Courts métrages de printemps
Jean, le métallo, veut arrêter son travail
A soixante-deux ans. Ce n’est pas un détail.
Le président rejoute une paire d’années.
L’ouvrier aux fourneaux souffre comme un damné.
En retraite il meurt asphyxié de ferraille.
*
Les éboueurs font la grève. Sur les trottoirs
S’entassent les ordures, affreux dépotoirs.
Les passants se pincent le nez, tournent de l’œil.
Au resto, les marchands, personne ne vous accueille.
Les éboueurs vont-ils retrouvé un espoir ?
*
Tous les dépôts de carburant sont à l’arrêt.
Tout le monde marche, fait muscler ses jarrets.
L’air à nouveau sent bon les fleurs, les oiseaux chantent.
Il n’y a que le cours de l’argent qui déchante,
Et les prolos, leur tête sous le couperet.
*
Dans les théâtres on n’y rentre plus son âme.
Fait trop froid, fait trop triste, y est morte la flamme.
Les gens allument leurs écrans sur canapé.
Les images deviennent leur pharmacopée,
Et les acteurs définitivement profanes.
*
Paul a deux bras puissants pour entourer sa femme.
Paul a des yeux doux pour regarder sa femme.
La femme a des lèvres pour embrasser le monde.
La femme a un ventre pour donner vie au monde.
Mais Paul n’a pas d’âme pour comprendre sa femme.
*
L’homme qui va aux toilettes lit le journal.
Quel meilleur endroit pour consulter les annales ?
Ne frappez pas à la porte, c’est occupé.
C’est ici, les nouvelles du monde avalées,
Qu’on peut les rejeter avec le moindre mal.
*
La nuit, parfois même couché, on est debout.
On a les yeux fermés ouverts comme des trous.
Le lit est immobile mais dans l’air il flotte.
On est semblable à un ange qui fait des crottes.
Naturellement la nuit on est un peu fou.
*
La porte est fermée. Les chaises bien alignées.
Le lustre est éteint. Les serviettes pliées.
Les livres sont rangées. Les plantes dans leur pot.
Les rideaux sont tirés. Tout est bien au repos.
Sauf que sur le mur tout blanc grimpe une araignée.
*
Ne rate pas le prunus violet en fleurs.
Ne rate pas les vols d’hirondelles en cœur.
Ne rate pas le parfum neuf des peupliers,
L’herbe tendre, les ruisseaux, le chant du bouvier.
Ne rate aucune de ces cibles du bonheur.