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18 Juin 2026 à 23:06:39
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » In memoriam

Auteur Sujet: In memoriam  (Lu 2986 fois)

Hors ligne Jadis

  • Calligraphe
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In memoriam
« le: 13 Juin 2022 à 16:22:39 »
Voilà, je m'acquitte de ma dette, longtemps après...



Non, cette année encore, je ne partirai pas avec toi. Je voudrais bien pourtant. Te montrer la France profonde, les glaciers bleus des Alpes, les rouleaux verts de l’Atlantique, les presbytères ombreux qui n’ont rien perdu de leur charme, les vieux jardins dont parlait Vialatte… Tout ce que tu ne connaîtras jamais. Nous aurions voyagé côte à côte, en voiture, en train, en car, en avion. À pied. Je t’aurais tout expliqué, du moins ce que j’aurais su. Tu aurais tout contemplé avec stupéfaction, en grand silence. Ta vision du monde en aurait pris un coup.

Mais ce n’est pas possible, tu le sais bien. Tu n’es pas sortable. Rappelle-toi la fois où je t’ai emmené à Montpellier, dans la Lada, et où tu as hurlé douze heures d’affilée, jusqu’à en perdre la voix et rester prostré, bavant et haletant. Je me souviens très bien de ce voyage. Et cette autre fois où nous avons rallié Saint-Denis par le périphérique, à l’heure de pointe. Tu as couru en tous sens dans l’habitacle en gémissant, tu t’es planté aux fenêtres, terrorisé, au franc amusement des conducteurs des autres files. Tu as pissé de frousse dans l’arrivée d’air du tableau de bord. Ne nie pas. Tu as fini par te réfugier sous mon siège après avoir essayé de te planquer sous les pédales. Un grand jour aussi, celui-là.

Je ne t’emmènerai plus jamais avec moi. Comment le pourrais-je, puisque tu es mort et incinéré. Un matin d’août, tu as voulu traverser la rue, devant la maison, un imbécile a dû arriver pleins gaz, je t’ai retrouvé allongé sur le trottoir, devant le portail, les yeux grand ouverts, avec juste un peu de sang au coin de la bouche, et la langue sortie, d’un air de dire « merde, j’ai fait une connerie ». Ta dernière connerie. Tu n’étais pas très malin, c’est vrai. Mais tu étais mon chat.

J’ai voulu t’enterrer dans le bois, mais la terre était dure et pleine de racines. Il aurait fallu une pioche, je n’en avais pas. Alors je t’ai porté chez le véto, dans un sac de voyage, enveloppé dans une vieille chemise verte à moi. Tu commençais déjà à sentir mauvais. J’ai payé pour ton incinération, et le véto m’a dit « bon courage ». Il me reste ta photo, celle que j’avais placardée dans tout le quartier la fois où tu t’étais barré et où tu es revenu, apeuré et famélique, une semaine après. Tu n’avais pas dû aller bien loin, je parie.

Dommage. Je serais bien parti à l’aventure, avec toi, malgré tout. Il y a des choses difficiles à réaliser, dans la vie.
Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
C'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe
La mort faucha les autres, braves gens, braves gens
Et me fit grâce à moi c'est immoral et c'est comme ça  (Georges Brassens)

Hors ligne Aponiwa

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Re : In memoriam
« Réponse #1 le: 13 Juin 2022 à 17:47:24 »
Hello Jadis,

N'hésite pas à indiquer tes attentes concernant les commentaires.

Alors déjà, les textes sur la mort d'un animal, ça me fait toujours quelque chose (je pense que la plupart des propriétaires aimants en diront autant).
Ton texte est bien écrit, je n'ai pas remarqué de coquille, il est raconté de façon claire et lisible.
Je mets le reste en spoiler...
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Une chose aussi. Je trouve ça manque un poil d'émotion. Dans les verbes utilisés, les adjectifs. Au final, je ne saurai dire à quel point le narrateur tenait à lui, même si je le devine dans ses regrets.

Bref, c'est un avis tout personnel, tout ça, mon ressenti de lecteur.

Merci pour ton texte! :)
« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

Hors ligne Jadis

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Re : In memoriam
« Réponse #2 le: 13 Juin 2022 à 18:54:55 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


(ça marche...)

