Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Média

Auteur Sujet: Média  (Lu 2749 fois)

Forêt

  • Invité
Média
« le: 24 Octobre 2022 à 05:16:59 »
Le témoin protégé répète le serment : je déclare solennellement que je dirai la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Je le vois et il ne me voit pas ; je l'entends et il ne m'entend pas. Je regarde son visage sur l'écran de mon ordinateur, mais ne distingue que la forme de sa djellaba. En fait, son visage n'est pas son visage. J'écoute dans mon casque sa voix brouillée, stridente et digitale. En fait, sa voix n'est pas sa voix.

Par le biais d'un serpent de cuivre qui sommeille sous les mers, le récit violent d'un étranger migre jusqu'à mon appartement. Situé à des milliers de kilomètres et modifié par le dispositif de sécurité de l'administration judiciaire, cet humain ressemble à un spectre de pixels, à un cyborg ou à un mutant que je découvre au travers d'une machine, laquelle me rapproche et me sépare de lui. En fait, cet humain n'est pas un humain.

Il est tout à fait impossible de rencontrer un être de ce type — un être d'aucune catégorie, en attente de qualification, là sans être là, dont la peau de lumière grésille. Pourtant, j'ai la charge d'écrire les moindres nuances de l'histoire qu'il est en train de raconter. Je ne peux donc pas connaître le timbre de sa voix, la forme de son menton et la couleur de sa pupille, mais je suis plongé au cœur de sa parole que je retrace puis enregistre dans l'arborescence infinie des dossiers.

C'est un berger originaire d'un village perdu au fin fond des montagnes du Soudan. Je ne maîtrise pas l'arabe, mais dispose sur un logiciel de plusieurs canaux qui me permettent d'entendre les interprètes en anglais, en français ou en allemand. En fait, sa langue n'est pas sa langue. Sur un autre logiciel, je note chaque terme employé, ainsi que tous les balbutiements, jusqu'aux hésitations les plus anodines.

À l'automne de ses 17 ans, les cavaliers de la milice menée par Ali Yûsuf arrivent par l'ouest, brûlent son village, violent les femmes, fouettent ses voisins et exécutent ses amis. Mais en est-il bien certain ? L'avocat de la Défense demande des détails infimes sur des faits qui remontent à près de vingt ans. En fait, sa mémoire n'est pas sa mémoire. Il parvient à fuir aux côtés de sa grand-mère aveugle, mais elle meurt durant la nuit d'un AVC, alors que tous deux se réfugient dans le creux d'une vallée.

Le témoin doit prendre une pause et sortir du prétoire, car il sanglote. La greffière conduit poliment hors de l'écran cet amas de cristaux liquides en train de pleurer son ancêtre. Il est difficile de transcrire le sanglot d'un robot ou d'une image. Il ne s'agit pas d'une douleur sèche dont je peux mesurer l'authenticité et l'épaisseur, mais d'une cavité dans laquelle s'engouffre mon imaginaire et qu'il faudra border par des figures afin de ne pas tomber moi-même dedans. En fait, sa douleur n'est pas sa douleur.

Lorsque j’entends le double virtuel d’un être de chair évoquer la perte de sa famille, je ne sais plus quoi penser des frontières et de la lente invention de la compassion. Même la plus grave des réalités peut devenir une esthétique vertueuse. Ma station de contrôle permet de filtrer les âmes et une ombre poursuit sans cesse ma sincérité. Quelle douleur très proche suis-je en train de remplacer ? Comment écouter et écrire une douleur lointaine sans rêver cette douleur lointaine ? Comment faire apparaître les subjectivités perdues ? Je ne peux m'empêcher de fabriquer des mythes à partir des mots d'un autre. Parfois, j'échoue à rester à distance et suis transporté dans l'exotisme d'une sonorité, dans l'intensité d'une tragédie, dans la poésie d'un paysage, sur l'échine d'un pays inconnu, à l'intérieur d'une souffrance que je ne ressens pas.

