Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

12 Septembre 2026 à 16:44:29
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » François

Auteur Sujet: François  (Lu 2488 fois)

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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François
« le: 31 Octobre 2022 à 14:19:23 »
François



« Julien ! »
« Juuu-liennn! »

Julien ne bouge pas. Allongé sur son lit, il regarde le jeu des reflets du soleil qui palpitent au plafond. Parfois, presque immobiles, ils oscillent à peine, puis soudain s'agitent avec frénésie. Peut-être lorsque glisse l'un des cygnes sur l'eau des douves, ou quand, de temps à autre, l'un des enfants y jette une poignée de graviers, bien que ce soit défendu. Dans les taches de lumière qui jouent au-dessus de son visage, il peut lire à leur couleur plus chaude que l'après-midi a fini par avancer doucement. Il aimerait beaucoup les découvrir un soir couleur du couchant, mais il sait bien que quand le soleil disparaît là-bas sur la Saône, l'eau des bassins est entrée dans l'ombre des margelles et des bordures de buis depuis un moment. Ce serait pourtant joli.
Il aurait pu fermer les rideaux de la porte-fenêtre, clore même les lourdes persiennes, pour s'ensevelir entre les murs tendus de vert malachite, mais puisque qu'il ne descendra pas dans l'été qui déferle sur le parc, il faut bien le laisser entrer un peu jusqu'ici.

Non, il ne descendra pas, il attend la pénombre qui plongera peu à peu la chambre dans son sommeil de chambre, éteignant les uns après les autres les derniers rayons de lumière qui tintent encore pour le moment sur le lustre de bronze et les dorures de la pendule. Éteignant un à un les reflets sur les vitres des gravures japonaises aux murs. Éteignant enfin le miroir.
Le grand miroir biseauté de style Henri II. Le grand miroir de bois sombre, orné de colonnes et de godrons profonds. Le grand miroir posé sur le marbre noir veiné de vert de la cheminée. Le grand miroir qui ne dort pas encore ; pour le moment c'est l'heure particulière où ses biseaux projettent de petits arcs-en-ciel sur la porte mal close du cabinet de toilette. Il n'est donc pas concevable de se lever.

« Julien, descends, quoi ! »

Non, il n'envisage pas de descendre. Rejoindre les autres, installés sur la terrasse aux tilleuls, cela veut dire se lever, d'abord. S'habiller alors qu'il est si bien comme ça, nu sur son couvre-lit satiné et frais. Passer devant le miroir...
Aujourd'hui il n'en a plus le courage, c'est tout.

« Alleeez ! »

Ils voudront savoir, et sous des dehors de tendre empathie, il y aura cette curiosité morbide cachée comme un nid d'araignée sous l'ammonite que l'on soulève. Le crapaud sous la pierre.
Ils ne pourraient vraiment pas imaginer ce qu'il ressent. Ils croient qu'il est juste très malheureux, que c'est dans leur rôle de lui changer les idées. Convaincus qu'après plus d'un an, il peut se consoler. Alors ils vont commencer à le brusquer, pour son bien, le secouer. Tenter de le faire penser à autre chose, comme s'il n'y avait que la peine.
Alors que c'est de pire en pire.

Pour le moment, ils semblent avoir abandonné. Ça ne durera pas, mais peut-être le croient-ils endormi. Au moment du dîner ils repasseront à l'attaque, et il ira, à la condition que la nuit soit tombée. Il passe sa paume sur son torse, les yeux fermés, puis laisse tomber son bras le long de son corps. Il rouvre les yeux, le temps passe, les derniers chatoiements s'éteignent l'un après l'autre. Les arcs-en-ciel ont disparu, le plafond est totalement muet désormais et le lustre semble à présent fait d'un autre métal. Les tulipes de pâte de verre disparaîtront dans la pénombre qui descendra vite, maintenant.
Comment ? Comment aurait-il pu leur expliquer devant un verre d'orangeade, accoudés qu'ils sont nonchalamment à la balustrade de pierre, ou alanguis dans les méridiennes cannées, ou achevant une partie de croquet, jouant au bridge sur une table de fer forgé, s'éventant de leur canotier malgré l'ombre, assis dans l'herbe, sur la balancelle, sur du rotin, des coussins, des murets ? Ils l'auraient aperçu dès sa traversée de la cour incandescente, et une exclamation joviale et déplacée aurait fusé de sous une capeline, suivie de rires, de plaisanteries. Les enfants auraient gambadé à sa rencontre, délaissant pelouses et bassins, curieux, excités par les éclats de voix des adultes. Et lui. Sous tous ces regards, qu'aurait-il pu dire ou faire ? Torturé par une forte envie de s'effondrer dans l'allée ou le massif de delphiniums et d'agapanthes, de s'y enfouir pour leur échapper, il aurait couru pour regagner le ventre miséricordieux et frais, le vestibule du château, accueillant comme une grotte.