A part ça, pour ce qui est de la cage à chat, en fait, au début il était bien dedans, mais il hurlait tant que je me suis senti obligé de le laisser sortir (ce qui est formellement déconseillé dans une voiture notamment...) Mais il y a des chats qui s'y font très bien, chacun a son caractère.
« Modifié: 13 Juin 2022 à 19:01:17 par Jadis »
Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
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Hors ligne Cendres

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Re : In memoriam
« Réponse #3 le: 13 Juin 2022 à 19:30:18 »
Merci pour ton texte


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"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Earth son

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Re : In memoriam
« Réponse #4 le: 13 Juin 2022 à 20:03:47 »
Bonjour Jadis,

Texte agréable à lire bien que la vérité derrière soit triste.
Comme Cendres, j’ai rapidement pensé à un chien. Comme quoi…
Quand j’étais gamine, le chat venait tous les ans en vacances avec nous. Point de cage à chat (ça ne devait pas exister) donc il restait allongé au sol en miaulant comme un beau diable pendant des kilomètres avant de se calmer.
Les chats n’aiment pas les voitures (qu’ils soient dedans ou dessous).  :mrgreen:

Mes condoléances


Hors ligne Aponiwa

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Re : Re : In memoriam
« Réponse #5 le: 13 Juin 2022 à 20:13:16 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Oui, tu as complètement raison. Après relecture, ça fonctionne effectivement! :)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Oui. Le mien est cool (spéciale dédicace!). Il va râler au début mais on ne l'entend plus après. Après, je pense que c'est parce qu'il est content qu'on l'emmène. Pendant longtemps, on l'a laissé en se disant qu'il serait mieux à la maison. Bref, vive les
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« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

J.

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Re : In memoriam
« Réponse #6 le: 13 Juin 2022 à 20:30:15 »
Bonjour. J'ai bien aimé ton texte. Chat ou chien, la perte d'un ami à quatre pattes est irréparable et il faut beaucoup de temps pour s'en remettre. S'en remet-on vraiment d'ailleurs ? Je te dirai ça d'ici quelques années et le diaporama qui défile en fond d'écran est-il une bonne solution ? Pas sûr ? Merci pour ce partage.

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
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Re : In memoriam
« Réponse #7 le: 13 Juin 2022 à 21:09:43 »
Bonjour,

J'avais envie de venir commenter mais ce début m'a fait hésiter :
Citer
Voilà, je m'acquitte de ma dette, longtemps après...

Peux-tu expliquer le contexte ? Ce texte est-il la suite de qqch ?
~ Ari ~

Hors ligne Jadis

  • Calligraphe
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Re : In memoriam
« Réponse #8 le: 13 Juin 2022 à 21:21:12 »
Non, ce n'est la suite de rien, c'est juste que mon chat est mort il y a longtemps, et que je le considérais comme un ami. Donc en l'évoquant ici, je m'acquitte (un peu) de ma dette envers lui.
Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
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Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
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  • Ailleurs et au-delà
Re : In memoriam
« Réponse #9 le: 14 Juin 2022 à 09:43:42 »
Bonjour Jadis (à chaque fois, ça me fait penser à la marque de matériel HIFI JADIS).
J'ai bien aimé ton texte, j'en ai un comme cela et du coup, il reste à la maison quand je parts, mais il est quand même dehors la plus part du temps.
Belle journée.
Michèle

Forêt

  • Invité
Re : In memoriam
« Réponse #10 le: 15 Juin 2022 à 12:15:04 »
Salut Jadis !
Ravi de découvrir (une facette de) ton écriture aujourd'hui.

Te montrer la France profonde, les glaciers bleus des Alpes, les rouleaux verts de l’Atlantique, les presbytères ombreux qui n’ont rien perdu de leur charme, les vieux jardins dont parlait Vialatte…

J'aime bien cette description calme et bigarrée !

Citer
Tout ce que tu ne connaîtras jamais.

Je trouve ce segment trop direct, trop explicite, trop plat ; il me manque une subtilité dans le dosage de l'information ou dans l'économie du texte, une singularité dans l'écriture. L'adresse à un proche perdu et donc l'enjeu du texte me semblent alors cousus de fil blanc.

Citer
  Nous aurions voyagé côte à côte, en voiture, en train, en car, en avion. À pied.

Je trouve que l'isolement du dernier élément "À pied" est un peu appuyé, artificiel ; l'effet me semble trop visible et j'en perçois mal l'utilité.

Citer
Tu aurais tout contemplé avec stupéfaction, en grand silence.

Tiens, d'un point de vue normatif, je me demande si la locution adverbiale "en silence" peut être modifiée par un adjectif. Quoi qu'il en soit, ça peut être un effet de style de ta part.

Citer
Ta vision du monde en aurait pris un coup.

Je trouve la langue de cette phrase un peu plate...

