À Jack Lewis
4 janvier 2077 9h52
Émetteur : Pierre Ménard
Destinataire : Alexandre Modène
Bonjour Alexandre,
Votre recueil de nouvelles intitulé Trois cents Ans pour Comprendre est le meilleur que vous m’ayez envoyé. Comme vous le savez, le problème est que vous n’en êtes pas l’auteur, puisqu’il a été édité par lulu.com en 2007 sous le nom de son auteur, qui n’est autre qu'Arsinor, alias Nicolas Messina. C’est une œuvre de jeunesse peu connue du public, mais tout de même connue des professionnels. Je n’ai même pas eu besoin d’effectuer de recherche. Renseignez-vous sur le site de l’Association française pour les droits d’auteur et ne me contactez que pour faire part de vos travaux.
Cordialement,
Pierre Ménard
Rédacteur en chef
Éditions françaises
***
4 janvier 2077 10h13
Émetteur : Alexandre Modène
Destinataire : Pierre Ménard
Cher Monsieur,
Je vous assure que je ne connais aucun Arsinor, et que je n’en ai jamais entendu parler. C’est en toute bonne foi que je vous ai soumis le recueil que vous avez refusé. J’ai terminé
Trois cents Ans pour Comprendre juste avant les fêtes de Noël, et s’il existe une similitude entre les deux ouvrages, c’est une pure coïncidence. Je certifie être l’auteur de ces nouvelles. Je suis d’ailleurs heureux que vous les trouviez dignes d’être publiées, au point de les confondre avec un classique.
Alexandre Modène
***
5 janvier 2077 9h48
Émetteur : Pierre Ménard
Destinataire : Alexandre Modène
Bonjour,
Je n’apprécie pas votre obstination. Il ne s’agit pas de similitudes fortuites mais de copie mot pour mot. Vous vous êtes borné à remplacer le nom de l’auteur par le vôtre. Si je consens à vous répondre, c’est parce que j’ai pu penser que vous aviez de l’avenir. J’ai soutenu vos œuvres précédentes, qui, je l’espère, sont bien de votre main (faut-il le vérifier ?) mais je n’éditerai jamais sciemment de plagiat.
Je vous mets en garde contre la tentation : si vous abusiez un confrère et que vous l’ameniez à éditer l’œuvre d’un autre auteur sous votre nom, votre responsabilité serait engagée et vous risqueriez des poursuites, qu’il s’agisse d’édition virtuelle ou matérielle. Je vous conseille de ne pas récidiver et de ne plus vous attribuer des textes écrits par d’autres auteurs.
Cordialement,
Pierre Ménard
Rédacteur en chef
Éditions françaises
***
5 janvier 2077 10h50
Émetteur : Alexandre Modène
Destinataire : Pierre Ménard
Je n’apprécie pas votre obstination. Je croyais pouvoir vous faire confiance, mais vous ne valez pas plus que les imbéciles qui me servaient d’amis et qui n’ont pas été capables de voir ce qu’il faut bien appeler mon talent, ni plus ni moins, car j’assume pleinement mon immodestie. Votre prétexte est grotesque, et je suis bien l’auteur de Trois cents Ans pour Comprendre. Ce recueil est d’ailleurs autobiographique, aussi personne d’autre que moi ne pouvait l’écrire. Fin de la discussion en ce qui me concerne.
Désolé,
Alexandre Modène
***
10 février 2077 16h45
Émetteur : Alexandre Modène
Destinataire : Bibliothèque Nationale de France
Madame, Monsieur,
Je serais intéressé par la lecture de Trois cents Ans pour Comprendre de Nicolas Messina. Je n’ai pas trouvé ce recueil dans les librairies ni sur Internet et j’ai déjà contacté ses éditeurs qui n’ont pu faire suite à ma demande. Auriez-vous l’obligeance de me dire comment me procurer les œuvres de cet auteur ?
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations respectueuses.
Alexandre Modène
***
15 mars 2077 12h00
Émettrice : Anne Alinot
Destinataire : Alexandre Modène
Cher Monsieur,
Comme suite à votre demande, je dois vous confier que tous les exemplaires de
Trois cents Ans pour Comprendre d'Arsinor ont disparu. Non seulement nous les avons tous prêtés et il se trouve, par un hasard extraordinaire, que tous les emprunteurs ont déclaré les avoir égarés, mais il est encore impossible de retrouver dans notre banque numérique quelque texte que ce soit de cet auteur.
Je vous suggère de contacter les éditeurs de cet ouvrage et d’aller hanter les librairies spécialisées dans le livre en papier. Si vous réussissez à vous procurer un tel texte, nous vous remercions de bien vouloir nous en informer.
Bien amicalement,
Anne Alinot,
Présidente
Bibliothèque Nationale de France
13, quai Mauriac, 75 013 Paris
www.bnf.fr ***
16 mars 2077 12h45
Émetteur : Alexandre Modène
Destinataire : Les Nouveaux Cahiers de la Dordogne
Bonjour,
Je vous prie de trouver en pièce jointe le tapuscrit dont nous avons parlé. Comme vous le voyez, il s’intitule Confins et Carrefours des grimaces du désir, mais peut-être faudrait-il oser le titre que je vous avais proposé en premier lieu : ! Ψχoτik aπoκαλyΨ - Z !
Dans l’espoir que vous le jugiez digne d’être publié dans votre revue, je vous prie de recevoir mes salutations distinguées.