Non, il a bien fait, vraiment. Comme chaque soir d'été, le dîner sera tardif, et à la nuit tout sera tout à fait différent. La nuit est un baume, plein de mansuétude. Elle estompe les traits, cache les cernes, les larmes, atténue les expressions, dissimule les pensées, les dérobe aux regards les plus aigus. Ce sera beaucoup plus simple, à la nuit.

Couché à présent sur le ventre, se caressant la joue au tissu moiré que son menton rêche accroche, Julien ferme encore les yeux. Se laissant dépasser, déborder par ce qu'il ne faudrait pas.
François. François lui manque tellement. Son plus-que-frère, son âme-frère, son lui-même. Muré au caveau, désormais reclus, inaccessible, enclos par les pierres massives tachées de lichen, par les dalles poussiéreuses, les chaînes lourdes. L'ombre froide des ifs. À quoi rime l'été s'il n'y a pas de courses effrénées dans les grandes pelouses, pas de jeux au labyrinthe, pas de chasses dans les greniers, de nages dans le miroir d'eau ? Le miroir d'eau.
Sa litanie intérieure, familière, se déroule et le berce. Et le hante. Il sait bien pourtant qu'il ferait mieux de lire, ressortir son violon ou partir dans la campagne, même sans but. Mais il ne peut plus.

Autour de lui, derrière la porte, dans les petites chambres au-dessus, dans les escaliers, il entend croître peu à peu une certaine agitation. Tout le monde est rentré se changer pour le dîner. En bas tinte la vaisselle, les tables roulantes grincent leur chemin dans les graviers, on apporte les flambeaux de la chapelle, on dispose les lampes sur les tables. Au-dessus de lui, le plafond s'anime de nouveaux reflets. Des froissements de robes, des parquets qui craquent, les enfants qui crient au loin dans l'aile ouest, des murmures tout proches, et même à un moment la poignée de sa porte qui bascule en vain et remonte d'un coup sec. Maman peut-être. Il entend encore de l'eau qui coule, des tuyaux qui claquent, un rire dehors. Puis un appel, juste en dessous de son balcon :
« Les gémeaux, vous descendez ? On dîne ! »

Il a bondi brutalement de son lit, désorienté, dans le noir quasi total, haletant, déchiré par un mot. Un mot qui le jette à bas de ce sommeil dans lequel il avait fini par s'enliser. Le nom, celui qu'on leur donnait, tout le temps, exclusivement. Le nom moqueur, révolu, jailli comme cette douleur aiguë lorsque l'on bouge un membre blessé. Dans le miroir, devant lequel il a été poussé, réveillé brutalement par le mot-cauchemar, il n'y a rien à voir, ou si peu. Une silhouette, dessinée par les lumières des flammes qui montent faiblement d'en bas. Et pourtant, il le voit. Il pourrait se pencher par-dessus la pendule, deviner celui qui dort là, blafard, dans l'eau noire de la glace. Le dévisager, passer les doigts sur son visage, poser les lèvres sur ses lèvres mortes.

François. Il le voit constamment dans le miroir, désormais. À toute heure du jour c'est François qui le dévisage dans la glace, son corps émergeant à peine à la surface du tain. Comment leur dire, à ceux qui, désinvoltes, déambulent à la roseraie, ombrelle vénitienne à la main, ceux qui s'ébrouent aux viviers, ceux qui pique-niquent en bord de Saône à l'ombre mouvante des tentures de lin couleur thé, ceux qui, de Cormatin à Brancion éclusent les antiquaires et les caves, s'en retournent enchantés, malles pleines et teint rubicond ?
Nu dans la pénombre, alors que des rires et des bavardages commencent à retentir dehors, des bruits de verres et de faïence que l'on heurte, de chaises que l'on rapproche des tables, Julien pleure devant le miroir sombre.