Derrière les lignes formées par les lettres sur l'écran, je vois d'abord les lignes des routes et des fleuves couchées sur un planisphère, puis je sens la chaleur de la tasse de thé contre les veines des mains de la grand-mère ; puis j'entends le bruit du galop comme une marée qui monte dans sa poitrine ; puis j'entends les détonations et les cris ; puis je les vois tous les deux tracer une ligne de fuite en portant les souvenirs qu'ils peuvent, courir jusqu'au sommet de la montagne qui domine le village, se cacher dans les herbes hautes de l'automne, observer en contrebas la panique des bovins, les flammes gigantesques et les longues colonnes de fumée anthracite ; puis je vois les fusils et les montures, l'écusson brodé sur la selle du grand cheval blanc d'Ali Yûsuf, Colonel des colonels, et les nuques découvertes des habitants agenouillés ; puis je descends dans la vallée, saute par-dessus les cours d'eau, glisse sur les pierres moussues et camoufle le cadavre de la grand-mère sous un tapis de feuilles — il précise ne pas lui fermer les paupières.

Je comprends désormais le lien entre l'image animée et la matière morte, entre le métal des machines et le voile des fantômes.
Rien n'est pire que peindre malgré soi l'estampe d'une douleur lointaine. Rien n’est pire que convertir en données le deuil d’une terre réduite en cendres. Je suis assis à mon bureau, entouré de plantes et de livres ; dehors, les peupliers noirs défendent la rivière et, en arrière-plan, la montagne Roche Colombe est ceinturée par les nuages. Certains soirs, à la fin d'une journée passée dans mon salon à transformer les corps en symboles, mes yeux me piquent et je me regarde dans le miroir : mon propre visage devient un lieu d'enquête.
« Modifié: 02 Janvier 2023 à 13:30:41 par Forêt »

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
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    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : Média
« Réponse #1 le: 25 Octobre 2022 à 08:17:31 »
Bonjour Forêt,


J'ai pris plaisir à découvrir ce texte ambitieux qui explore les voies sauvages de l'émotion, beaucoup d'images dignes des plus sincères sentiments, de la confidence également qui nous pousse à l'humilité.

Mon impression à la lecture, c'est celle d'une volonté de maîtriser l'émotion, de la façonner, de la transformer, tel un artisan travaille son argile avec patience et savoir-faire. Cette impression d'avoir en face de moi un ouvrage en cours de création est parvenue à me porter d'un bout à l'autre de ma lecture.


Ce que je retiens le plus concrètement du style, c'est que j'en garde principalement la perception que certaines tournures m'apparaissent sous la forme de métaphores tandis que d'autres prennent la couleur de l'accumulation.

À vrai dire, l'excès de violence, la brutalité de la vie, des catastrophes naturelles, des injustices rampantes, a tendance à me pousser vers l'indifférence. J'ai un cœur tellement sensible que les horreurs inhumaines ou bien les tremblements de terre me touchent comme si tous ces maux savaient m'atteindre, si bien que je réagis dans un mouvement instinctif de repli, de rejet, de sueurs voire de pertes de mémoire.

Pour m'amener à t'écouter, accepter que mon émotion se mue et s'adapte ou s'arrime à ton texte, j'ai besoin que tu me parles des choses dramatiques avec la plus grande considération. Pour cela, les sous-entendus, l'implicite, l'euphémisme, qui ne dévoilent qu'une part du tourment, sont bien souvent le moyen le plus direct pour me sortir de cet état d'indifférence fatale. J'aimerais que tu parviennes à trouver des mots tout petits afin de dominer mes plus grandes peurs, car c'est la seule chose qui me permettra de sortir du mutisme de la tourmente.


Voici pour une piste simple, une idée, que j'ai exposée ci-dessus pour t'encourager à prolonger ce récit esthétique que tu élabores au gré des inspirations. Une seule piste n'est pas forcément la meilleure, mais c'est toujours mieux que rien, je l'espère.

En nous souhaitant que cela te soit profitable d'une façon ou d'une autre, je te remercie chaleureusement pour cette lecture et te dis à bientôt. ^^

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
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Re : Média
« Réponse #2 le: 25 Octobre 2022 à 14:32:15 »
Merci pour ton texte.

Je te conseillerais, pour une meilleur lisibilité de faire de paragraphes, la c'est un gros morceau.

Le sujet, je ne le connais pas et certaine de tes image je ne les as pas comprise. Ton héros a souffert et m'a fait penser a un film sur des femmes  vivant dans le nord de l'Irak, après avoir subit des attaques terroristes de leur villages,  des mariages forcées et des violes,  deviennent soldats.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Basic

  • Comète Versifiante
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Re : Média
« Réponse #3 le: 26 Octobre 2022 à 18:50:48 »
Bonsoir Forêt,

beau texte... mais quand on dit Forêt l'automate de notre tête associe beau texte.

