Bon j'ai fait ce que j'ai pu

un peu hors sujet

Quinze jours que je me débats essayant de faire fuir ce fantôme qui pourrit ma vie.
Fantôme du passé, barre-toi ! Laisse-moi en paix ! Je n'y suis pour rien si tu n'as pas encore trouvé le moyen de rejoindre ton lieu de villégiature ! Ce n'est pas à moi qu'il faut t'en prendre mais à ceux qui t'ont occis ! Je ne suis rien pour toi, alors pourquoi me hanter ?
Dans cette petite ville de province, tout est calme. La vie s'écoule doucement. Chacun vaque à ses occupations, la cour de l'école s'égaye de cris joyeux d'enfants insouciants. Sur le haut de la rue, le clocher de l'église, imposant, apaisant laisse passer quelques rayons de soleil entre les cloches.
Je descends d'un pas allègre en saluant les commerçants au passage, tout le monde se connait ici ou du moins le pense. Je pousse la porte de l'agence, mon patron m'accueille tout souriant et me pousse vers son bureau. Nous avons un article important à préparer sur la fête annuelle. Si ce village est serein toute l'année, quand vient la fête, tout change.
Il faut dire qu'il y aura maintenant dix ans, lors de cette fameuse manifestation, une jeune femme a disparu. Malgré des années de recherche, elle n'a jamais été retrouvée. La curiosité malsaine ramène les curieux à chaque anniversaire.
Beaucoup de villageois ont souffert, souffrent encore, mais notre psychologue locale a su ramener un peu de sérénité. Rien de dit que cette femme n'a pas choisi de disparaître ! Personne ne la connaissait, elle était arrivée un jour, peut-être repartie de la même manière ? Elle n'était pas âme du village, pas née ici, alors nous avons tous mis de côté, grâce à notre psy, les sentiments aigres que l'on pourrait avoir gardé au fond de nous.
Seul l'instituteur semble encore affecté par cette disparition. Il faut dire qu'il s'était attaché à cette étrangère. Elle était belle mais si distante. Il était timide et l'est toujours. Il n'a d'ailleurs jamais, à ma connaissance, eu une amie intime.
Depuis quinze jours, cette histoire me hante, mes nuits sont peuplées de cauchemars horribles et je revois Lina juste quelques jours avant sa disparition. Pourquoi justement là, pourquoi dix ans après ?
— Allo, Stéphanie c'est Maria, il faut absolument que je te parle... oui, Lina...
Me voilà dans le cabinet de mon amie, j'essaie de lui raconter mes doutes, mes frayeurs. Je lui confie ce qui me hante : la vérité sur la disparition de l'étrangère.
Elle parait impassible et m'écoute sans un mot, ni la moindre expression.
Est-ce vrai que les psy n'ont aucun sentiment ? Elle a une phylosophie de la vie qui parfois m'échappe. Si froide, si distante, semblant loin de tout sentiment propre.
Puis elle me rassure, invoque à nouveau le fait qu'elle a pu repartir comme elle était venue, que rien ne prouve qu'il y ait eu violence, que l'interminable enquête de police n'a mené à rien. Elle a fait un choix, disparaître.
Je sors de son cabinet à moitié rassurée, je traverse la rue et je croise l'instituteur dans un état second. Son flegme et son calme légendaire envolés, il parle tout seul, ses yeux pétillent et il répète sans cesse : Elle est revenue ! Elle est revenue !
Je le secoue vivement en lui demandant des explications plus claires, il a l'air d'un fou et me repousse. Je me décide à le suivre, il tourne le coin de la rue de l'église, descend vers le cimetière et s'arrête un instant devant la dernière maison. Celle de notre disparue. Il entre. La porte se referme derrière lui.
Que dois-je faire ? Frapper ? Entrer ?
J'hésite, je hasarde un regard par une fenêtre, deux silhouettes se dressent devant une grande cheminée. Je décide de frapper.
Deux coups secs, pas de réponse, je réitère et tente d'entendre le moindre bruit ou son de voix. Rien.
Je pousse la porte qui ne résiste pas, j'entre dans une pièce, en fond une grande cheminée, et... personne. La maison est abandonnée depuis longtemps, vide, pleine de poussière, glaciale...
Je sors et me rue vers la gendarmerie pour raconter mon histoire... Ils n'ont pas cru, ils n'ont pas ri, et pourtant depuis on n'a jamais eu de nouvelles de Monsieur l'instituteur.
Mon fantôme reviendra l'année prochaine, il sera accompagné. Que me faudra-t-il leur dire ?