire un parallèle plaisirs de la chair et ceux de la bonne chère, ça reste des homophones
Au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi,
Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami.
(Georges Brassens)

Hors ligne Melomane

  • Aède
  • Messages: 159
Re : EPICURE
« Réponse #7 le: 15 Septembre 2023 à 13:46:34 »
le plaisir du Monde de l'Ecriture c'est que l'on s'adresse à des érudits. Après cet exercice, nous ne craignons plus rien où que l'on aille.
Et tout ceci dans la bonne humeur et le bel humour.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.016 secondes avec 22 requêtes.