Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

21 Avril 2026 à 13:41:02
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Soignante

Auteur Sujet: Soignante  (Lu 2135 fois)

Hors ligne Helbert

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Soignante
« le: 10 Juin 2022 à 18:55:10 »
Louise entendait le clavier d’ordinateur crépiter à chaque fois qu’elle passait devant la porte de la chambre de sa fille. Pas d’autre son, car Noémie portait toujours un casque. Elle n’essaya pas de l’inviter à partager son repas. Trop habituée à se faire répondre non, elle avait abandonné de telles tentatives de rapprochements. Elle prépara une assiette pour elle-même, dont elle avala le contenu avec distraction. C’était à Jean-Alexandre qu’elle pensait, l’un des malades qu’elle voyait régulièrement, et à la mère de celui-ci, Pascale. Le même après-midi, elle s’était occupée de Jean-Alex pendant deux heures, à domicile – elle l’avait lavé, nourri, avait posé des questions visant à s’assurer de son bon état mental, et vérifié l’absence d’infection visible ou d’escarres. Le jeune homme, qui laissait pousser une petite barbe soyeuse aussi noire que ses cheveux, était dans de bonnes dispositions, et il développait un humour fin que Louise appréciait. Sur le point de partir, elle avait entendu l’auto de Pascale se stationner dans la cour. Les deux femmes avaient échangé des banalités en présence de Jean-Alex, qui s’en désintéressait. Puis Pascale avait fait signe à Louise de la suivre dehors, où elles s’étaient assises sur des chaises de jardin, et Louise avait compris à l’air soucieux de Pascale que celle-ci était partie du bureau plus tôt que prévu, justement pour avoir cette conversation. C’est gênant de parler de ça avec toi, ou avec quiconque, commença Pascale, en prenant une grande inspiration.

Comme bon nombre de paralysés, qu’ils soient affectés depuis la naissance, comme son fils, ou suite à un accident, la libido de Jean-Alex n’était pas touchée. Et comme sa paralysie résultait d’une maladie neuronale plutôt que d’une rupture de la moëlle épinière, Jean-Alex avait non seulement des désirs mais aussi des érections très fréquentes et très tenaces, comme tout jeune homme de seize ans. Mais aucun moyen de soulager ce besoin. Bien sûr, plus tard, il aurait des petites amies, comme tout le monde. Mais pour le moment, rencontrer quelqu’un lui paraît insurmontable, il refuse que je l’assiste dans sa recherche d’une copine de son âge, évidemment, et il désespère, expliqua Pascale. J’en ai parlé avec d’autres mamans sur les groupes de discussion. Je ne me doutais pas que c’était un problème si fréquent. Personne n’ose l’avouer, mais en lisant entre les lignes, on finit par comprendre que certaines font appel à des professionnelles. Louise, qui travaillait avec cette clientèle handicapée depuis de nombreuses années, était au courant de cette réalité. Elle fit de son mieux pour normaliser la situation, tout en s’efforçant de garder la distance professionnelle requise. Je te remercie de partager cela avec moi, dit-elle. Mais ce n’est pas mon rôle de trouver une solution à ce problème. Parfois, les parents se refilent parfois les numéros de téléphone de personnes qui pourraient aider. Ce que Louise n’ajouta pas, car elle soupçonnait que Pascale le savait déjà, c’est cette autre réalité : certaines de ces femmes n’étaient pas des escortes de métier mais plutôt des travailleuses du secteur de la santé qui, occasionnellement, acceptaient d’offrir ce service à leurs clients de confiance.

Dans un passé plutôt lointain, Louise elle-même avait déjà « dépanné » certains hommes qui le lui avaient demandé. Il n’y avait pas forcément eu d’acte sexuel, d’ailleurs : certains voulaient simplement la voir nue, ou l’embrasser. Comme Louise le redoutait, Pascale semblait l’avait appris, d’une façon ou une autre, et finit par lui demander son aide plus directement. Louise, qui n’avait pas fait cela depuis longtemps, se garda bien de confirmer l’information, et coupa court aux espoirs de la maman. Je ne crois pas, dit-elle, je suis désolée… Mais si j’entends parler de quelqu’un de fiable qui pourrait aider Jean-Alex, je te le dirai…

Louise se sentait pleine de compassion pour cette belle brune un peu plus jeune qu’elle, une femme qui avait sûrement aspiré à une vie simple, mais le destin en avait décidé bien autrement. La majorité des paralysés étaient des hommes, et lorsqu’ils étaient adolescents, c’étaient souvent les mères, plus que les pères, qui veillaient sur leur bien-être. Et qui se retrouvaient confrontées au plus grand des tabous, avec parfois aucune bonne solution...