Citer
Mais ce n’est pas possible, tu le sais bien. Tu n’es pas sortable. Rappelle-toi la fois où je t’ai emmené à Montpellier, dans la Lada, et où tu as hurlé douze heures d’affilée, jusqu’à en perdre la voix et rester prostré, bavant et haletant. Je me souviens très bien de ce voyage. Et cette autre fois où nous avons rallié Saint-Denis par le périphérique, à l’heure de pointe. Tu as couru en tous sens dans l’habitacle en gémissant, tu t’es planté aux fenêtres, terrorisé, au franc amusement des conducteurs des autres files. Tu as pissé de frousse dans l’arrivée d’air du tableau de bord. Ne nie pas. Tu as fini par te réfugier sous mon siège après avoir essayé de te planquer sous les pédales. Un grand jour aussi, celui-là.

L'émotion du texte ne vient pas à moi, toujours certainement en raison d'une langue que je trouve sans reliefs et d'une construction narrative sans recherche particulière, mais j'aime plutôt bien ce paragraphe, son humour doux, sa tendresse lovée dans le petit chaos de cette scène concrète.

Citer
Je ne t’emmènerai plus jamais avec moi. Comment le pourrais-je, puisque tu es mort et incinéré. Un matin d’août, tu as voulu traverser la rue, devant la maison, un imbécile a dû arriver pleins gaz, je t’ai retrouvé allongé sur le trottoir, devant le portail, les yeux grand ouverts, avec juste un peu de sang au coin de la bouche, et la langue sortie, d’un air de dire « merde, j’ai fait une connerie ». Ta dernière connerie. Tu n’étais pas très malin, c’est vrai. Mais tu étais mon chat.

Comme je le présageais, l'émotion ne vient pas à moi, car le texte me paraît à la fois trop frontal et trop explicatif. Il me manque des creux, des mystères, des détours, une densité, une profondeur, du rythme, de la sensorialité dans cette évocation.

Citer
J’ai voulu t’enterrer dans le bois, mais la terre était dure et pleine de racines. Il aurait fallu une pioche, je n’en avais pas.

Voilà un passage qui, en tant que lecteur, m'intéresse davantage. J'y perçois un détail, une observation, un moment de bascule, la possibilité d'une imagerie.

Mêmes remarques que précédemment quant au reste.

En définitive, ce n'est pas un texte que j'ai trouvé mal écrit, mais je ne l'ai pas trouvé bien écrit non plus, dans la mesure où rien dans les partis pris stylistiques ou narratifs n'a retenu mon attention, n'a amorcé ma réflexion ou mon émotion. Peut-être que la charge intime a jugulé pour le moment les possibilités de l'écriture ; ça arrive souvent, je pense. Pourtant, bien sûr qu'il y a tant à dire et de bien des manières sur le deuil d'un animal familier et familial. Peut-être, aussi, que ces quelques lignes revêtent pour toi une fonction purgatoire et mémorielle qui se suffit à elle seule, mais puisque tu as décidé de les proposer au lectorat du forum, je les considère comme un texte, c'est-à-dire comme un objet littéraire soumis à la critique. Or, je trouve que le caractère testimonial ne parvient pas à être épais ou à aller au-delà de lui-même ; selon moi, il y a une espèce de littéralité du texte qui n'atteint pas la littérarité, soit par déficit (le texte dit trop peu l'intensité du réel au lieu de chercher à l'atteindre), soit par excès (le texte dit trop la platitude du réel au lieu de chercher à l'augmenter). Peut-être aussi que j'aurais aimé trouvé certains détails permettant d'incarner à la fois le chat, le narrateur et surtout la chair de leur relation. En tout cas, il m'a manqué une recherche esthétique qui détourne, enrichit ou transcende la simple communication afin que je sois étonné ou touché. Ce n'est, bien sûr, que mon point de vue !
Merci beaucoup Jadis, à bientôt !
« Modifié: 15 Juin 2022 à 21:35:18 par Forêt »

Hors ligne Jadis

  • Calligraphe
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Re : Re : In memoriam
« Réponse #11 le: 15 Juin 2022 à 14:35:37 »
Bigre, que voilà un commentaire fouillé, bien qu’il me laisse toutefois souvent perplexe.

