Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Auteur Sujet: Expo Interdite  (Lu 1099 fois)

Hors ligne HasheKaa

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Expo Interdite
« le: 10 Mai 2022 à 19:43:59 »
   En posant les paumes de mes mains sur les battants froids de la double-porte, je sentis un frisson parcourir mon corps, tel un poison glacial qui se répandait dans mes artères. Avais-je vraiment envie de me retrouver là ? Avais-je vraiment l’intention de pénétrer en ce lieu ? Et surtout, qu’étais-je venu chercher ?

   Je n’avais pas réellement pris l’initiative de me rendre ici. Après tout, j’étais bien là où j’étais. Je roulais dans la nuit noire, au volant de ma fidèle voiture, sur une route droite et infinie, parsemée de nuages brumeux. Qu’est-ce qui m’entourait alors ? Des arbres ? Des champs ? Des lacs ? Des océans ? Le vide ? Je n’en avais cure. Il n’y avait alors que la Route qui importait. La Destination, je l’imaginais davantage que je la prévoyais. Seul le Voyage comptait réellement. Son but, sa finalité m’attendait en quelque azimut, au loin, au-delà du brouillard et de la pénombre sans fin.

   Mais je n’étais pas seul dans ma pérégrination. Ma passagère m’accompagnait à ce moment-là. Nous avions maintenu le silence cérémonieux de ceux qui avancent ensemble dans la Nuit. Son regard, fixant les murs brumeux et difformes qui se dessinaient dans l’air, était alors comme envoûté par le défilé d’images et de concepts dont seul son esprit pouvait en tirer quelque sens obscur.

   Et puis c’était arrivé. Sans crier gare. Sans que je puisse à aucun moment anticiper la moindre réaction. La bonne réaction.

   Les yeux de ma passagère avaient été arrachés à leur onirique contemplation et s’étaient fixés sur la route en face de nous. Son visage, jusque là dissimulé par les Ténèbres nocturnes, avait soudainement été éclairé par une vive lueur blanche. Ses pupilles s’étaient dilatées. Elle avait semblé surprise, mais paraissait reconnaître ce qu’elle était en train de voir. Que ressentait-elle à ce moment précis ? En tournant mon regard vers la source de cette clarté improbable, j’avais découvert un véhicule, pleins phares allumés, qui nous faisait face.

   D’un coup sec et précipité, j’avais enfoncé mon pied sur la pédale de frein et donné un coup de volant désespéré sur le côté droit. Le reste s’était perdu entre inconscience, secousses brutales, coups dans le corps et concert sinistre de ferraille brisée.

   Je m’étais réveillé sur la surface dure, moite et glacée du macadam à côté de ma voiture, retournée et fumante. Jetant des coups d’œil tout autour de moi, criant le nom de ma passagère, j’avais déambulé un temps dans un dédale de brume et d’obscurité.

   Et je l’avais trouvée par terre. Non loin de la portière passager de ma voiture. La clé. La clé de ma partenaire disparue. Qu’ouvrait-elle ? Je ne le savais pas encore. Et toujours aucune trace de sa propriétaire, qui restait encore sourde à mes appels incessants. Et comme si tout s’était enchainé dans une suite logique de révélations, j’avais découvert le Grand Bâtiment caché dans le brouillard. Je m’étais approché. À mesure que j’avançais, les fenêtres irradiaient de plus en plus d’une lumière chaleureuse en son intérieur, comme s’il s’éveillait pour son prochain visiteur. D’un style gothique que j’avais supposé de l’époque Victorienne, l’édifice imposant avait semblé prendre vie en face de moi. Et une force inconnue m'avait attiré à lui. Arrivé sur le perron, j’avais gravi les quelques marches et m’étais retrouvé devant cette double porte.

   J’avais hésité. J’avais fixé la clé avec crainte. Voulais-je vraiment voir ce que cette porte dissimulait ? Assurément non. En avais-je vraiment besoin ? Probablement. Avais-je peur de ce que je risquais de découvrir ? Absolument.

   Alors j’avais enfoncé la clé dans sa serrure. Et je l’avais tournée. Le cliquetis du pêne avait bruyamment glissé hors de la gâche. En posant les paumes de mes mains sur les battants froids de la double-porte, je sentis un frisson parcourir mon corps, tel un poison glacial qui se répandait dans mes artères. Avais-je vraiment envie de me retrouver là ? Avais-je vraiment l’intention de pénétrer en ce lieu ? Et surtout, qu’étais-je venu chercher ?