Le lendemain matin, Louise rendit visite à François, un autre patient. Un homme d’un peu plus de cinquante ans, également paralysé des quatre membres depuis la naissance, à l’exception de la main droite dont certains doigts avaient un peu d’activité. Cette main était presque toujours gainée d’un appareil détectant ces mouvements subtils pour les convertir en instructions qui étaient transmises à son fauteuil adapté. Il avait été l’un de ses premiers clients, il y a une quinzaine d’années. Louise accomplit rapidement les tâches requises, pour avoir le temps de s’assoir en compagnie de celui qui était maintenant un vieil ami. Si François était très diminué physiquement, son esprit était l’un des plus vifs qu’elle connaissait. Il adorait parler et montrait toujours beaucoup de curiosité. Inévitablement, elle lui parla de Jean-Alex et Pascale, sans révéler leur identité. Par hasard, connais-tu quelqu’un qui pourrait aider, lui demanda-t-elle. Mais non, il était en couple à présent, et ne recherchait plus ce type de compagnie féminine. As-tu encore nos photos, ajouta-t-elle en lui souriant d’un air complice. Bien sûr, il les avait, et proposa de les lui montrer. Ils se déplacèrent vers l’ordinateur. Fixé à un bras de son fauteuil se trouvait un petit appareil qu’il pouvait prendre dans sa bouche et qui commandait l’ordinateur et le téléphone. Simplement en le contrôlant des lèvres et de la langue, il pouvait naviguer facilement et utiliser presque n’importe quel site web. Pour cliquer, il lui suffisait de souffler un petit coup bref. Il alla ouvrir un sous-dossier appelé « L. et F. » et qui contenait une centaine de photographies. Louise y figurait sur chacune, dans des degrés progressifs de nudité, et des poses qu’elle avait voulu sensuelles. François était présent sur une partie des photos, tout habillé dans son cas, elle l’entourant de son corps de grande rousse à la peau si blanche. La plus osée la montrait nue, à califourchon sur lui, offrant la pointe de ses seins à la bouche affamée de l’homme paralysé. Regardant cette photo pour la première fois depuis des années, elle était frappée par son côté maternel. Les clichés avaient été pris par son conjoint de l’époque, le père de Noémie. Pourquoi l’avait-elle fait? Pour aider François, pour le côté excitant de l’expérience, et, oui, pour l’argent également. Quelques centaines de dollars. Je n’en reviens pas que je t’ai laissé des photos sur lesquelles on peut voir mon visage… j’étais tellement naïve! Lui dit-elle. Il rit, puis répondit que c’était l’un de ses meilleurs souvenirs. Tu n’es pas tentée d’aider ce jeune homme toi-même, demanda-t-il, en ajoutant qu’il la trouvait toujours aussi belle. Tu sais bien que je ne fais plus ça, répondit-elle, et puis il est si jeune!

Au même moment, dans l’ouest de la ville, Pascale était à la recherche d’une escorte pour son fils. Elle était désespérée de la complexité de la tâche, et furieuse que son mari ait refusé de participer, qualifiant le projet de « complètement insensé ». Elle naviguait sur les sites spécialisés avec un peu de dégoût pour tous les détails sordides qu’elle y trouvait, sans oublier tout ce vocabulaire et ces abréviations qui lui étaient complètement inconnus, et qui dénommaient des actes sexuels. Généralement il fallait laisser un message, ou un numéro de téléphone, ce qu’elle hésitait à faire. Une seule fois, quelqu’un avait répondu aussitôt, mais c’était un homme. Il n’avait même pas eu l’air surpris d’avoir affaire à une cliente plutôt qu’à un client, et s’était mis machinalement à faire la liste des filles dont il disposait ce jour-là. Elle avait raccroché : pas question d’enrichir un pimp. Elle avait laissé quelques textos à des filles qui paraissaient un peu plus douces que les autres. Elle avait eu des réponses de femmes qui pensaient clairement avoir affaire à un homme et lui demandaient ce qu’elle recherchait, et précisaient leurs tarifs. Ça va finir par fonctionner, commençait-elle à se dire.

