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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mon Labyrinthe (explicite)

Auteur Sujet: Mon Labyrinthe (explicite)  (Lu 1106 fois)

Hors ligne Helbert

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Mon Labyrinthe (explicite)
« le: 12 Août 2023 à 15:20:27 »
NB CONTENU EXPLICITEMENT EXPLICITE

J’ai téléphoné à Laurent vers une heure du matin, assise par terre dans le stationnement de l’école. J’aurais préféré texter, mais je n’y voyais plus assez clair, et puis j’avais perdu le contrôle de mes doigts. Par chance, il a répondu tout de suite. Viens me chercher, je lui ai dit. J’ai trop bu, je lui ai expliqué. Même s’il vit à quelques rues seulement, j’ai eu un mal fou à lui expliquer le chemin. Mais lorsque je lui ai parlé de l’école, qui est, ironiquement, celle de ma petite enfance, il a compris et raccroché en me disant qu’il arrivait. Il a dû m’aider à me relever. Une fois arrivés chez lui, il a ravivé le feu de bois devant lequel il avait passé la soirée, seul. Il est allé me chercher une couverture – toujours le geste galant, Laurent, c’est à la fois charmant et horripilant, si vous voyez ce que je veux dire. Il a voulu savoir comment j’avais fait pour me mettre dans un tel état, faisant de son mieux pour ne pas prendre un ton moralisateur. J’ai bu tout ce que j’ai trouvé qui contenait de l’alcool, je lui ai dit. Il n’a pas été surpris. Il connaît ma relation passionnée avec la boisson, et il sait comment je me sens quand je passe la soirée avec ma famille. Il m’a proposé un verre. Les flammes faisaient du bien. Les gens se plaignent parfois que devant un feu de bois, on a un côté du corps qui brûle et l’autre qui gèle. Moi, c’est exactement ce que j’aime. Je lui ai demandé une cigarette et j’ai essayé plusieurs fois de l’allumer, sans succès, alors je lui ai dit, elle ne marche pas, ta cigarette, et il a bien ri quand il a réalisé que j’avais la mauvaise extrémité dans la bouche et que j’essayais d’allumer le filtre. Normalement, je me serais fâchée, parce que je n’aime pas qu’on se moque de moi, mais j’ai dû reconnaître que c’était drôle, et on a ri en cœur dans la nuit et malgré mon état je me suis senti vraiment proche de lui. Il a sorti une autre cigarette, l’a allumée et me l’a tendue. Il m’a amené un verre de rhum parce qu’il s’en était fait un pour lui, les cubes de glace dans les verres s’entrechoquaient joliment. Ta femme n’est pas là, je lui ai dit. Il a juste dit non, sans davantage d’explications et c’était très bien comme ça, je m’en fiche de sa femme, moi. Mettons les choses au clair, en passant : même si ce texte parle de moi, vous ne trouverez rien à admirer. Je me fous de Laurent et les autres, de vous, je ne vis que pour moi-même. Je ne vous ai pas demandé de lire cette histoire. Si ça ne vous plaît pas, dégagez. C’est assez direct je pense ?

Bon, on en était où ? Ah oui, le feu, moi semi-comateuse, Laurent qui était trop gentil mais qui au final voulait du sexe, comme tout le monde, hein. Il m’a léchée là où il voulait, et même si j’étais bien trop partie pour me concentrer sur mon plaisir, c’était excitant de voir les maisons tout autour avec leurs fenêtres sombres, de savoir que certains de ses voisins pouvaient nous épier. Ça, c’est la vie, j’ai pensé, puis je l’ai repoussé car j’en avais eu assez. Il nous a conduit jusqu’à mon appartement où nous nous sommes commandés une lasagne au seul resto encore ouvert. En attendant le livreur, on a regardé ensemble ma production photographique la plus récente. Il m’a énervé à me donner à nouveau des conseils de carrière, après tout il n’a jamais fait partie du milieu des arts lui-même. Je sais que ça partait de bonnes intentions, il aurait aimé me voir m’épanouir et être reconnue, il voulait être fier de moi, mais ce n’était pas ce que j’attendais de lui. J’ai mis fin à ça en initiant une autre séance de sexe, et cette fois-ci il m’a baisée tout en puissance, je me suis dit qu’il essayait de jouir avant que le livreur ne frappe à la porte. Ça n’a pas marché, moi j’ai eu mon plaisir mais lui était encore très dur en moi lorsque le gars est arrivé. Il s’est retiré en jurant, il cherchait ses vêtements dans le noir et dans le bordel de ma chambre, je lui ai dis tiens, enfile ça, en lui jetant ma robe de chambre, car le gars tambourinait à la porte. Il s’est précipité pour ouvrir, et la vision de lui dans ma petite robe de chambre mauve sexy, bien trop petite pour lui, avec son érection qui cherchait à s’en échapper à chaque instant, et l’air ahuri du jeune livreur, tout ça a déclenché un fou-rire libérateur, et pour la deuxième fois de la soirée, je me suis dit : ça c’est la vie.