J'entre un peu dans les détails derrière le rideau. Bon, je n'ai pas ta capacité à expliciter ma pensée, ce sont des ressentis, des balbutiements sur ces ressentis.

B

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Forêt

  • Invité
Re : Média
« Réponse #4 le: 28 Octobre 2022 à 13:49:35 »
Un grand merci Alan pour ton commentaire, dont les deux premiers paragraphes m'ont touché.
Ton commentaire me semble vraiment fouillé et sensible, profond et utile.
Je vais réfléchir à ta manière de voir les choses et à tes conseils vis-à-vis de ce texte.

Merci à toi aussi, Cendres !
J'ai proposé en spoilers des versions du texte avec des paragraphes, pour celleux que ça dérange.
Cela ne se passe pas en Irak et personne ne devient soldat dans mon texte, mais merci pour la référence ! Je comprends que mon texte soit un peu compliqué à comprendre.

Merci beaucoup, Champdefaye ! Texte peut-être difficile, oui, tu as raison ; à vrai dire, je ne me rends pas bien compte. Cela dépend aussi de ce qu'on est habitué.e à lire, j'imagine.
En tout cas, je suis très content que tu aies pu pénétrer le texte et l'apprécier, malgré sa densité.
La question de la neutralité dans la retranscription des faits peut effectivement être comprise comme l'un des sujets du texte - ce n'est pas le seul. Question "philosophique", certes, et aussi éminemment politique.
Ah, oui, voilà un repère volontairement éludé ou suggéré qui peut participer à la difficulté du texte, j'imagine : on ne sait pas vraiment quelle est la profession du narrateur. Cela étant, j'ai tendance à penser que le préciser noir sur blanc aurait tendance à flétrir l'autonomie et le mystère du texte.

Enfin, merci à toi, Basic, pour ce commentaire détaillé ! Ne t'inquiète pas, tu exprimes parfaitement tes ressentis.
Cela étant, je ne suis pas certain d'avoir compris ta première remarque à propos du visage : tu perçois une contradiction dans le fait que je mentionne la djellaba ?
Ah, moi je tiens aux mots "cyborg" et "mutant", par contre, qui ont un sens premier : il s'agit bel et bien d'hybridité. Je ne pense pas que l'imaginaire collectif lié à certains personnages belliqueux issus de la pop culture soit nécessairement parasite à cet égard. Quoi qu'il en soit, ce sont des mots importants et signifiants que l'on doit pouvoir utiliser. Ce sont des termes que l'on utilise aussi beaucoup, par exemple, dans le champ de la philosophie politique et écologique. Comme Donna Haraway dans son iconique Manifeste cyborg.
Haha, oui, le four est une langue parlée notamment, comme son nom l'indique, au Darfour, région Ouest du Soudan. Je pensais que c'était compréhensible avec le contexte de la phrase... Je vais voir si je reçois d'autres remarques à ce sujet !
J'ai du mal à comprendre ta remarque sur "Mais en est-il bien certain ?" Il s'agit, comme dans le reste du paragraphe et dans la majorité du texte, du "témoin protégé", du "berger", du personnage principal. Je joue à un moment sur la confusion des identités pronominales en confondant le "il" de ce personnage et le "je" du narrateur, mais ce n'est pas du tout à cet endroit du texte.
Oui, quand je parle de "la lente invention de la compassion", je pense que je fais en effet référence à une compassion fabriquée, artificielle, parfois narcissique, d'autant plus lorsqu'elle est symboliquement rémunératrice ("esthétique vertueuse"). Je pourrais inverser les deux phrases, pourquoi pas, je vais y réfléchir !
L'ambivalence ou l'ambiguïté du texte est volontaire : peut-on jamais véritablement ressentir une douleur lointaine ? n'est-ce pas, parfois, notre propre compassion, notre propre construction esthétique de cette douleur qui nous émeut ? Il est certainement possible de ressentir un peu la douleur lointaine d'un autre, mais souvent en la faisant sienne, en se l'appropriant, en l'esthétisant, en la rêvant, donc en dévoyant, en volant sa réalité. C'est, entre autres, le noeud du texte, à travers le jeu de distance et de rapprochement, de médiatisation technologique et, en dernière instance, spéculaire avec le miroir. Mais je ne vais pas dévoiler tout le réseau d'indices et de significations que l'on peut trouver dans le texte.
"ici, qui formule ces lignes, le narrateur ? Le narrateur du texte ou le narrateur de fiction?" : je ne comprends pas ce que tu veux dire !
Je ne pense pas que le texte soit exactement une "dénonciation de la virtualité des images transportées". En fait, je pense que le texte n'est pas vraiment une "dénonciation", dans la mesure où il n'y a pas de message univoque : il s'agit plutôt de rendre compte d'un trouble (et il y a encore du Donna Haraway là-dessous : habiter le trouble...). Cette tension est centrale dans le texte : rester à distance afin de ne pas transformer la parole de l'autre, afin de ne pas s'appropier le vécu de l'autre et afin de se protéger ; se rapprocher afin de ressentir, de comprendre, d'humaniser.
Je tiens aussi à l'hybridité du genre du texte : je crois que je n'éprouve pas le besoin de le classer dans une catégorie.
Je vais réfléchir à donner des clés de compréhension ou à désengorger certains passages afin que ce texte paraisse moins hermétique. Tes remarques me sont très utiles, merci !!