Alexandre Modène
***
17 mars 2077 17h09
Émetteur : Les Nouveaux Cahiers de la Dordogne
Destinataire : Alexandre Modène
Monsieur Modène,
Le texte que vous nous avez envoyé est effectivement remarquable. Si nous décidons un jour de le publier, nous libellerons le chèque de la réimpression au nom de la succession de son auteur.
Amicalement vôtre,
Ouarlax Pralote pour les NCD
***
30 mars 2077 17h05
Émetteur : Alexandre Modène
Destinataire : Stéphane Dugommier
Stéf, il se passe qqchose d’extraordinaire. Il faut bien que je le dise à quelqu’un.
Mystère n°1 : c’est la dixième fois que j’envoie des nouvelles à des éditeurs et c’est la dixième fois qu’ils me répondent que ce sont des répliques exactes des œuvres d'Arsinor, qui est, paraît-il, un auteur important du début du siècle. Je n’en ai pourtant jamais entendu parler. Tout le monde affirme que j’ai lu ses livres et que je les plagie.
Mystère n°2 : les livres d'Arsinor sont devenus introuvables. Que ce soit sur la toile, auprès des éditeurs, des bibliothèques ou des librairies d’occasion.
Mystère n°3 : tout le monde connaît Arsinor, sauf moi.
Figure-toi que j’ai une explication. C’est de la science-fiction, mais supposons que cet Arsinor ait mis au point un algorithme temporel et qu’il ait réussi à lire mes textes par-dessus mon épaule, pendant que je les écrivais : il aurait pu copier mes écrits, retourner tranquillement à son époque et éditer mes œuvres en toute impunité, avec 66 ans d’avance ! Il est en train de me voler la préséance : c’est lui le plagiaire et il inverse les rôles !
Vu son succès, c’est flatteur pour moi, mais c’est un véritable cauchemar que je suis en train d’entrevoir. Je suis écrivain et l’édition va me traiter comme un plagiaire. Je pense que l’intérêt de l’écriture, ce n’est pas la gloire qu’on peut en tirer, c’est le processus d’écriture même, mais est-ce que la société va se reprocurer toutes les œuvres d'Arsinor au fur et à mesure qu’on publiera mes propres textes, tout en me privant des droits d’auteur et de mon honneur ? Est-ce que tout ce que je vais écrire, il l’aura déjà écrit ? Et je ne peux pas m’empêcher d’écrire, c’est une nécessité absolue.
Ainsi, je livrerai au monde les œuvres d'Arsinor au compte-gouttes, on fouillera en vain ses textes dans mes archives, on en fera une affaire d’État, on me fera subir des tests, je me retrouverai dans une salle fermée et surveillée par des caméras, en train de scribouiller, on dira que je me suis contenté d’apprendre par cœur les textes d'Arsinor. Je deviendrai un célèbre mystificateur, ni plus ni moins. Je serai accusé d’avoir caché les œuvres originales sans qu’on puisse expliquer comment je m’y serai pris.
Mais la véritable épouvante, c’est que je serai au plus le seul à savoir que mes œuvres sont de moi. Je dis « au plus » parce que je finirai un jour par me rallier à la croyance commune pour me demander si je ne serai pas devenu une sorte de robot, une réincarnation, sans liberté de créer, mais avec la seule illusion de la liberté humaine.
Messina aura sucé le sang de ma vie comme un vampire jusqu’à me faire douter de ma propre existence. Je finirai mes jours dans la misère métaphysique la plus noire.
Alexandre
***
31 mars 2077 3h57
Émetteur : Stéphane Dugommier
Destinataire : Alexandre Modène
avé alexo ce qui von taicrir te salut. a mon avit tu fait bien decrire jaime bien ce que tu fait ect mais tu devret tinterésset oci oz autre trucs on a limpression que tu vit cloatré chez toi a aicrir et préparai tes exam hein c lourt mais profite-tu veritablemment autan que tu le pourait de la vi? tu vient chez moi quand tu veut ! mais tu vient jamais…….... aaaarffff !!!!! on pourai se refaire des weeks-end fil moi au moin ton hololar !!!!! fétoua des meuf 1 mini-meum oci sinon aucun idé a mon avi un tel fhenoméne na "presk" aucun chance darivé le mèm platgia mo a mo c le nb de mo dans le dixionnère exposan le nb de mo du platgia si l’a 1 million de mo dans le dixionnère et 10.000 mo dans ton platgia ca fait haut moins 1 chances sur 10 suivi de 60.000 zéros de tombé sur le mèm platgia c encore plus inproblable que davoir 4 myards de foit de suit 23 ala roulèt au cazino | tu vois tout t’es d’en le "presk" :-)
***
31 mars 2077 23h57
Émetteur : Alexandre Modène
Co-dédicataire : Jacques Sadoul
Monsieur Sadoul,
J’ai le plaisir de soumettre cette suite de lettres à votre jugement, dans l’espoir que vous prêtiez quelque crédibilité à cette situation tout à fait incroyable. Les courriers ci-joints sont classés dans l’ordre chronologique et devraient s’expliquer d’eux-mêmes. Dans le cas où vous les publieriez, à titre littéraire, certains de vos lecteurs pourraient peut-être émettre une explication à ce phénomène proprement extraordinaire. J’ai intitulé l’ensemble
Plagiat.
Arsinor