Le samedi soir de la même semaine, et alors qu’elle passait le week-end chez sa sœur, à la campagne, Louise reçut un appel de Pascale. Viens tout de suite, suppliait-elle, c’est urgent, Jean-Alex est seul à la maison et tu es la seule à qui je peux demander de l’aide. Louise se résolut à reprendre la route. À son arrivée chez Pascale, elle trouva un Jean-Alexandre très inquiet de l’absence prolongée de sa mère. Louise le rassura, le nourrit et fit le nécessaire pour l’installer dans son lit. Lorsqu’enfin elle appela, Pascale répondit. J’arrive bientôt, dit-elle. Je te raconterai. Merci pour tout. Sa voix semblait cassée et très lasse.

Elle avait été arrêtée par la police dans l’après-midi, chez elle. Elle avait échangé des messages avec une fille qu’elle avait pris pour une escorte, et qui lui plaisait beaucoup en plus, car elle semblait plus humaine que les autres, moins robotisée. Pascale ne lui avait pas expliqué la situation exacte, pas précisé qu’elle était une femme et que c’était pour son fils handicapé. C’était déjà assez compliqué comme ça. Rendez-vous avait été pris pour ce samedi soir chez elle. L’entente avait été conclue par textos : deux heures de sexualité avec possibilité d’affection, pour 500$. Mais c’était la police qui s’était présentée. La mairesse de la ville avait été élue sur la base d’un programme progressiste qui incluait une répression accrue des clients des travailleuses du sexe, ceux-ci étant dorénavant considérés comme des abuseurs par principe. La police avait pris l’habitude de tendre ce genre de piège, comme le vieux policier lui avait expliqué, l’air navré. Au moins, il ne lui avait pas mis les menottes en la conduisant au poste. Bien entendu, le procureur avait immédiatement laissé tomber la poursuite pour sollicitation, et il avait même ordonné que l’on efface toute trace de l’arrestation. Personne, et surtout pas la mairesse de la ville, ne voulait qu’une telle histoire se retrouve dans les médias.

Louise s’était rapprochée de Pascale. Au moins une fois par semaine, elles passaient du temps ensemble, assises sur les marches de pierre à l’arrière de la maison, buvant du vin. Le sujet de la sexualité de Jean-Alex finit par revenir sur le tapis, inévitablement. Pascale ne voyait plus de solution. Louise craignait qu’elle en vienne à vouloir soulager elle-même la tension sexuelle de son fils, un geste irréversible qui apporterait un lourd bagage de honte pour chacun des deux, mais qui arrivait parfois, elle le savait.

Alors, une de ces soirées qu’elles étaient seules toutes les deux avec Jean-Alex, le mari de Pascale étant comme souvent retenu au travail, Louise tendit son verre de vin à son amie en lui disant : ne dis rien, et surtout, attends ici. Elle entra dans la maison, se dirigea jusqu’à la chambre de Jean-Alex. Celui-ci fût étonné de voir revenir Louise, qui l’avait aidé à se préparer pour la nuit, un peu plus tôt. Louise éteignit toute source de lumière et ferma les rideaux. Dans ce noir complet, elle se rapprocha d’Alex, qui respirait déjà plus bruyamment. Elle lui caressa les cheveux, puis reposa sa tête sur l’épaule du garçon, tournée vers son visage qu’elle ne voyait pas du tout. Elle attendait sa réaction à lui, voulait être sûre. Cela ne se fît pas attendre : il tourna à son tour la tête vers elle, le souffle nettement plus rapide, et posa sa joue contre celle de Louise. Puis il bougea la tête pour frotter doucement sa joue contre celle de la femme. Elle glissa la main sous la couverture, la posa sur le sexe déjà très dur du jeune homme. Tu veux, lui demanda-t-elle doucement. Jean-Alex hocha de la tête affirmativement, frissonnant déjà.

Se mordant les lèvres, Louise pria silencieusement de ne pas être en train de créer une de ces blessures qui ne cicatrisent jamais totalement.

