J’en lacérerai les doigts impies de ta main aventureuse ; J’en broierai l’os et j’en déchiquetterai ta peau ; J’en dominerai tes cauchemars, sublimerai ton effroi, entrerai en ton coeur jusqu’à ta raison, de tes oreilles à ta bouche, de ton ventre jusqu’à ta poitrine, de ta vue jusqu’à ton esprit ; je suis ce sommeil que ce monde ne t’octroiera jamais.
J’aime appeler pénombre ce qui résulte de notre clos regard. J’aime appeler silence ce qui résulte de notre mutisme. J’aime appeler terreur ce qui persiste de notre mouvement, de notre déplacement, de notre vie dans ce monde. J’aime comprendre l’animation orageuse qui secoue mes tripes, broyant jusqu’à la poussière de ce qui reste de mon harmonie psychiatrique, sifflant un râle cristallin à ce qui subsiste de mes tympans. J’aime sentir au creux de mon estomac une blessure inouïe, une sibylline douleur, accablante d’agonie, contractante de désespoir, forgeant une lame plus douce qu’une divine chaste et plus effroyable que l’épouvante elle-même ; ainsi, Morphée m’emporte parfois dans l’arrière-cour de notre repos, là où il est inutile de s’assoupir pour sombrer, là où il est inutile d’être dans le noir pour manquer de lumière, là où il est inutile de respirer pour vivre. J’ai longtemps aiguisé mon coeur pour trancher celui de l’autre, contempler son âme se vider de son sang, sur une cime d’angoisses, oscillante de frénésie apeurée et de panique inhumaine. Ce jour là, tu l’as vécu, tu l’as ressenti, et tu as joui de lui ; ce jour là, tu as éprouvé un grand bien, celui dont naissent les Rois et jubilent les Dieux ; ce jour là, tu es devenu un homme, tu es devenu ce miroir, mon miroir, à moi et à moi seul. Je peux désormais me contempler en toi, me voir et me chérir car je suis notre vérité.
Il est temps de vivre parmi nous.
Souffre, Adam.