 



Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
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Re : Re : Média
« Réponse #5 le: 28 Octobre 2022 à 18:26:39 »
Cela ne se passe pas en Irak et personne ne devient soldat dans mon texte, mais merci pour la référence ! Je comprends que mon texte soit un peu compliqué à comprendre.
Je me suis mal expliquée. Je racontais le film, j'avais bien compris ;)
Je voulais dire que ça m'a fait penser à ce film avec des différences dans l'histoire.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
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  • Homme incertain.
Re : Média
« Réponse #6 le: 28 Octobre 2022 à 21:41:10 »
Eh bien, dans ce texte atypique, on retrouve tous ces mêmes éléments qui font à chaque fois l'intérêt de tes écrits, et j'en suis bien content.

Une chose (rare, en général chez les autres), d'abord, c'est l'humilité avec laquelle tu exposes les faits, et surtout le questionnement que la situation décrite fait naître en toi. Tu n'es jamais catégorique, tu n'assènes jamais rien. J'adore ton doute. On sent très bien comment à partir de ce qu'expérimente le narrateur dans la tâche qui lui est assignée, commence à se développer ce questionnement intérieur protéiforme extrêmement riche qui touche à de multiples points. Et notamment cette crainte de ce qui pourrait le dépasser, le submerger. C'est une fois de plus très profond et nécessiterait sans doute de longs bavardages nocturnes.

Il y a une phrase, dans tout ton développement, que je n'ai pas comprise, c'est celle-ci : En fait, sa mémoire n'est pas sa mémoire. Autant son visage n'est pas son visage ou cet humain n'est pas un humain me sont limpides, autant cette histoire de mémoire m'échappe, puisque c'est la seule chose dont on pourrait être sûr, c'est en tout cas le but même de la tâche du narrateur. Ou bien doit on plutôt comprendre "ses souvenirs ne sont pas ses souvenirs" ? Il faut que tu m'éclaires.

Et puis après un début un peu technique, voire clinique, tu nous offres en définitive de vrais moments de poésie. Et toujours on oscille entre le ressenti intime, et sa teneur universelle.

Avec toi, rien n'est anodin, jamais, tout est lourd de sens et porte une leçon.

C'est très fort.


"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Forêt

  • Invité
Re : Média
« Réponse #7 le: 30 Octobre 2022 à 19:08:22 »
D'accord Cendres :)

Merci gage de me lire aussi régulièrement et avec la bienveillance attentive qui te caractérise.
Tes compliments me vont bien sûr droit au coeur. Que tu trouves de l'humilité et du doute dans mon écriture est très important pour moi, a fortiori vis-à-vis de ce texte, puisqu'il traite en partie de ce sujet.
Je suis content aussi que tu parles d'un questionnement "protéiforme", puisqu'il s'agit de ça : la complexité hybride, les formes multiples et changeantes de la réalité, la surabondance organique du réel.