Hors ligne Deadpool

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Re : Soignante
« Réponse #1 le: 10 Juin 2022 à 22:07:17 »
En tant que soignant ....le texte , sa qualité.mais surtout son réalisme m'ont touché. Merci

Hors ligne ZagZag

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Re : Soignante
« Réponse #2 le: 12 Juin 2022 à 11:47:30 »
Salut, quelques commentaires au fil de la lecture :

Trop habituée à se faire répondre non, elle avait abandonné de telles tentatives de rapprochements.
Je trouve la formulation un peu lourde, à cause du "de telles".

elle l’avait lavé, nourri, avait posé des questions visant à s’assurer de son bon état mental
idem avec le "visant à"

Jean-Alex avait non seulement des désirs mais aussi des érections très fréquentes et très tenaces, comme tout jeune homme de seize ans. Mais aucun moyen de soulager ce besoin.
Hm, je vois pas vraiment en quoi une érection est un "besoin"  :\?
La problématique que tu évoques par la suite est bien réelle, mais je trouve que c'est une manière assez maladroite de l'introduire.

avec parfois aucune bonne solution...
Un peu lourd.

Lorsqu’enfin elle appela, Pascale répondit.
Lorsqu'elle appela enfin ?

La mairesse de la ville avait été élue sur la base d’un programme progressiste qui incluait une répression accrue des clients des travailleuses du sexe, ceux-ci étant dorénavant considérés comme des abuseurs par principe.
Je doute que la plupart des prostituées qualifient ce programme de progressiste, mais bon c'est un autre sujet... Et j'imagine que tu as choisi ce terme parce que c'est la dénomination courante. Pourquoi pas des guillemets ?

Bon le sujet est pas facile, à traiter, déjà bravo pour être allé au bout de l'écriture du texte et tout ça, j'imagine que ça a pas du être 100% une partie de plaisir.
J'avoue que je ne connaissais pas énormément le sujet, sinon de loin, donc j'ai du mal à juger la justesse du fond. Ton texte a le mérite de l'exposer sous différents angles, avec quand même un peu de subtilité, j'ai trouvé, mais il faudrait voir ce qu'en pense quelqu'un de concerné. Je pense que c'est quand même pas tout à fait approprié de voir la sexualité comme quelque chose d'absolument nécessaire (surtout à un aussi jeun âge que 16 ans). D'un autre côté, ce serait hypocrite de prétendre que l'on peut très bien s'en passer, pif paf problème réglé et tant pis pour ceux qui n'y ont pas accès. Mais je crois que c'est un problème de fond, de construction sociale de la sexualité. Reste la question matérielle de savoir ce qu'il se passe là maintenant, pour les personnes concernées, et je crois que ton texte y répond quand même un peu sous un certain angle, même si je ne suis pas sûr de le partager.

Merci pour ce texte :)
« Modifié: 12 Juin 2022 à 19:40:33 par ZagZag »
aucun : les artichauts n'ont aucun rapport avec le Père Noël. Ce ne sont pas des cadeaux et on ne peut pas faire de Père Noël en artichaut.

Hors ligne txuku

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Re : Soignante
« Réponse #3 le: 12 Juin 2022 à 12:39:02 »
Je vous invite a regarder le film " The Sessions " qui traite fort bien ce sujet- que j ai cotoye dans ma profession - masseur.................
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Helbert

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Re : Soignante
« Réponse #4 le: 12 Juin 2022 à 17:09:27 »
Merci pour les commentaires et suggestions, Zagzag en particulier.
J'aurais pu préciser, cette nouvelle est partiellement inspirée d'un témoignage qui m'a été transmis.
C'est vrai, une érection n'est pas un besoin, mais la nécessité de soulager la tension sexuelle via masturbation ou sexualité, l'est :-)

Hors ligne Cendres

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Re : Soignante
« Réponse #5 le: 12 Juin 2022 à 19:37:21 »
J'ai lut ton histoire et j'espère que mon avis ne va pas te vexer.

C'est un texte sur la sexualité des hommes tétraplégiques. Je ne suis pas spécialiste, mais je n'ai pas trop aimé la façon que tu abordes le thème. Ca parle d'inceste , d'acte sexuel avec des mineurs....

La conclusion disant que c'est la "seule " solution ne me plait pas. Je trouve un peu douteux ton texte.
Surtout que selon la logique de ton texte, il faut soulager "l'érection", alors que au bout d'un moment , naturellement, ca s'en va.

