Soudain la nuit s'arrête.
Les étoiles aux cieux
sur l'eau baissent la tête
dans un silence anxieux.
Le vague alors se fige
glacée, saisie d' effroi,
immobile vertige
tant l 'horreur se perçoit
Quand le brouillard s' entrouvre
sur la Nef ses Défunts
que l'océan se couvre
de putrides parfums.
Sur ce qui fut la coque
d'un navire orgueilleux
ne restent que des loques
d'un gréement prodigieux
où le vent qui se mêle
à l'étai affaissé,
aux cordes de tourelle,
sent son souffle oppressé
quand d'un coup il dévoile
en balayant le pont
sous des lambeaux de toile
transpercé d'un harpon
mon ricanant squelette
cloué au gouvernail
barrant la goélette
tel un épouvantail .
Mes hommes d'équipage
fantômes de marins
ayant perdu leur âge
au milieu des embruns
en tirant des bords lancent
de furieux S.O.S
mettant dans notre errance
un bruyant pataquès.
A tous ceux que l'on croise
ils demandent secours
de la jonque chinoise
au bateau à long cours
suppliant qu'on nous lâche
quelques tonneaux de rhum
qu'on puisse avec panache
boire à ce décorum
où la mort en croisière
navigue le trépas
après l 'heure dernière
sans sextant ni compas .