Lorsque j'écris "En fait, sa mémoire n'est pas sa mémoire", cela rentre dans la thématique de l'étrangeté à soi-même, de la transformation, de la dépossession et de la vérité du récit : de la même manière que le dispositif de sécurité floute le visage et brouille la voix du témoin, de la même manière que le témoin physique, filtré par la machine, devient une image numérique, jusqu'à ce que ce ne soit plus vraiment lui, "l'avocat de la Défense" met en doute, voire en cause l'exactitude de sa mémoire, donc lui confisque l'authenticité de sa parole et de son vécu (qui "remonte à plus de vingt ans", or on a parfois tendance, non seulement à oublier, mais aussi à se souvenir de soi comme d'un autre). Semblablement, "sa parole n'est pas sa parole" à partir du moment où elle traduite/interprétée. Idem : "sa douleur n'est pas sa douleur", car, en traversant le temps et l'espace par le langage et le réseau informatique jusqu'à l'institution et jusqu'au narrateur qui l'enregistre, la convertit en données, l'écrit et la rêve, elle est altérée, incorporée par d'autres, ne lui appartient plus tout à fait.

J'espère que je suis clair !

Merci encore gage :coeur:
« Modifié: 30 Octobre 2022 à 19:11:05 par Forêt »

Hors ligne gage

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 257
  • Homme incertain.
Re : Média
« Réponse #8 le: 31 Octobre 2022 à 09:29:35 »
Ok, je n'avais pas capté que tu mettais "sur le même plan" les altérations, les distorsions du témoignage dues à la sécurité, celles dues au temps qui est passé, celles dénoncées par l'avocat, celles inhérentes à la traduction.

On pourrait se demander ce qui reste, mais il y a le témoignage lui-même, malgré tout, et le boulot du narrateur est de l'extirper de toute cette gangue pour le faire briller comme il le mérite.

Merci à toi
"Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même". Apollinaire

Forêt

  • Invité
Re : Média
« Réponse #9 le: 01 Novembre 2022 à 16:35:25 »
C'est en tout cas ce que j'ai voulu suggérer par la répétition de la formule : figure, voix, langue, mémoire et douleur du témoin en partie modifiées et spoliées à partir du moment où elles sont, au sens littéral, imagées et médiatisées (par la technologie de la sécurité et par l'écran de l'ordinateur, par la traduction des interprètes, par la rationalité judiciaire de l'avocat, par la transcription du narrateur et l'esthétisation de l'auteur, etc.).

Merci d'être repassé !

Hors ligne Alex Stan

  • Tabellion
  • Messages: 42
Re : Média
« Réponse #10 le: 04 Novembre 2022 à 19:37:14 »
Je n'ai pas vraiment de conseils à t'apporter mais je tenais à laisser un commentaire parce que ton texte m'a touché et que j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire. J'aime beaucoup la thématique de la réalité faussée derrière les écrans ,très originale. Elle est assez peu explorée en littérature aujourd'hui et pourtant si féconde. L'écriture, quoique simple, regorge d'expressions magnifiques et d'une certaine poésie. Les sentiments sont évoqués de manière simple presque factuelle, mais d'une sincérité qui ne manque pas d'émouvoir le lecteur . J'aime beaucoup la périphrase : cet amas de cristaux liquides en train de pleurer son ancêtre, qui malgré la situation, prête à rire. Je n'ai pas vraiment compris le contexte, mais ce n'est pas très dérangeant (surtout pour une histoire courte).

Forêt

  • Invité
Re : Média
« Réponse #11 le: 05 Novembre 2022 à 21:00:38 »
Bonjour Alex Stan et bienvenue ici !

Mille mercis d'avoir pris le temps de me lire et de formuler ce commentaire, lequel me fait très plaisir.
Si tu as trouvé l'écriture simple, ça me va parfaitement.
Je suis satisfait aussi que tu aies perçu à la fois de la factualité et de la sincérité ; cela correspond bien aux thématiques mobilisées.
Content encore que le passage que tu cites t'ait fait rire ! Je n'avais même pas pensé qu'il pouvait être drôle ; tu as raison.
Ravi de ton retour, merci encore et au plaisir de te lire bientôt.

J'en profite pour signaler que j'ai apporté quelques petites modifications au texte et que j'ai enfin choisi sa mise en page définitive. Qui est, bien sûr, à l'opposé du bloc monolithique original :D

 


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