Il me regarde tendrement et j’apprécie la simplicité de ses mots. Tout est soudainement plus simple, les problèmes sont si dérisoires, ils s’échappent de ma tête lorsqu’elle est contre la sienne et que nos lèvres se rencontrent. Son regard me dessine un avenir où l’impossible ne l’est plus. Mon âme danse dans ma poitrine et j’en suis essoufflé. Je veux qu’il continue de la faire danser. C’est notre premier soir et je me délecte de chaque parcelle de son corps et de son être. Nos cheveux s’emmêlent et nos corps ne tardent plus.
Après de longues années à se chercher nous sommes enfin arrivés à ce moment. Mes rêves commençaient à me laisser, tournaient en boucle comme une vieille cassette en noir et blanc. Il était le sujet de mon imaginaire, je l’ai tant rêvé et idéalisé et jamais ses yeux n’ont pourtant perdu de leur éclat. Parfois la journée, je réfléchissais à ce dont j’allais rêver le soir, j’élaborais un scénario détaillé digne d’un film hollywoodien où lui et moi arborions le premier rôle. J’étais alors pressé d’être au soir pour pouvoir dormir et jouer le film que je m’étais fait.
J’étais dans sa classe et je ne lui ai jamais adressé la parole. J’étais comme pétrifiée, consciente que je passais à côté de quelque chose. C’est le soir que je m’insultais de ma lâcheté devant la glace avant de le retrouver dans mes rêves où je n’avais plus peur de rien, où j’étais la personne que je rêvais d’être avec la personne que je rêvais d’avoir.
Les années ont passés et mon amour inconditionnel est resté intacte, si ce n’est intensifié. Parfois je me demande si un autre garçon me regardait dans la classe, je ne pouvais le remarquer. Je n’avais d’yeux que pour lui. J'étais maintenant à l’université et il avait disparu de ma vie. Une copine m’avait dit qu’il avait entrepris des études d’ingénieries dans la capitale. J’avais cru ne jamais le revoir et je m’en voulais terriblement de ne pas l’avoir accosté ne serait-ce qu’une fois. J’étais persuadé d’avoir laissé passer l’homme de ma vie.
Un soir de novembre, alors que le froid s’installait dans les rues jusque sous les portes et que les journées se faisaient de plus en plus timides, les étudiants se remuaient dans tous les sens sous le rythme effréné de la musique. C’était une petite fête à l’occasion de l’anniversaire d’une ancienne amie. Mes attentes secrètes devinrent réalité. Il était là. Il avait été invité. Sur la piste de danse, j’étais maladroite, soucieuse, guettait tous les coins à la recherche de son regard posé sur moi.
Une main finit par se poser sur mon épaule et je me retournai.
- Salut…
J’avais les yeux écarquillés et mon cœur n’allait pas tarder à bondir en dehors de ma poitrine. Je n’avais pas réussi à lui répondre. Il passa sa main dans mes cheveux bruns que j’avais expressément lissé pour lui. Il m’entraina en dehors de la piste et nous finnisâmes par échanger quelques mots. Plus tard dans la soirée, il m’avoua ce que je rêvais d’entendre, la phrase qui allait sans doute me marquer à vie.
- Tu sais…Je me suis torturé l’esprit très longtemps quand l’école fut terminée car je n’avais pas réussi à venir te parler alors que j’étais follement amoureux de toi…
Mes membres tremblaient, c’était comme la consécration de ma fidélité et de mon amour vain qui ne l’était désormais plus. Oui, il m’aimait, il me voulait. Je pouvais enfin gouter au parfum du bonheur, m’en imprégné jusqu’à la fin des jours.
- M’aimes-tu aussi ?
- Je n’ai jamais cessé…
Et nous voici donc allongés l’un sur l’autre, c’est notre premier soir en cette froide nuit de novembre et je veux que le jour jamais ne se lève.
Pourtant le matin arriva mais il fut doux comme un nuage. Nous options pour une promenade dans le parc. Il me contait les difficultés de ses études et je l’écoutais attentivement. Il me faisait rire de par ses blagues enfantines. Nous nous arrêtions toutes les dix pas pour nous embrasser. Il m’avoua qu’il s’exerçait à la peinture et qu’il aimerait me montrer ses œuvres. J’en fus surprise étant donné que j’appréciais moi-même cet art. Je lui proposai d’aller faire un tour dans une exposition de peinture que je savais se dérouler non loin d’ici. Il accepta volontiers et déposa un baiser sur mes lèvres qui fit trembler mon être.
Nous nous présentions au guichet où une vielle femme au visage pâle et ridé jouait le cerbère. Je pris les devants et demanda :
- Deux tickets s’il vous plait.
- Mais madame, vous êtes toute seule…