Tu aurais pu parler de la relation aux corps, la relation a l'autre.. Surtout que si on est handicapé, on a pas beaucoup de chance de trouver une femme.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Ari

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Re : Soignante
« Réponse #6 le: 13 Juin 2022 à 21:51:49 »
Bonjour,

Au fil de la lecture :

Citer
Elle n’essaya pas de l’inviter à partager son repas.
Syntaxiquement, le "Elle" renvoie au dernier nom féminin donc Noémie...
Citer
Trop habituée à se faire répondre non,
S'entendre répondre non ?
Citer
Elle prépara une assiette pour elle-même, dont elle avala le contenu avec distraction.
Je ne suis pas sûre que ça s'emploie dans ce sens-là, "avec distraction". Pourquoi pas "distraitement" ?
Citer
Le même après-midi, elle s’était occupée de Jean-Alex pendant deux heures
On peut remettre "Louise" de temps en temps au lieu de toujours "elle"...
Citer
elle l’avait lavé, nourri, avait posé des questions visant à s’assurer de son bon état mental, et vérifié l’absence d’infection visible ou d’escarres.
Voulais-tu vraiment dire "de son bon état mental" ou bien parle-t-on de son moral ? Si on parle vraiment de son état mental au sens neurologique (ou psychiatrique) du terme, peut-être peut-on ajouter ailleurs dans la liste, "avait discuté avec lui" ou qqch comme ça de moins technique et + humain ?
Citer
Le jeune homme, qui laissait pousser une petite barbe soyeuse
qui se laissait pousser ?
Citer
il développait un humour fin que Louise appréciait
:)
Citer
C’est gênant de parler de ça avec toi, ou avec quiconque, commença Pascale, en prenant une grande inspiration.
Il faudrait une ponctuation pour le dialogue : soit un tiret (demi-cadratin), soit des guillemets.
Citer
Comme bon nombre de paralysés, qu’ils soient affectés depuis la naissance, comme son fils, ou suite à un accident, la libido de Jean-Alex n’était pas touchée.
J'aime bien le choix du sujet abordé !
Citer
Et comme sa paralysie résultait d’une maladie neuronale
neurologique
Citer
Bien sûr, plus tard, il aurait des petites amies, comme tout le monde.
Cette phrase est très étrange, dans le contexte : pourquoi + tard il pourra avoir des petites amies comme tout le monde alors qu'actuellement il ne peut pas ? Je veux dire, la paralysie semble quand même une difficulté supplémentaire pour la vie romantique et sexuelle ; ou bien, si tu estimes que ça ne sera pas une difficulté plus tard, pourquoi est-ce une difficulté maintenant ? Est-ce que + tard il sait d'avance qu'il vivra dans une collectivité qui facilitera des rencontres ? Là comme ça sans autre info, ça me laisse perplexe.
Citer
Mais pour le moment, rencontrer quelqu’un lui paraît insurmontable,
On passe d'un coup du passé au présent ?? Il faut revoir la concordance des temps sur ce paragraphe.
Citer
il refuse que je l’assiste dans sa recherche d’une copine de son âge, évidemment, et il désespère, expliqua Pascale.
On passe d'un coup de la troisième personne ("son" fils) à la première ?? Il faut retravailler le paragraphe, séparer les parties qui relèvent du discours indirect (passé, troisième personne...) et mettre en forme les parties qui relèvent du dialogue (présent, première personne : aller à la ligne, mettre des guillemets).
Citer
Elle fit de son mieux pour normaliser la situation,
"normaliser" voudrait dire qu'elle modifie la situation pour la faire rentrer dans une norme ; tu veux plutôt dire "banaliser" ?
Je ne répète pas à chaque fois qu'il faut mettre en forme le dialogue etc, mais ça reste présent et gênant pour la suite du texte... :(
Citer
Mais ce n’est pas mon rôle de trouver une solution à ce problème.
:o Outch ! ça me semble violent comme réponse... Je travaille précisément dans le milieu du handicap et ça me semble nécessaire que les soignants acceptent de parler de ces sujets, même si c'est pour écouter et reconnaître leur impuissance... je trouve que le "ce n'est pas mon rôle de trouver une solution" sonne un peu froid. Ou alors, peut-être que tu peux préciser dans ta narration que la soignante n'est pas à l'aise et se rend compte qu'elle est un peu brusque ?
Citer
Parfois, les parents se refilent parfois les numéros de téléphone de personnes qui pourraient aider.
Double "parfois".
Citer
certaines de ces femmes n’étaient pas des escortes de métier mais plutôt des travailleuses du secteur de la santé qui, occasionnellement, acceptaient d’offrir ce service à leurs clients de confiance.
"clients de confiance" sonne très étrange pour le secteur de la santé... "à leurs patients les plus proches" ; "aux patients qu'elles accompagnent de longue date" ou qqch comme ça ?
Citer
Il n’y avait pas forcément eu d’acte sexuel, d’ailleurs : certains voulaient simplement la voir nue, ou l’embrasser.
J'aime bien qu'il y ait cette précision.
Citer
Comme Louise le redoutait, Pascale semblait l’avait appris,
Soit "semblait l'avoir appris", soit "l'avait appris".
Citer
La majorité des paralysés étaient des hommes,
C'est vrai ? Si oui, je l'ignorais... '-'
Citer
elle était frappée par son côté maternel.
Elle fut frappée
Citer
Elle était désespérée de la complexité de la tâche
désespérée par la complexité de la tâche
ou : désespérée devant la complexité de la tâche
Citer
Elle avait raccroché : pas question d’enrichir un pimp.
Pascale était-elle déjà familière avec le mot "pimp" ? Peut-être mettre des guillemets ou qqch comme : "comme on disait"... vu qu'avant elle précise qu'elle doit découvrir le vocabulaire etc.
Citer
Louise le rassura, le nourrit et fit le nécessaire pour l’installer dans son lit. Lorsqu’enfin elle appela, Pascale répondit.
Ici il y a encore un couac avec les pronoms... (C'est un peu chiant les règles de syntaxe, mais ici, le "elle" se rapporte automatiquement au nom qui suit pour une fois, parce qu'on dirait que c'est mis en apposition...). Proposition : "Lorsqu'enfin Louise l'appela, Pascale répondit".
Citer
comme le vieux policier lui avait expliqué,
le lui avait expliqué
Bien vu, le retournement de situation, je ne m'y attendais pas du tout...
Citer
Dans ce noir complet, elle se rapprocha d’Alex, qui respirait déjà plus bruyamment. Elle lui caressa les cheveux, puis reposa sa tête sur l’épaule du garçon, tournée vers son visage qu’elle ne voyait pas du tout. Elle attendait sa réaction à lui, voulait être sûre. Cela ne se fît pas attendre : il tourna à son tour la tête vers elle, le souffle nettement plus rapide, et posa sa joue contre celle de Louise.
Oh, côté consentement, ça me gêne beaucoup que ce soit dans le noir, presque "par surprise"... :( même si la suite compense un peu.
Citer
Se mordant les lèvres, Louise pria silencieusement de ne pas être en train de créer une de ces blessures qui ne cicatrisent jamais totalement.
pria silencieusement pour ne pas être...