Pour resituer d'une façon générale, d'abord : il s'agit d'un texte volontairement court, donc qui ne permet pas trop les épanchements lyriques interminables. D'autre part, je pense que des adjectifs qui pourraient qualifier le style seraient : pudique, légèrement humoristique (comme tu le signales d'ailleurs), nostalgique. Il n'est pas question de se lancer dans des "ouîn, hélas, ô mon beau chat magnifique, où es-tu aujourd'hui, comment vais-je vivre sans toi, oh que je souffre", etc. (j'exagère un peu).  ;)

Te montrer la France profonde, les glaciers bleus des Alpes, les rouleaux verts de l’Atlantique, les presbytères ombreux qui n’ont rien perdu de leur charme, les vieux jardins dont parlait Vialatte…
Citer
J'aime bien cette description calme et bigarrée !

C'est volontairement très sélectif et arbitraire d'une part (pas question évidemment de vouloir décrire la France en ces quelques mots ; d'autre part, les presbytères sont une référence claire à la phrase fameuse de Gaston Leroux, "Le presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat", phrase que j'adore et qui me permet d'embrayer sur "les vieux jardins" dont parle effectivement Vialatte (autre auteur que j'adore). Le vert de l'Atlantique répond au bleu des glaciers alpins. J'évoque une France où l'on ne parlait pas encore d' "aménagement du territoire" et autres ***ies.  :mrgreen:

Citer
Tout ce que tu ne connaîtras jamais.

Citer
Je trouve ce segment trop direct, trop explicite, trop plat ; il me manque une subtilité dans le dosage de l'information ou dans l'économie du texte, une singularité dans l'écriture. L'adresse à un proche perdu et donc l'enjeu du texte me semblent alors cousus de fil blanc.

Là, je n'ai pas compris. C'est peut-être un peu plat en effet, mais que faudrait-il faire ? C'est juste une remarque brève par rapport à la phrase précédente, un peu lyrique, et dont elle prend le contrepied.

Citer
Nous aurions voyagé côte à côte, en voiture, en train, en car, en avion. À pied.

Citer
Je trouve que l'isolement du dernier élément "À pied" est un peu appuyé, artificiel ; l'effet me semble trop visible et j'en perçois mal l'utilité.

Ces deux mots sont mis en relief exprès, pour indiquer qu'après tout, on n'a pas toujours besoin d'un moyen de transport tels que ceux cités précédemment. C’est un complément qui vient après coup, comme un « ou à pied, après tout ». Si je l’avais inclus dans la phrase précédente, là ça n'aurait pas eu grand intérêt en effet.

Citer
Tu aurais tout contemplé avec stupéfaction, en grand silence.

Citer
Tiens, d'un point de vue normatif, je me demande si la locution adverbiale "en silence" peut être modifiée par un adjectif. Quoi qu'il en soit, ça peut être un effet de style de ta part.
D'après Google, si : 31.300 résultats pour "en grand silence", le premier retour étant un poème (d'un dénommé Francis Yard) : "Lente et calme, en grand silence, / Elle [la neige] descend, se balance, / Et flotte confusément..." Voir ici par exemple.

Par ailleurs, cette phrase semble être adaptée plutôt à un être humain qu’à un chat – ce qui rejoint bien l’intention générale.

Citer
Ta vision du monde en aurait pris un coup.
Citer
Je trouve la langue de cette phrase un peu plate...

C'est volontairement du langage parlé, comme on en trouve plusieurs exemples par la suite. (« tu as pissé, etc »)

Citer
Mais ce n’est pas possible, tu le sais bien. Tu n’es pas sortable. Rappelle-toi la fois où je t’ai emmené à Montpellier, dans la Lada, et où tu as hurlé douze heures d’affilée, jusqu’à en perdre la voix et rester prostré, bavant et haletant. Je me souviens très bien de ce voyage. Et cette autre fois où nous avons rallié Saint-Denis par le périphérique, à l’heure de pointe. Tu as couru en tous sens dans l’habitacle en gémissant, tu t’es planté aux fenêtres, terrorisé, au franc amusement des conducteurs des autres files. Tu as pissé de frousse dans l’arrivée d’air du tableau de bord. Ne nie pas. Tu as fini par te réfugier sous mon siège après avoir essayé de te planquer sous les pédales. Un grand jour aussi, celui-là.

Citer
L'émotion du texte ne vient pas à moi, toujours certainement en raison d'une langue que je trouve sans reliefs et d'une construction narrative sans recherche particulière, mais j'aime plutôt bien ce paragraphe, son humour doux, sa tendresse lovée dans le petit chaos de cette scène concrète.

Il n’y a pas d’émotion particulière voulue, c’est juste une explicitation des deux premières phrases (« Mais ce n’est pas possible, tu le sais bien. Tu n’es pas sortable. ») et des souvenirs, plutôt (tristement) amusés. « Humour doux, tendresse lovée » me semblent bien décrire la chose en effet.