Il sait bien pourquoi il voit François dans le miroir. Le souvenir lui en est revenu comme remonte une bulle fugace des profondeurs d'une eau sombre. S'il voit sans cesse le visage de François dans les glaces du château, c'est parce que François, c'est lui.

Parce que c'est Julien qui est mort ce jour-là au miroir d'eau. Impensable. Julien le solaire. Julien le plus fort, Julien le meilleur des deux. Tellement impossible. Alors François a tué François le dérisoire, au miroir d'eau, à la place, simplement.


Mais voilà, François reste, perdu, pris dans les limbes des miroirs du château et personne ne le sait.
« Modifié: 31 Octobre 2022 à 14:45:35 par gage »
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Hors ligne Beglous

  • Calliopéen
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Re : François
« Réponse #1 le: 01 Novembre 2022 à 20:15:16 »
Bonsoir Gage,

Je découvre ton texte et ton écriture par la même occasion.
Je suis vraiment bluffée, par ta plume et par la façon que tu as de développer la temporalité dans ton récit. Le travail de précision que tu lui as donné, comme un tableau, participe d'une espèce de douce léthargie. Toute cette minutie, ces détails et images que tu amènes, ont généré dans ma lecture une agréable sensation de flottement. Et je trouve que grâce à cette consistance que tu apportes à ton récit, la fin en est d'autant plus saisissante. C'est comme si tu avais tranché d'un coup net le tableau. Voilà en quelques mots l'impression que ton récit m'a laissée.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Merci beaucoup pour ce partage Gage. Ce texte s'inscrit-il dans un projet particulier ?

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
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  • Optimiste, je vais chaud devant.
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : François
« Réponse #2 le: 01 Novembre 2022 à 22:37:44 »
Bonjour Gage,


J'ai pris plaisir à découvrir ce texte très poétique, au rythme effréné, cauchemardesque, qui pourtant se déroule dans un lieu qui semble si protégé.

J'ai eu le sentiment d'être réduit au silence pendant ma lecture, comme s'il n'y avait pas de mot pour dire, pas de bémol, pas d'issue. La détresse éprouvée m'a semblé plus réaliste que la réalité. C'est une lecture émouvante.

Pourtant, tu parviens à maintenir un fil conducteur poétique dont la pudeur et la nuance permet de ne pas sombrer dans l'émotion du désespoir. Alors que tu abordes un sujet qui pourrait se prêter au drame, à la tragédie, à la tristesse infinie, la forme, elle, demeure sobre ou exigeante. Cette exigence du style se détache parfaitement de la romance, j'y découvre un quelque chose de nouveau.


Merci beaucoup pour ce quelque chose de nouveau, c'est un vrai plaisir de lecture, malgré l'intensité des angoisses qui s'y manifestent.

Tant d'élégance et de précision dans le choix des mots est un refuge où l'empathie se dévoile avec humilité et nuance.

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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  • Homme incertain.
Re : François
« Réponse #3 le: 02 Novembre 2022 à 18:55:35 »
@ Beglous :

Bonjour à toi, Beglous, je te remercie énormément pour ton commentaire extrêmement gentil, réconfortant et flatteur. Mais comme il est aussi très détaillé, je vais essayer de répondre à toutes tes interrogations. Dans de nombreux cas tu achoppes à mes tournures poétiques, notamment là où tu vois du surréalisme. Elles sont parfois juste démodées, peut-être.

  - J'ai volontairement répété « chambre », c'est une tournure insistante, que tu pourrais retrouver dans des phrases du genre : « Le chien, plongé dans ses rêves de chien... », ou « la petite fille traversait paisiblement sa vie de petite fille... »

 - « Les rayons de lumière tintent »... ça c'est plutôt de la poésie, mais je suis sûr que tu as compris l'idée. C'est comme une association d'idée ou les correspondances de Baudelaire. Je ne l'aurais jamais dit si le lustre avait été en bois. C'est lié à la matière. Comme quand on parle de lumière sourde, d'un son feutré, d'une voix veloutée, d'une couleur criarde.

 - « Mal close » n'est pas plus bizarre que « mal fermée », non ? C'est juste que le verbe clore est moins utilisé.