   Je pénétrai alors dans un hall d’entrée luxueux, illuminé par de hauts candélabres brillants. Le sol, recouvert d’un long tapis d’un rouge vif, était orné d’un parquet en bois luisant. Sur le mur d’ivoire qui me faisait face était accroché le portrait d’une enfant. Une fillette en tenue de princesse qui riait en regardant au-delà du cadre. Le sourire radieux et malicieux qui se dessinait joliment sur le visage rondelet m’attendrit. Je la reconnaissais. C’était Elle. C’était ma passagère. À ma gauche, une grande porte donnait sur une salle attenante.

   Je me rendis dans la nouvelle pièce. Des vitrines exposaient des jouets, des poupées, des disques, des balles, des jeux… L’air était imprégné d’un parfum sucré à la fraise. Une petite mélodie au piano émanait des murs. Je découvris un spectacle d’ombres chinoises qui représentait une petite fille courir dans la campagne et monter un poney. Ce que je voyais, je le connaissais déjà. Ce que mes yeux constataient concrètement, j’en avais entendu parler. J’assistais, malgré moi mais avec entrain, à une surprenante chronique de ses souvenirs. C’était sa vie à Elle.

   Je compris alors où j’avais atterri, ce que cette clé ouvrait. J’étais dans le Musée de son Histoire. L’exposition intime et privée de son existence. Par une logique qui me dépassait, je savais que je n’étais pas un intrus, j’avais été invité. J’étais ici pour découvrir plus en profondeur son parcours. De sa Naissance jusqu’à Moi. C’était tout simplement son récit qui prenait vie sous mes yeux, et j’en étais le spectateur avide de connaissances.

   La salle suivante était une représentation d’une chambre d’adolescente. Des posters obscurs tapissaient les murs, un lit aux couettes froissées trônait au centre de la pièce, une odeur âcre de tabac et d’autres substances me piquait les narines.

   J’entendis une musique étrange prendre l’ascendant sur les touches de piano. Qui montait et qui descendait, telle une inspiration suivie d’un souffle. C’était comme si le Musée respirait. Était-ce ça ? Je n’en aurais pas été étonné.

   Les salles suivantes me la présentèrent dans différents lieux. À chaque nouvelle pièce, je m’amusais à deviner quel moment de sa vie était alors mis en scène. Je reconnaissais certains épisodes grâce à un détail sur un bureau, à une note laissée en évidence sur un mur. Les anecdotes qu’elle m’avait susurrées l’espace d’un instant complice pour illustrer certaines discussions, prenaient ici une forme physique et matérielle. Je découvrais avec fierté que j’avais été une bonne oreille lors des moments de confidence et que ma mémoire était tendrement fidèle à mes sentiments.

   Je rencontrai sa mère qui lui apportait les salades de pâtes dans sa chambre lors de ses interminables soirées d’étude. Je découvris son père qui la faisait toujours jouer au ballon-prisonnier comme lorsqu’elle était gamine. Je mis enfin un visage sur ce frère surprotecteur parti faire sa vie à l’étranger, mais qui lui réservait les meilleures places pour les concerts de son groupe de musique.

   Je fus témoin des moments d’extase de sa jeunesse, des fêtes alcoolisées, des randonnées avec les camarades de promo, des cours d’équitation. Je visitai des moments parfois moins heureux, des instants de doute, des crises de colère, des scènes de larmes et de chagrin. Mais je fus surtout conquis par sa force, sa personnalité, sa façon d’être. En fin de compte, je fus simplement conquis par Elle. Elle était plus que tout ce que j’avais imaginé.

   Je me retrouvais bientôt immiscé dans son précédent couple. Malgré moi, j’assistais, salle après salle, à la naissance d’une idylle dont je ne faisais nullement partie. Je découvris alors ma passagère dodelinante, tournant en rond dans sa chambre, enjouée, souriant niaisement sur son téléphone, les yeux pétillants d’une lueur affriolante. Je contemplai enfin le premier baiser, le premier de grands émois. Je fus profondément touché par ce spectacle attendrissant. Pour une raison qui me fut inconnue, je ne ressentais nulle jalousie, ni aucun ressentiment à ces contemplations. Je connaissais déjà l’histoire. Et alors que le premier « Je t’aime » fut prononcé, que les premières projections de futur furent déclamées, je sentis presque mon cœur se serrer avec peine. Car, encore une fois, je connaissais déjà l’histoire. Et donc je connaissais déjà la fin.

