Il est usé d'avoir vécu
en a trop fait, en a trop vu,
il boit ne fait plus que râler
femme et enfants en sont allés
et maintenant qu'il est tout seul
il a les yeux d'un épagneul .
Mais quand il ouvre son ordi
rien n'est pareil, là tout est dit
c'est un autre homme il a trente ans
intelligent riche et puissant
villas piscines et des maîtresses
la vie rêvée dans l 'allégresse .
Aux derniers moments de sa vie
f''ra-t-il pitié ou bien envie
mais après tout qu'est-c'que ça m'fout
suis pas non plus son garde -fou.
Et quand l 'écran redevient noir
il retourne à son désespoir
ses désarrois, triste univers ,
il redevient le pauvre mec
qui ne vaut rien, pas un kopeck..
Un jour c'est la révélation
tout est dans la dissociation
le virtuel il est dans la tête
pas dans l'ordi, se dit t'inquiète
le disque dur c'est le cerveau
il saute en l'air, se dit bravo !
Commence alors un nouveau monde
où rien ne manque où tout abonde
il vit le net au quotidien,
rêve éveillé c'est mieux que rien
dès lors que tout y est gratos .
Ses fringues c'est du Hugo Boss
ses grolles c'est du sur- mesure
il n' a plus rien d'une raclure
tous ses désirs réalisés
et toujours optimalisés .
Pour ça il doit s'alcooliser
à fond, sans s'économiser
et puis un jour c'est l'infarctus,
le jour de trop qu'un jour de plus .
La vie lui fait un coup foireux .
Dans l'ambulance il est heureux
sirène hurlante , perfusion,
oxygène on prend sa tension
certain , c'est lui l'homme important
qu'on doit sauver sans contre-temps !
Et quand il arrive aux urgences
que tout se tait, devient silence,
quand s'éteint l'ultime étincelle
il vit sa mort comme virtuelle
la voit annoncée dans la presse
et commentée avec tristesse .
Aux derniers moments de sa vie
a-t-il fait pitié ou envie
c'qui m'fout en l'air c'est qu'par moments
moi je l'envie confusément .