Citer
Je ne t’emmènerai plus jamais avec moi. Comment le pourrais-je, puisque tu es mort et incinéré. Un matin d’août, tu as voulu traverser la rue, devant la maison, un imbécile a dû arriver pleins gaz, je t’ai retrouvé allongé sur le trottoir, devant le portail, les yeux grand ouverts, avec juste un peu de sang au coin de la bouche, et la langue sortie, d’un air de dire « merde, j’ai fait une connerie ». Ta dernière connerie. Tu n’étais pas très malin, c’est vrai. Mais tu étais mon chat.

Citer
Comme je le présageais, l'émotion ne vient pas à moi, car le texte me paraît à la fois trop frontal et trop explicatif. Il me manque des creux, des mystères, des détours, une densité, une profondeur, du rythme, de la sensorialité dans cette évocation.

C’est factuel. C’est là qu’intervient à mon avis la pudeur. Le simple fait de ne pas ajouter des « torrents de larmes », comme l’aurait fait Chateaubriand par exemple, suggère que le sentiment est plus profond. Du moins c’est comme ça que je le voyais. C’est réellement comme ça que je l’ai vu, d’ailleurs.

Citer
J’ai voulu t’enterrer dans le bois, mais la terre était dure et pleine de racines. Il aurait fallu une pioche, je n’en avais pas.

Citer
Voilà un passage qui, en tant que lecteur, m'intéresse davantage. J'y perçois un détail, une observation, un moment de bascule, la possibilité d'une imagerie.

C’est factuel aussi, et volontairement très bref. A posteriori, je me suis dit qu’il fallait être c… pour vouloir creuser une tombe dans un bois, sans outillage adéquat, mais sur le moment, je n’avais pas réfléchi. Je pensais qu’une tombe discrète et anonyme sous les arbres, et sur laquelle j’aurais peut-être pu me recueillir discrètement de temps à autre, était plus digne qu’une incinération via le véto. « La terre était dure et pleine de racines » : un peu comme la vie, quoi.

Citer
Mêmes remarques que précédemment quant aux reste.

En définitive, ce n'est pas un texte que j'ai trouvé mal écrit, mais je ne l'ai pas trouvé bien écrit non plus, dans la mesure où rien dans les partis pris stylistiques ou narratifs n'a retenu mon attention, n'a amorcé ma réflexion ou mon émotion. Peut-être que la charge intime a jugulé pour le moment les possibilités de l'écriture ; ça arrive souvent, je pense. Pourtant, bien sûr qu'il y a tant à dire et de bien des manières sur le deuil d'un animal familier et familial. Peut-être, aussi, que ces quelques lignes revêtent pour toi une fonction purgatoire et mémorielle qui se suffit à elle seule, mais puisque tu as décidé de les proposer au lectorat du forum, je les considère comme un texte, c'est-à-dire comme un objet littéraire soumis à la critique. Or, je trouve que le caractère testimonial ne parvient pas à être épais ou à aller au-delà de lui-même ; selon moi, il y a une espèce de littéralité du texte qui n'atteint pas la littérarité, soit par déficit (le texte dit trop peu l'intensité du réel au lieu de chercher à l'atteindre), soit par excès (le texte dit trop la platitude du réel au lieu de chercher à l'augmenter). Peut-être aussi que j'aurais aimé trouvé certains détails permettant d'incarner à la fois le chat, le narrateur et surtout la chair de leur relation. En tout cas, il m'a manqué une recherche esthétique qui détourne, enrichit ou transcende la simple communication afin que je sois étonné ou touché. Ce n'est, bien sûr, que mon point de vue !
Merci beaucoup Jadis, à bientôt !

Il y a sûrement une charge affective personnelle qui m’empêche peut-être de voir le texte d’un point de vue extérieur, mais je te garantis qu’il correspond bien à ce que je voulais faire ! Un texte sobre, bref, plein de retenue, un peu tongue-in-the-cheek parfois (ironie amère, mais légère). Surtout pas d’effusions ni de grandes démonstrations.

En tout cas, merci pour ce point de vue détaillé, que j’ai lu avec attention. Ça m’intéresse toujours d’avoir des retours, même quand je ne suis pas d’accord, et de toutes façons il y a toujours quelque chose à en retenir, après réflexion.
Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
C'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe
La mort faucha les autres, braves gens, braves gens
Et me fit grâce à moi c'est immoral et c'est comme ça  (Georges Brassens)

Forêt

  • Invité
Re : Re : Re : In memoriam
« Réponse #12 le: 15 Juin 2022 à 18:13:18 »
Pour resituer d'une façon générale, d'abord : il s'agit d'un texte volontairement court, donc qui ne permet pas trop les épanchements lyriques interminables.