   Je parcourus une suite ininterrompue de scènes de liesse, de tendresse, de romantisme et de complicité. L’une d’elles présenta ma passagère tendant ses mains jointes vers son amant. Elle paraissait heureuse et confiante. Lui paraissait bouleversé et intimidé. Car Elle tenait quelque chose dans le creux de ses paumes. Un objet brillant et doré. Je plissai les yeux et la reconnus. La clé. La clé que j’avais trouvée sur la route après notre accident. Celle qui m’avait ouvert les portes du Musée de son Passé. Je découvris en scrutant la scène que le don d’un tel artefact n’était jamais dû au hasard. Il était toujours fait dans un but bien précis : celui de l’honnêteté totale, de la transparence, de la sincérité ultime. C‘était un cadeau d’une valeur incomparable. Il représentait énormément, car tous les détails, même les plus intimes, m’étaient alors révélés. C’était une charge bien lourde alors dont je devais me montrer digne. Elle m’avait fait parvenir la clé, de manière détournée, mais toutefois volontaire. J’étais donc important à ses yeux. Et mon sang brûla dans mes veines à cette simple pensée.   

   Les salles suivantes amenèrent à la première froideur, puis aux premières disputes, aux premiers pleurs. S’ensuivirent les désormais habituelles rancœurs, les ressentiments quotidiens et les reproches de plus en plus récurrents. Les gestes doux avaient cédé leur place aux mouvements brusques. Les cadeaux auparavant offerts avec amour étaient  dorénavant fracassés contre les murs. Les étoiles brillantes dans les yeux de ma passagère s’écoulaient désormais avec peine dans les ellipses larmoyantes sur ses joues.

   Je fus l’odieux spectateur de la séparation. Elle pleura abondamment, cachée dans ses draps. Il tenta de revenir, mais elle le repoussa. Qu’étais-je censé faire de tout ça ? Je connaissais déjà ce moment de sa vie. Je ne comprenais pas pourquoi elle avait voulu que j'en sois témoin. Je savais que tout ceci permettait d’aboutir à moi, à Nous. Pourtant, je ne ressentais dès lors aucune satisfaction véritable. Alors que les larmes sur ses joues séchaient, je la vis reprendre sa vie en main et quitter sa chambre d’un pas décidé.

     Je découvris alors ma passagère dans une dynamique incroyablement énergique. Plongée dans son travail avec une vivacité d’esprit brillante et stupéfiante. Remontée telle une tigresse envoûtée avec une fougue sans bornes dans les moments festifs. Cette version de ma passagère me fascina. Peut-être même, elle m’intimida.

   Elle jouait de ses charmes avec des ombres qui l’entouraient. Je détournai les yeux, malheureusement trop tard, d’une scène où, entraînant un inconnu dans son lit, Elle le chevaucha et se laissa aller au plaisir bestial et sans lendemain. Ma gorge se noua. Ce n’était pourtant pas une surprise. J’étais indirectement au courant. Chacun vit. Chacun a un passé, son passé. Alors, je ne devrais pas avoir à ressentir quoi que ce soit, n’est-ce pas ?

   La salle suivante me présenta ma passagère tenant tête à son oppressante hiérarchie. Je fus encore une fois ébloui par sa détermination et le charisme féminin d’une lionne qui ne se laisserait jamais marcher sur les pieds. J’admirais également sa bienveillance et sa douceur lorsqu’elle tenait dans ses bras sa meilleure amie en pleurs. Je reconnaissais là ce qui m’avait touché lorsque je l’avais découverte. Ce qui m’avait séduit lorsqu’elle m’avait fixé pour la première fois.

   En passant le seuil suivant, je dus fermer mes yeux à nouveau mais il était trop tard. J’avais distingué ma passagère prenant par la main un autre consommateur sans lendemain et se dénuder pour lui. Je me précipitai vers la salle suivante. Des bruits de succion et de baisers me parvinrent aux oreilles. Mon sang se glaça.

   En pénétrant dans la pièce attenante, je perçus encore un autre homme derrière ma passagère à quatre pattes, tenue fermement par les hanches. Je fonçai à nouveau aveuglément vers la sortie à l’opposé. Je reconnus l’odeur de son parfum. C’était celui qu’elle portait le soir de notre rencontre. Et ça sentait le sexe. Et la musique avait fait place à de bruyants ébats.

