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Auteur Sujet: [Poésie, auteur] Léopold Sédar Senghor  (Lu 4148 fois)

Hors ligne Zacharielle

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[Poésie, auteur] Léopold Sédar Senghor
« le: 12 mars 2011 à 09:56:16 »
Léopold Sédar Senghor (1906 - 2001) est un homme politique sénégalais mais aussi, et surtout en ce qui nous concerne, un poète dont voici les principaux recueils :

# Chants d’ombre, poèmes, Le Seuil, 1945
# Hosties noires, poèmes Le Seuil, 1948
# Éthiopiques, Le Seuil, 1956
# Nocturnes, poèmes, Le Seuil, 1961
# Lettres d’hivernage, poèmes, Le Seuil, 1973
# Chant pour Jackie Thomson, poèmes, 1973
# Élégies majeures, poèmes, Le Seuil, 1979
# Guélowar ou prince, Le Seuil, 1948

Léopold Sédar Senghor est un poète de la négritude, notion introduite par Aimé Césaire (voir le fil d'Ambrena).  Pour Senghor, « La négritude est un fait, une culture. C'est l'ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d'Afrique et des minorités noires d'Amérique, d'Asie et d'Océanie. » Dans ses poèmes, il exprime cette culture, ou plutôt, une partie de cette culture d'Afrique qui évidemment est très riche. Je l'ai découvert en première (ça commence à dater lol), donc merci à ma prof de français. J'ai recopié les poèmes que j'aimais le plus :



Dans Ethiopiques :

"A New York"
(pour un orchestre de jazz : solo de trompette)

New York ! D'abord j'ai été confondu par ta beauté, ces grandes filles d'or aux jambes longues.
Si timide d'abord devant tes yeux de métal bleu, ton sourire de givre
Si timide. Et l'angoisse au fond des rues à gratte-ciel
Levant des yeux de chouette parmi l'éclipse du soleil.
Sulfureuse ta lumière et les fûts livides, dont les têtes foudroient le ciel
Les gratte-ciel qui défient les cyclones sur leurs muscles d'acier et leur peau patinée de pierres.
Mais quinze jours sur les trottoirs chauves de Manhattan
- C'est au bout de la troisième semaine que vous saisit la fièvre en un bond de jaguar
Quinze jours sans un puits ni pâturage, tous les oiseaux de l'air
Tombant soudain et morts sous les hautes cendres des terrasses.
Pas un rire d'enfant en fleur, sa main dans ma faim fraîche
Pas un sein maternel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni odeur.
Pas un mot tendre en l'absence de lèvres, rien que des cœurs artificiels payés en monnaie forte
Et pas un livre où lire la sagesse. La palette du peintre fleurit des cristaux de corail.
Nuits d'insomnie ô nuits de Manhattan ! si agitées de feux follets, tandis que les klaxons hurlent des heures vides
Et que les eaux obscures charrient des amours hygiéniques, tels des fleuves en crue des cadavres d'enfants.

[...]


Dans Chants d'ombres

"Nuits de Sine"

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne
A peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu'il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutant battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages perdus.

Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s'assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes
Dodelinent de la tête comme l'enfant sur le dos de sa mère
Voici que les pieds des danseurs s'alourdissent, que s'alourdit la langue des chœurs alternés.

C'est l'heure des étoiles et de la Nuit qui songe
S'accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?
Dedans, le foyer s'éteint dans l'intimité d'odeurs âcres et douces.

Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres comme les parents, les enfants au lit.
Écoutons la voix des Anciens d'Elissa. Comme nous exilés
Ils n'ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.
Que j'écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d'âmes propices
Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant
Que je respire l'odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j'apprenne à
Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil.




"Femme noire"

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux.
Et voilà qu'au cœur de l'Été et de Midi, je te découvre Terre promise, du haut d'un col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle.

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombre extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui grondes sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée.

Femme nue, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau
Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Éternel
Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.



"C'est le temps de partir"

C'est le temps de partir, que je n'enfonce plus avant mes racines de ficus dans cette terre grasse et molle.
J'entends le bruit picotant des termites qui vident mes jambes de leur jeunesse.
C'est le temps de partir, d'affronter l'angoisse des gares, le vent courbe qui rase les trottoirs dans les gares de Province ouvertes
L'angoisse des départs sans main chaude dans la main.
J'ai soif j'ai soif d'espaces et d'eaux nouvelles, et de boire à l'urne d'un visage nouveau dans le soleil
Et ne m'écartent pas des chambres d'hôtels ni la solitude retentissante des grandes cités.

Est-ce le Printemps - partir ! - cette première sueur nocturne, le réveil dans l'ivresse... l'attente...
J'écoute aérienne - plus bas la batterie des roues sur les rails - la longue trompette qui interroge le ciel.
Ou n'est-ce que le hennissement sifflant de mon sang qui se souvient
Tel un poulain qui se cabre et rue dans l'aurore de Mars ultime ?
C'est le temps de partir.

Voilà bien ton message.
Était-ce au bal du printemps que tes yeux ouverts te précédaient ?
Toi si semblable à celle de jadis, avec ton visage sarrasin et ta tête noire qui flamboie comme le sommet de l'Estérel.
Tes compagnes s'écartaient, jours laiteux d'hiver ou colombes sous les flèches d'une déesse.
Ma main reconnut ta main mon genou ton genou, et nous retrouvâmes le rythme premier
Et tu partis. C'est le temps de partir !




A vous, maintenant :)
Vous avez lu ? Vous aimeriez bien en lire un peu plus ? Vous préférez A. Césaire ? Vous découvrez ? Vous aimez bien ?
« Modifié: 08 septembre 2015 à 00:14:02 par Rain »

Hors ligne Ambrena

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Re : Léopold Sédar Senghor
« Réponse #1 le: 26 décembre 2013 à 01:39:11 »
J'ai beaucoup aimé Chants d'ombre et les Ethiopiques (je crois d'ailleurs que je n'ai lu que ces deux là), et j'aimerais bien en lire un peu plus, c'est très prenant. Quant à le comparer avec Césaire, je n'y pense même pas ; ce serait comme me demander de choisir entre de la mousse au chocolat ou de la glace à la pistache. ^^
"J’ai soudain la sensation limpide d’avoir gaspillé ma jeunesse… L’avoir vue s’échapper de mes mains comme l’anguille effrayée et m’appeler à présent sur le lierre du tombeau, où patiente depuis toujours le chant des enfants, les raisins volés…"

Roi Loth, Kaamelott, Livre V

 


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