 - « À la nuit » Là, c'est peut-être désuet comme tournure. Mais c'est la même que dans « à l'aube », « au crépuscule », « au matin », donc ça me paraît plutôt correct.

 - « Le souvenir lui en est revenu »... bah ce qui te trouble, c'est juste «en » qui sert de pronom, peut-être ?

 - « Parce que", deux fois  : pour que tout soit le plus clair possible.

Tu t'interroges sur « Et le hante », et sur « …, désormais ». Ça participe du rythme et de la mise en valeur des éléments. Je les isole pour qu'on les voit mieux, parce qu'ils sont importants. Comme ce que tu as noté sur le changement de rythme au réveil, toutes ces virgules qui saccadent un peu le passage. Je le fais aussi dans le passage imaginé de son irruption à la terrasse. Comme une accélération de son rythme cardiaque, de son angoisse.

Ensuite, tu as aussi souligné des passages que tu trouves trop explicites, et je te comprends très bien. J'ai aussi ce genre d'interrogations, et j'aime beaucoup être plutôt dans la suggestion, en général. Mais pour le coup, j'ai vraiment craint que l'on ne comprenne pas l'intrigue, et j'ai donc posé quelques gros jalons pour que le lecteur s'y accroche. C'est peut-être grossier, du coup, je peux le comprendre.

En tout cas, je te remercie encore pour ton passage et l'intérêt que tu portes aux détails, c'est très intéressant.

Mon texte ne s'inscrit pas dans un projet. Même si l'envie d'essayer de me faire éditer me travaille un peu. Je commence à avoir assez de nouvelles pour peut-être tenter ma chance, après tout.

@ Alan :

Merci pour ce commentaire profond. Tu donnes toujours à mes textes des dimensions qui ne manquent de m'étonner moi-même. Merci pour ça, je suis flatté et ravi que cette histoire t'ait plu et que le style ne t'ait pas rebuté. Tes compliments me réchauffent.

Au plaisir !
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Hors ligne frenchwine

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Re : François
« Réponse #4 le: 03 Novembre 2022 à 18:09:43 »
Je ne sais pas trop quoi dire ^^
J'ai eu comme la forte impression de lire une réecriture du dormeur du val ^^
donc ^^ j'ai été déçu parce que je voulais que Julien soit mort ^^
t'inquiètes ^^ j'ai la lecture prismique ^^ mon prisme déformé

Hors ligne gage

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Re : François
« Réponse #5 le: 03 Novembre 2022 à 18:38:56 »
Frenchwine :

loin de moi l'idée de faire la fine bouche quand se présente un commentaire de l'un de mes textes.

Mais je t'avouerai sincèrement que j'ai cru au début que le tien concernait un autre texte que le mien, qu'il y avait méprise.
Mais non, tu évoques "Julien", il n'y a donc pas erreur, à moins d'une coïncidence improbable.

Je ne reconnais rien de mon récit dans ton post, je ne puis rien en faire. Tu ne savais pas trop quoi dire, bah il n'y avait aucune obligation, en fait. Intercaler des émoticônes n'y fait rien, je ne comprends pas ton intervention, excuse-m'en.

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Hors ligne frenchwine

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Re : François
« Réponse #6 le: 03 Novembre 2022 à 18:45:09 »
ah oui ^^ tu ne me connais pas, suite à quelques soucis, je suis resté absent
les emojis, déformation que l'on me reproche sans arrêt, c'est un drôle de réflexe que j'ai expliqué autrefois, donc ce n'est rien contre toi...
relis Rimbaud tu vas voir c'est frappant sur l'idée, sauf la mort bien entendu.

Hors ligne gage

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Re : François
« Réponse #7 le: 03 Novembre 2022 à 18:50:41 »
Je connais très bien ce sonnet, et je suis désolé, mais je n'y vois absolument aucun rapport, si ce n'est, peut-être, la position allongée.

J'ai bien peur, et tu m'en vois navré, que tu n'aies pas vraiment compris ce que je raconte dans mon récit, tant pis.
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Hors ligne frenchwine

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Re : François
« Réponse #8 le: 03 Novembre 2022 à 18:57:41 »
Allez on évacue sonnet, position allongée ? ^^
je passe mon tour, le prisme de lecture est assez personnel, je crois que cela se nomme héradism personnality ^^ j'ai oublié depuis, donc j'ai lu avec mon prisme

Hors ligne gage

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Re : François
« Réponse #9 le: 03 Novembre 2022 à 19:48:22 »
Il est forcément particulier de tenter d'échanger avec toi sur un texte où tu t'intéresses plus à ce que tu y vois, qu''à ce que j'y ai mis.