Oh, la fin est très prenante... J'ai quand même un doute : elle parle de la crainte de lui causer un traumatisme, à lui ? ou bien à elle-même ?

Sur le plan littéraire, il y a encore pas mal de choses qui pourraient être clarifiées / reformulées / remises en page / améliorées. Je pense que ça vaudrait le coup de faire ce travail de correction-relecture.

Concernant le fond, j'ai apprécié le choix du sujet (qui me touche beaucoup, me fait penser à beaucoup de personnes, de situations...), le réalisme, tous les détails, les nuances proposées. Il y aurait eu d'autres aspects à évoquer peut-être : l'aide à la masturbation, y compris en impliquant l'utilisation d'objets ? (sextoys et compagnie, ça peut aider ++) Attendre l'âge de la majorité ?? (je comprends la réticence de Cendres à ce sujet). Peut-être lancer une discussion avec Jean-Alex en amont, ou bien, expliquer que c'est sa demande à lui... davantage de dialogues et d'anticipation plutôt qu'un passage à l'acte impulsif ? La dernière phrase me plaît parce qu'elle mentionne soudain la gravité de ce qui se passe et la crainte du psychotraumatisme etc. Mais c'est vrai que le reste du texte a une orientation un peu + simpliste et + mécanique... Je pense que le texte pourrait être un peu enrichi sur tous ces aspects et d'autres encore, mais dans l'ensemble, surtout si tu n'es pas toi-même concerné par le sujet d'une façon ou d'une autre (soignant / soigné / famille), je trouve qu'il y a déjà un gros effort d'empathie / compréhension / perspectivisme pour se représenter tout ce que ce thème signifie pour toutes les personnes impliquées. Merci pour ce partage.
~ Ari ~

Hors ligne Helbert

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Re : Soignante
« Réponse #7 le: 14 Juin 2022 à 05:41:43 »
Merci pour tous les commentaires intéressants, encore une fois. Vous avez fait beaucoup de bonnes suggestions sur le style. Je prendrais bientôt le temps de réviser mon texte.
Je sais qu'il y a des concepts dérangeants, sur l'inceste ou la sexualité masculine. Mais encore une fois, l'essentiel du récit correspond à des choses qui m'ont été racontées. Je n'atténuerai pas cette réalité...