Je n'ai à aucun moment suggéré que tu devrais allonger ton texte ou le rendre plus lyrique.

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Il n'est pas question de se lancer dans des "ouîn, hélas, ô mon beau chat magnifique, où es-tu aujourd'hui, comment vais-je vivre sans toi, oh que je souffre", etc. (j'exagère un peu).  ;)

Je n'ai jamais suggéré un tel "épanchement".

C'est volontairement très sélectif et arbitraire d'une part (pas question évidemment de vouloir décrire la France en ces quelques mots ; d'autre part, les presbytères sont une référence claire à la phrase fameuse de Gaston Leroux, "Le presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat", phrase que j'adore et qui me permet d'embrayer sur "les vieux jardins" dont parle effectivement Vialatte (autre auteur que j'adore). Le vert de l'Atlantique répond au bleu des glaciers alpins. J'évoque une France où l'on ne parlait pas encore d' "aménagement du territoire" et autres ***ies.  :mrgreen:

Merci pour ces précisions.

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Tout ce que tu ne connaîtras jamais.

Là, je n'ai pas compris. C'est peut-être un peu plat en effet, mais que faudrait-il faire ? C'est juste une remarque brève par rapport à la phrase précédente, un peu lyrique, et dont elle prend le contrepied.

Cette phrase me paraît superfétatoire : elle déclame de manière plate ce que l'on comprend déjà grâce à la première phrase et aux tiroirs verbaux au conditionnel ; elle prend le lecteur par la main et surligne l'enjeu du texte (la disparition du chat).

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Nous aurions voyagé côte à côte, en voiture, en train, en car, en avion. À pied.

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Je trouve que l'isolement du dernier élément "À pied" est un peu appuyé, artificiel ; l'effet me semble trop visible et j'en perçois mal l'utilité.

Ces deux mots sont mis en relief exprès, pour indiquer qu'après tout, on n'a pas toujours besoin d'un moyen de transport tels que ceux cités précédemment. C’est un complément qui vient après coup, comme un « ou à pied, après tout ». Si je l’avais inclus dans la phrase précédente, là ça n'aurait pas eu grand intérêt en effet.

Je répète que je trouve cette mise en relief pataude et inutile, pour ma part. Mais l'émunération tout entière des moyens de transport (on les connaît), à dire vrai, ne me convainc pas : à quoi sert-elle dans le texte ? à souligner la complicité, la fusion du narrateur et du chat à travers mille façons de voyager ensemble ? Personnellement je trouve cette phrase négligeable, voire cliché.

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D'après Google, si : 31.300 résultats pour "en grand silence", le premier retour étant un poème (d'un dénommé Francis Yard) : "Lente et calme, en grand silence, / Elle [la neige] descend, se balance, / Et flotte confusément..." Voir ici par exemple.

Le nombre de résultats sur Google et une occurrence dans un poème ne nous renseignent pas sur la norme linguistique. Quoi qu'il en soit, c'était un simple questionnement de ma part, ça ne m'a pas dérangé dans ton texte.

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Ta vision du monde en aurait pris un coup.
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Je trouve la langue de cette phrase un peu plate...

C'est volontairement du langage parlé, comme on en trouve plusieurs exemples par la suite. (« tu as pissé, etc »)

Je n'ai pas évoqué le registre de langue, simplement la platitude de la formulation. Je ne vois pas ce que ce segment explicatif et direct apporte au texte : la manière dont le chat se représente le monde aurait été modifiée par la diversité du pays, par les voyages aux côtés du narrateur, bon, ok ; peut-être pourrais-tu exprimer cette même idée d'une manière moins superficielle, plus indirecte ou plus sensorielle (à travers un exemple, peut-être, ou en fouillant un peu (ce qui ne veut pas dire allonger) ce que la déterritorialisation peut impliquer pour un chat ou ce que de nouveaux paysages peuvent faire à la vision en général, etc.).

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Il n’y a pas d’émotion particulière voulue, c’est juste une explicitation des deux premières phrases (« Mais ce n’est pas possible, tu le sais bien. Tu n’es pas sortable. ») et des souvenirs, plutôt (tristement) amusés.