Chaque lecteur, comme chaque admirateur d'une œuvre d'art, apporte son vécu, ses sensations, ses intuitions... c'est connu, c'est le principe, et je respecte tout à fait le point de vue que tu pourrais avoir sur mon récit.

Comprends néanmoins que je ne peux guère plus te répondre, que Léonard  de Vinci n'aurait pu le faire à un pinacophile lui  indiquant qu'avec son prisme, quand il regarde la Joconde, il voit un compotier.

La comparaison est très prétentieuse, je le concède, mais c'est l'idée.

Voilà.

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Hors ligne Beglous

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Re : Re : François
« Réponse #10 le: 20 Novembre 2022 à 10:46:10 »
Bonjour Gage,

Merci d'avoir pris le temps de me répondre point par point :)
Cela me parle beaucoup cette crainte dont tu parles que l'intrigue ne soit pas comprise, faisant moi-même beaucoup dans la suggestion et m'obstinant parfois à ne pas expliciter ou illustrer.
Par projet, je me demandais si ce texte répondait à un enjeu particulier, ou encore si ce personnage était développé dans un récit plus large. En y repensant, je lui trouve quelque chose d'assez proustien. Probablement en lien avec une idée d'époque et de cadre social, ou encore la teneur introspective voire mélancolique, le contraste très marqué du dedans et du dehors etc. Enfin je dis ça... c'est mon idée du Proust, ça n'a rien d'objectif. Mais disons que cette lecture m'avait donnée envie d'en savoir plus sur cette relation gémellaire et sur le devenir de ce rapt identitaire.

Bien à toi

Hors ligne gage

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Re : François
« Réponse #11 le: 21 Novembre 2022 à 21:44:19 »
Merci à toi de repasser Beglous !

Ce personnage ne fait partie d'aucun autre récit. Il a été créé pour l'occasion. Mes nouvelles courtes sont souvent des morceaux d'un tout qui n'existe pas. Je trouve que ça donne une certaine puissance au texte, si le lecteur n'est pas frustré d'avoir l'impression d'échapper à ce tout.

Tu ne pouvais me faire plus agréable compliment que d'évoquer Proust. Je l'ai tellement lu et le lis encore, qu'il a peut-être bien fini par me déteindre dessus.

J'aime ses phrase longues, mais aussi cet entêtement qu'il a à vouloir exprimer le plus précisément possible sensations et sentiments. Comme Nathalie Sarraute, dans un tout  autre style.

Merci encore d'être venue ici !
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Hors ligne Rémi

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Re : François
« Réponse #12 le: 03 Juin 2023 à 22:14:32 »
Salut gage !

Citer
Dans les taches de lumière qui jouent au-dessus de son visage, il peut lire à leur couleur plus chaude que l'après-midi a fini par avancer doucement.
qui / que... y a déjà des que/qui au-dessus, je suis pas très fan
Ici, je pense qu'une phrase plus directe serait plus belle et plus fluide.

J'aime beaucoup la description de la pièce au miroir.

La suite du texte m'a emmené. Beaucoup de délicatesse, beaucoup d'éléments suggérés qui nous touchent. L'ambiance est très belle, j'aime que l'on devine l'époque, le lieu, l'âge des personnages, la réunion d'une grande famille aristo... Bref, une jolie subtilité que j'ai appréciée. Et la chute est vertigineuse. Pauvre François.

Merci pour la lecture,
Au plaisir,

Rémi

Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne gage

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Re : François
« Réponse #13 le: 04 Juin 2023 à 21:55:58 »
Salut mister Rémi !


C'est très gentil de ressusciter ce texte. Je me disais qu'il était peut-être trop compliqué, mais tu l'as lu comme il est, c'est rassurant.

Je vais réfléchir à la seule modification que tu me conseilles, elle mérite que je me penche dessus.

Merci beaucoup en tout cas, je suis ravi que tu aies apprécié l'ambiance que j'ai essayé d'installer.

Et tu as bien raison : "Pauvre François", oui...

Au plaisir !!

gage
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