Lorsqu’il a frappé à ma porte, j’ai dit : « Non, je ne veux pas de tapis ni autre accessoire. On vous connait, vous les colporteurs, Tous des voleurs ! »
Avec un doux sourire, Jésus, oui, il s’appelait Jésus, me dit « Monsieur, je suis ici pour votre bien. Je vais vous donner la possibilité de toujours être heureux. Mon patron est un génie, il a inventé une machine dans laquelle, en quelques secondes, vous devenez éternellement heureux. »
« Je n’y crois pas à vos sornettes ! » lui dis-je.
Il me répondit : « Venez à notre entrepôt, rue de l’extase éternelle. »
Après maintes hésitations, j’y suis allé et je suis entré dans la machine.
Au sortir, je me sentais bien, cool, très cool.
Mon épouse qui répond au doux prénom de Nirvana a beaucoup aimé au début. Ma sérénité permanente l’a beaucoup reposée.
Au bout de quelques semaines, elle en avait un peu assez de cet être toujours heureux. Quelques semaines plus tard, elle ne me supportait plus : « ce n’est pas possible ! Tu n’as plus d’état d’âme, à croire que tu n’as plus de cerveau ! »
Progressivement, elle plongea dans un état dépressif de plus en plus profond. Curieusement, mes collègues et amis présentèrent les uns après les autres des signes de dépression.
Il semble que la cohabitation avec un éternel heureux soit une puissante source de souffrance morale.
A la fin, n’y tenant plus et craignant le décès prématuré de mon épouse, je suis retourné voir Jésus, je suis entré à nouveau dans la machine.
Ouf ! Je recommence à me faire du souci, du souci pour tout et n’importe quoi mais pas pour Nirvana qui va maintenant magnifiquement bien.