Si tu ne souhaites pas transmettre une émotion à travers ce texte sur la mort d'un proche, alors que cherches-tu ?
Oui, "une explication", c'est un peu ce qui ne m'a pas emporté dans ton texte : il explique vaguement, presque de manière générique, au lieu de donner à voir précisément. Cela étant, ce passage est peut-être l'un de mes préférés du texte, puisqu'il s'agit au moins d'un souvenir concret et d'une situation particulière.

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C’est factuel. C’est là qu’intervient à mon avis la pudeur. Le simple fait de ne pas ajouter des « torrents de larmes », comme l’aurait fait Chateaubriand par exemple, suggère que le sentiment est plus profond. Du moins c’est comme ça que je le voyais. C’est réellement comme ça que je l’ai vu, d’ailleurs.

Bien sûr, la pudeur, la factualité, les sentiments contenus, je comprends cette démarche. Mais dans ce texte, selon moi, cela confine à la platitude. Comme je te l'ai dit à la fin, la langue du texte me semble trop littérale : elle ne permet pas d'atteindre l'événement ou d'augmenter l'événement, certainement parce qu'elle est trop générique et explicative (et parce que les informations pourraient être mieux distillées = narration/économie du texte), ce qui fait que je ne suis pas emporté en tant que lecteur, ce qui fait que le timbre du texte manque de personnalité (j'ai l'impression de lire un témoignage qui pourrait être celui d'un autre). Tu peux très bien transmettre quelque chose au lecteur sans verser des torrents de larmes. Tu peux très bien être pudique et factuel sans être plat et fade.

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J’ai voulu t’enterrer dans le bois, mais la terre était dure et pleine de racines. Il aurait fallu une pioche, je n’en avais pas.

Ce qui m'intéresse davantage dans ce passage, c'est le côté à la fois visuel, sensoriel et symbolique de la scène, que tu aurais pu fouiller à mon sens (tout en restant factuel et suggestif). L'environnement sylvestre, la volonté d'enterrer l'animal, les racines dans la terre, l'absence de pioche, il y a certainement quelque chose à creuser ici (sans mauvais jeu de mots).

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Surtout pas d’effusions ni de grandes démonstrations.

J'espère que tu as bien compris que mon commentaire n'allait pas dans ce sens.

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En tout cas, merci pour ce point de vue détaillé, que j’ai lu avec attention. Ça m’intéresse toujours d’avoir des retours, même quand je ne suis pas d’accord, et de toutes façons il y a toujours quelque chose à en retenir, après réflexion.

Merci à toi, à bientôt !
« Modifié: 15 Juin 2022 à 18:16:35 par Forêt »

Hors ligne Jadis

  • Calligraphe
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Re : In memoriam
« Réponse #13 le: 15 Juin 2022 à 21:13:09 »
J'ai lu, et j'ai bien détecté, au travers du langage utilisé, le spécialiste universitaire. En fait, je ne visais pas si haut ! Mon texte est simple, sobre, retenu - ce que tu appelles "plat" - je veux bien, la platitude me guette en effet, j'essaie de la combattre autant que possible. Mais j'ai franchement du mal à entrevoir ce que j'aurais dû mettre à la place, surtout sans allonger (et sans entrer dans un langage abscons et prétentieux). Par exemple, à propos de "Ta vision du monde en aurait pris un coup", c'est juste ce que je voulais dire : le chat est habitué à un environnement limité, tout d'un coup il découvre que le monde est bien plus grand et plus varié qu'il n'aurait pu l'imaginer, donc sa vision du monde en prend un coup, expression familière, normale puisque je n'utilise pas un langage recherché quand je "m'entretiens" avec lui. Je ne lui parle jamais de déterritorialisation, ni de segment explicatif. Je lui dis "Alors Minou, t'as bien mangé ?"' ou quelque chose dans le genre. Là, j'utilise 9 mots, volontairement choisis (j'aurais pu dire "Je subodore que ta conscience de l'extra-territorialité a subi une transmutation abrupte et significative qui n'aura point manqué d'influer sur les couches sous-jacentes, quoique restrictivement félines, de ton entendement", mais c'est plus long et moins bon, à mon avis (je blague, là, je me doute bien que ce n'est pas du Roland-Barthes que tu préconises : mais quoi, alors ? "Moins superficiel, plus indirect ou plus sensoriel", je sèche... "Un exemple" : "Tu as remarqué que les merlans du marché étaient plus frais que chez nous". Quel intérêt ici ?