Quelques jours plus tard, j’en ai soudain eu assez, alors j’ai rempli deux valises de vêtements et de matériel photographique, et j’ai acheté un billet pour Paris, départ le soir-même. En attendant mon avion, j’ai écrit à mes contacts jusqu’à ce que je me trouve un endroit où dormir à mon arrivée. J’ai mis à jour mon profil sur le site de sugar daddies et quelques minutes plus tard j’avais plusieurs candidats potentiels dans Paris. Pour finir, j’ai téléphoné à mon père pour le supplier de vider mon appartement pour moi. Il ne s’est pas mis en colère, pas cette fois-ci en tous cas. Je reviendrai dans quelques mois, je lui ai dit. Je mentais évidemment, car je n’avais aucune idée de combien de temps je serais partie. Il a répondu « plan de match », « réalisations », « finir ton programme d’études », et là c’est moi qui me suis fâchée et qui ai fini par couper l’appel. Je suis allée au bar m’acheter une vodka orange que j’ai bue très vite car les passagers commençaient à embarquer. J’avais déjà hâte de tremper mes lèvres dans le verre de champagne qu’ils offrent toujours sur Air France. Juste avant de mettre mon téléphone en mode avion, j’ai envoyé un petit texto à Laurent pour l’aviser que la relation était terminée, puis je l’ai bloqué partout. Une fille efficace.

Après Paris, le Luxembourg et Lyon, mon errance m’a finalement conduit à Annecy, dans la maison au bord du lac de Vincent, un prof de philo de La Sorbonne rencontré sur le site de daddies. Il y a juste lui et nous, et « nous », ce sont les deux ou trois filles qu’il veut constamment avoir autour de lui. Il paie bien, il est bon amant, il a écrit plusieurs livres, nous sommes un peu flattées de constituer l’entourage d’un homme aussi brillant. Mais quand il se lance dans de longs monologues sur Deleuze, il devient vite gonflant. Les filles arrivent, restent quelques jours et repartent. On baise, on suit les directives de Vincent qui prend des photos, après chaque séance il ouvre une bouteille de champagne. Puis il retourne travailler à son livre sur Deleuze, et nous on retourne à nos téléphones. Je suis ici depuis deux semaines, ce qui fait de moi la plus ancienne, alors c’est mon rôle d’accueillir les petites nouvelles, de les faire sentir bien.

Je commence à en avoir marre d’Annecy et de Vincent. Le champagne est devenu monotone. Mais même si mon compte bancaire s’est bien rempli dans les derniers deux mois, et que je pourrais aller n’importe où dans le monde, je n’arrive pas à trouver l’envie d’une nouvelle destination. Et je ne veux voir personne. Alors quoi, serait-ce la fin de ma période bohème ? Je sais ce que vous pensez : « Tu devrais arrêter de te penser bohémienne, fille, et regarder en face la réalité de ce que tu es devenue. Tu devrais retourner à Québec et terminer ta maîtrise ». C’est fou, comme tout le monde semble savoir mieux que moi ce que je devrais faire de ma vie. Vous verriez d’un bon œil qu’une jeune femme ait sa période d’errance, c’est charmant, à condition que ça n’aille pas trop loin, hein. Vous voulez du Aznavour, pas du sexe tarifé ni des doses dangereuses d’alcool. Pas vrai ? Pas de chance, c’est mon histoire, pas la vôtre. Et puis, la fille de la chanson, vous croyez vraiment qu’elle ne faisait rien de plus que poser nue ?

Ce matin j’ai eu un choc. En marchant seule le long du lac à l’eau toujours bleue et fraîche, j’ai réalisé que j’étais déjà venue ici. C’était lors d’un de nos voyages familiaux, nous avions fait le tour des Alpes. J’avais, quoi, dix ou onze ans. C’est la tour du Château de Duingt que j’ai reconnue, en fait. Nous étions restés quelques jours, nous dormions sous une tente, sur la rive en face. Je me souviens que j’allais me baigner aussi souvent que possible. Je faisais corps avec l’eau et j’allais ramasser tout un tas de choses au fond, en apnée. Je me revois examiner mon butin, assise sur l’herbe, grelottant. Moins de dix ans plus tard, je ne suis pas allée dans l’eau une seule fois en deux semaines, et j’ai peur que dans mon état, je coulerai tout droit au fond si je le tente. Ça, je n’accepte pas. La voilà, ma limite.

Au bout du quai, je me débarrasse de mes vêtements et je plonge. Autour de moi, des maisons aux vitres sombres, avec, derrière, peut-être des gens qui m’observent, peut-être vous.
« Modifié: 01 Septembre 2023 à 18:40:42 par Helbert »

Hors ligne HELLIAN

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Re : Mon Labyrinthe
« Réponse #1 le: 27 Août 2023 à 18:51:34 »
Je partage l'avis de Champdefaye et suis assez sensible rudoiement décerné au lecteur avec une petite réserve cependant. Le côté provocateur dans le style « j'en ai rien à foutre d'être lue » peux avoir ses limites si le dialogue confine au procédé. Cela dit, j'ai aimé.
cent fois sur le métier...

Hors ligne Helbert

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Re : Mon Labyrinthe
« Réponse #2 le: 01 Septembre 2023 à 18:27:13 »
Merci pour vos commentaires! Même s'il est trop tard, je vais ajouter la mention demandée. Je n'aime pas le système de "traumavertissements", comme on les appelle ici. Je pense qu'un lecteur devrait être secoué, de temps en temps.
Oui, je sais, pour le petit passage où la narratrice insulte les lecteurs. C'est une expérience. Je n'ai jamais vu ça même si je me doute que d'autres auteurs ont déjà dû essayer. J'étais curieux de savoir si les gens s'arrêtent de lire ou continuent après cela :-)

Hors ligne karna1

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Re : Mon Labyrinthe (explicite)
« Réponse #3 le: 23 Septembre 2023 à 19:19:00 »
Woah, ça se lit tout seul, c'est fluide. Gros plus pour le caractère de la fille, un peu garce. Je suis déçu de ne pas en lire plus sur elle...Plus de détails... :-¬?'Si ça ne vous plaît pas, dégagez. C'est assez direct, je pense ?' Cette phrase, pour moi, est de trop. Elle m'a sorti de l'histoire. A+ :noange:

 


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