Hors ligne Ari

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Re : Soignante
« Réponse #8 le: 14 Juin 2022 à 06:38:57 »
D'accord ; je ne savais pas quelle était la part de réel ou non (+ haut tu disais "partiellement"), d'où les suggestions aussi pour l'histoire.
~ Ari ~

Hors ligne Jadis

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Re : Soignante
« Réponse #9 le: 14 Juin 2022 à 08:25:45 »
Je trouve que le français est dans l'ensemble correct, avec une petite gaffe ici ou là (j'avais par exemple noté le double "parfois", mais je vois qu'Ariane l'a déjà mentionné).

Je ne sais plus si cette phrase a été mentionnée, elle ne me semble pas très correcte :

Citer
Comme bon nombre de paralysés, qu’ils soient affectés depuis la naissance, comme son fils, ou suite à un accident, la libido de Jean-Alex n’était pas touchée.

Il faudrait dire par exemple "Comme dans le cas de...", "Comme pour..." ou quelque chose d'approchant.

Pour ce qui est du fond, je n'ai rien à dire, sinon que faire des procès d'intention à un auteur parce qu'il aborde des sujets scabreux ou non conformes à la "doxa" en vigueur m'a toujours choqué. A ce compte-là, il faudrait interdire la moitié de la littérature mondiale. N'oublions pas les problèmes de Baudelaire par exemple quand il a voulu publier "Les Fleurs du mal" : tous les bien-pensants lui sont tombés dessus, alors qu'aujourd'hui on les étudie au lycée.

Par contre, pour ce qui est du style, je n'accroche pas du tout, peut-être simplement... parce qu'il n'y en a pas. Et je m'interroge sur cette tendance actuelle (apparemment) à vouloir raconter des histoires sans style, c'est-à-dire à vouloir à tout prix privilégier le fond par rapport à la forme, comme si cela suffisait. Je n'ai réussi à lire le texte qu'en diagonale, parce qu'il m'ennuyait, désolé de le dire. Je serais bien incapable de le résumer, même si j'ai compris en gros de quoi ça parlait.  A mon avis, quand on écrit, il faut essayer d'accrocher le lecteur d'une façon ou d'une autre, et sans style, ça me paraît très difficile dès que ça fait plus de quelques phrases.

Ça me rappelle ces petits films français (subventionnés, je présume) à petit budget, tournés dans une cuisine avec des acteurs quelconques, sans décor, sans musique, sans dialogues ni histoire ni situations autres que des banalités, qui ressemblent tellement au quotidien qu'on se demande pourquoi on est allé payer un ticket de cinéma pour voir ça. Quel intérêt ? Moi, si je vais voir un film (enfin, je n'y vais plus trop), c'est pour m'évader, pour voir quelque chose justement de différent de mon quotidien. En littérature, c'est pareil. Sur le thème choisi ici, on pourrait sans doute écrire une petite nouvelle, sous un angle inattendu qui intéresserait le lecteur, alors que là, ça me semble terriblement plat, et très semblable à beaucoup d'autres textes actuels évoquant d'autres sujets. Ceci étant mon opinion bien entendu.

Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
C'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe
La mort faucha les autres, braves gens, braves gens
Et me fit grâce à moi c'est immoral et c'est comme ça  (Georges Brassens)

Hors ligne Ari

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Re : Soignante
« Réponse #10 le: 14 Juin 2022 à 08:37:25 »
Citer
Pour ce qui est du fond, je n'ai rien à dire, sinon que faire des procès d'intention à un auteur parce qu'il aborde des sujets scabreux ou non conformes à la "doxa" en vigueur m'a toujours choqué. A ce compte-là, il faudrait interdire la moitié de la littérature mondiale. N'oublions pas les problèmes de Baudelaire par exemple quand il a voulu publier "Les Fleurs du mal" : tous les bien-pensants lui sont tombés dessus, alors qu'aujourd'hui on les étudie au lycée.
Je pense pas que qui que ce soit ait fait un procès au texte (et encore moins à l'auteur !) ; l'avis le + négatif est celui de Cendres mais elle l'exprime très bien comme le sien propre. Mon avis comporte à la fois des points positifs et d'autres qui à mon sens pourraient être + travaillés. A aucun moment qui que ce soit n'a parlé d'"interdire" ; on est sur un forum qui autorise et encourage la critique, ce serait chouette de ne pas se faire taxé de censeur et de bien-pensant à chaque fois qu'on critique quelque chose.
 ::)
« Modifié: 14 Juin 2022 à 08:38:58 par Ariane »
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Hors ligne txuku