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"Je ne vois pas ce que ce segment explicatif et direct apporte au texte : la manière dont le chat se représente le monde aurait été modifiée par la diversité du pays, par les voyages aux côtés du narrateur, bon, ok ; peut-être pourrais-tu exprimer cette même idée d'une manière moins superficielle, plus indirecte ou plus sensorielle (à travers un exemple, peut-être, ou en fouillant un peu (ce qui ne veut pas dire allonger) ce que la déterritorialisation peut impliquer pour un chat ou ce que de nouveaux paysages peuvent faire à la vision en général, etc.).

Non en fait, sans exemples, j'ai du mal à imaginer comment on pourrait améliorer le texte, même si je me doute bien qu'on pourrait faire mieux. Je ne cherche pas ici à faire du pittoresque, même si l'évocation du comportement du chat dans la voiture peut s'y apparenter (mais c'est juste du vécu - et a posteriori, on préfère se rappeler, soit les bons souvenirs, soit les incidents sortant un peu de l'ordinaire...) Comme dit, l'idée générale, c'est que je considère la bête presque à l'égal d'un être humain - mais d'un être humain ordinaire, sans plus, avec ses qualités et ses défauts ; d'où la proposition, saugrenue à premier abord, de lui faire découvrir un pays. Bien sûr que le chat s'en fout, mais justement, ce n'est pas tout à fait un simple chat... Peut-être que le chat remplace  plus ou moins quelqu'un d'humain... Il y a un haïku de je ne sais plus quel poète japonais qui dit :

"La femme sans enfants
comme elle est tendre
avec les poupées"'

Eh bien, elle est tendre aussi avec les chats, je peux le dire par expérience, et ce n'est pas exclusivement féminin d'ailleurs.




Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
C'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe
La mort faucha les autres, braves gens, braves gens
Et me fit grâce à moi c'est immoral et c'est comme ça  (Georges Brassens)

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
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Re : In memoriam
« Réponse #14 le: 15 Juin 2022 à 21:49:36 »
Bonsoir,

J'ai lu ton texte et je n'ai pas lu les autres commentaires, désolée s'il y a des redites (mais parfois j'aime bien aussi ne pas me laisser trop influencer).

Sur le fond (je sais que la distinction fond/forme est un peu artificielle mais je m'en sers quand même comme repère...) :
J'ai senti l'émotion du narrateur et son attachement pour le chat.
Je garde quand même une impression de quelque chose d'un peu superficiel, dans le sens littéral de ce mot, c'est à dire, l'impression d'un texte qui ne fait qu'effleurer les choses ; qui ne sait pas par quel bout les prendre, qui trace un tableau d'ensemble sans choisir d'angle d'approche. Quelque part, ça renforçait presque l'émotion perçue : il y a quelque chose d'un petit peu maladroit et déboussolé, comme si de toute façon les mots n'arriveraient pas à saisir ce qui veut être dit. Mais ça m'a aussi empêchée de me plonger pleinement dans le texte. Les souvenirs listés sont importants pour le narrateur, mais pas tellement originaux pour un regard extérieur ; et la manière dont ils sont racontés, sans entrer dans les détails, ne permet pas de s'immerger pleinement dans l'un ou l'autre de ces souvenirs, il n'y a pas suffisamment de détails pour cela. Ca m'a laissé du coup une impression de froideur étrange.

Concernant la forme :
C'est très correct du point de vue de la syntaxe et de la grammaire. J'ai lu sans chercher les fautes mais en tout cas s'il y en a, il y en a peu.
J'ai senti un tâtonnement involontaire entre langage soutenu et langage familier : on passe de l'un à l'autre sans qu'il y ait vraiment de raison à cela...
D'une manière générale, j'ai l'impression d'un style qui se cherche encore. Ca pourrait être sobre, familier, laconique, rythmiquement varié, poétique... il y a des ébauches de tout cela mais rien qui se dessine clairement à mes yeux (même si le but n'est pas non plus de faire une caricature). L'intérêt d'écrire avec un "style" ou une "patte" un peu + spécifique, à mes yeux, ce ne serait pas pour la prouesse littéraire ("j'ai un style qui en jette, une patte reconnaissable !" youhou \o/ ), c'est plutôt que cela permet de donner un "ton" au texte : notamment pour un texte à la première personne, j'accrocherais + rapidement avec un narrateur que je pourrais cerner à travers son vocabulaire, ses métaphores ou ses tournures de phrases. Ca donne aussi une couleur mieux définie au texte : mélancolie, humour, pudeur, deuil-qui-abrase-toutes-les-émotions... ce qui peut créer une autre accroche, pour que le texte marque davantage le lecteur.

Bonne continuation !
~ Ari ~

 


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