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Re : Soignante
« Réponse #11 le: 14 Juin 2022 à 08:46:09 »
Bonjour

Je ne vois pas trop ce que vient faire le style - dont parle Jadis ???

Alors que j ai apprecie le cote impersonnel dont est racontee l histoire ! :)


Un sujet pas trop facile a traiter ............. :-[
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Jadis

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Re : Re : Soignante
« Réponse #12 le: 14 Juin 2022 à 09:13:41 »

Je pense pas que qui que ce soit ait fait un procès au texte (et encore moins à l'auteur !) ; l'avis le + négatif est celui de Cendres mais elle l'exprime très bien comme le sien propre. Mon avis comporte à la fois des points positifs et d'autres qui à mon sens pourraient être + travaillés. A aucun moment qui que ce soit n'a parlé d'"interdire" ; on est sur un forum qui autorise et encourage la critique, ce serait chouette de ne pas se faire taxé de censeur et de bien-pensant à chaque fois qu'on critique quelque chose.
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Je ne visais personne en particulier, c'est peut-être cette phrase qui m'a fait réagir:
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Ca parle d'inceste , d'acte sexuel avec des mineurs....

Euh oui bon, et alors ? De quoi parle Nabokov dans Lolita ? Et ça ne date pas d'hier... Et on peut trouver bien "pis" : Rimbaud, Verlaine,  Pierre Louys, par exemple... ou Louvigné du Dézert :

"(...) Gazoüillant en follet un turelututu,
Il fondist de là-haut ainsi qu’une alouëtte
Pour se venir mirer dans le trou de mon cu."

Sujet hautement sensible et suspect... mais traité d'une façon parodique qui ravit le lecteur que je suis. Ça ne veut pas dire que tout le monde doit faire pareil, simplement que c'est mieux quand il y a un style, quel qu'il soit.

Et quant à "A aucun moment qui que ce soit n'a parlé d'"interdire" ; on est sur un forum qui autorise et encourage la critique", je peux me tromper, mais il me semble bien qu'une des règles de ce forum est justement que certains sujets sont très mal vus... pas par moi, je le répète.

Pour ce qui est de l'absence de style donc, je maintiens, mais je comprends bien que certains lecteurs font fi du côté littéraire d'un texte pour ne s'intéresser qu'au fond... ce qui n'est pas mon cas, je souffrirais plutôt du défaut inverse.

Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
C'est pas moi qu'on rumine et c'est pas moi qu'on met en gerbe
La mort faucha les autres, braves gens, braves gens
Et me fit grâce à moi c'est immoral et c'est comme ça  (Georges Brassens)

Hors ligne Ari

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Re : Soignante
« Réponse #13 le: 14 Juin 2022 à 09:52:24 »
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Et quant à "A aucun moment qui que ce soit n'a parlé d'"interdire" ; on est sur un forum qui autorise et encourage la critique", je peux me tromper, mais il me semble bien qu'une des règles de ce forum est justement que certains sujets sont très mal vus... pas par moi, je le répète.

Je voulais dire que personne n'a parlé d'interdire ce texte.

Aucun sujet n'est tabou sur ce forum : c'est le message et la manière de traiter le sujet qui peuvent le rendre illégal aux yeux de la loi et/ou refusé sur ce forum : sont interdits les appels à la haine ou au crime. Si tu veux discuter de cette règle de façon générale (suggestion de titre : "Pourquoi j'adorerais échanger avec d'autres auteurs nos textes haineux respectifs"), je ne pense pas que ce fil soit le bon endroit pour le faire.

Concernant le sujet, donc : l'inceste, la pédophilie, la prostitution, les viols... tous ces sujets ont déjà été abordés par d'autres auteurs - y compris la personne que tu cites ; aucune thématique n'est censurée.
~ Ari ~

 


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