   Je fonçais à travers plusieurs salles. Certains hommes revenaient parfois. Soit elle se rendait avec entrain chez eux, soit elle les invitait dans sa chambre. Sa chambre qui ressemblait dorénavant comme deux gouttes d’eau à celle que je connaissais aujourd’hui. Je distinguai notamment à un moment l’un des hommes récurrents. Et je reconnus sa voiture. C’était celle qui nous avait éblouis dans notre voyage dans la nuit noire. Qui nous avait fait sortir de la route. Et qui m’avait amené à découvrir ce musée. L’homme dévêtut et serra ma passagère contre lui, une main posée dans son dos. Elle le regarda avec envie et se mordilla la lèvre inférieure. Je reconnaissais ce visage. C’était celui qu’elle avait quand elle me regardait. Mon sang stagnant coagula dans mes veines et empoisonna mon cœur. L’image que je voyais me brûla la poitrine. Ma simple respiration incendiait atrocement mes poumons. Et tandis que l’homme s’allongea sur ma passagère et la prit sans autre préambule, qu'elle s'abandonna à la concupiscence désirée en l'enfonçant plus profondément en elle, mon corps décida de lui-même de s’animer. Je tournai la tête et quittai la scène. Que pouvais-je faire ? Intervenir ? On n’intervient pas dans le passé. Même Elle ne le pouvait plus. Et si elle en avait eu l'opportunité, l'aurait-elle fait volontairement pour changer son vécu ou simplement pour mon plaisir et m'épargner cette torture ? Au bout du compte, ses envies personnelles n'en auraient pas été si différentes. Et mon malheur égoïste, profondément enraciné dans mes synapses, n'aurait même pas vu se faner une seule de ses feuilles toxiques. Alors, on accepte. On endure. On se contente du présent. Ce qui est fait est fait. Ce qui existait est révolu. Mais alors, pourquoi cela faisait-il tant souffrir ? Ses gémissements que je ne connaissais que trop bien me parvinrent dans mon dos. Il est toujours cruel de constater que les plus belles chansons que l’on imagine siennes ont déjà été jouées pour d’autres auparavant. Mais le pire, c’était que je le savais déjà. Alors, encore une fois, pourquoi cela faisait-il tant souffrir ?

   Je ne regardai même plus les scènes que proposait le Musée. Mon cœur me faisait désormais trop mal pour endurer les mauvaises comme les bonnes choses. Le simple fait de la voir, même dans la plus banale des situations, me renvoyait à ces images nauséabondes qui me poignardaient dans l'âme. Je n’attendais que la Fin de l’exposition. J’en avais trop vu, trop entendu. Pourquoi m’avoir montré ça ? Qu’est-ce que ça m’avait apporté ? Qu’est-ce que ça m’avait fait perdre ? Les actes ont des conséquences. Mêmes ceux que l’on imagine sans lendemain, sans importance, sans enjeu. Ils peuvent toucher la personne que l’on ne connaît pas encore.

   Je jetai malgré moi un regard hagard sur le côté et me retrouvai alors face à moi-même sous un ciel étoilé de novembre. Nous en étions à la période où nous nous découvrions mutuellement. Je reconnus ses yeux pétillants et son sourire niais et timide. Oui, je les reconnus. Trop bien même.

   Je poursuivis mon chemin et constatai enfin la mention « EXIT » sur la dernière porte. Ne jetant même pas un regard sur la scène finale qui se jouait à ma droite, je poussai brusquement la porte et me retrouvai à l’air libre. La fraîcheur extérieure me frappa de plein fouet. C’était la nuit noire. Le brouillard était toujours aussi dense.

   Je m’éloignai du Musée. Je pouvais comme tous les hommes, me lancer dans l’exploration d’un pays, d’une culture, d’un peuple, d’une planète même… mais pas ça. Parfois, le brouillard n’est finalement pas si anodin.

   Sur la route, ma voiture était à nouveau sur ses quatre pneus. La carrosserie semblait intacte. Elle devrait pouvoir rouler et reprendre la route. Un véhicule, que je reconnaissais douloureusement, était quand à lui garé sur le bord de la chaussée. C'était celui que j'avais vu plusieurs fois dans le Musée lorsque ma passagère recevait ses visiteurs. Celui-là même qui m'avait ébloui et fait sortir de la route. Et entre les deux, je la vis. Elle était là. Elle remarqua alors ma présence, me fit signe et se précipita vers moi en courant. Le véhicule sur le côté la klaxonna avec entrain. Elle le regarda. Elle le reconnaissait. Un mal-être me déchira l’âme. Il klaxonna de nouveau avec insistance, l'invitant à monter. Elle l’ignora. Il partit. Elle resta. Le mal-être aussi. Mais pourquoi ?

   Alors qu’elle approchait, je perçus à ma grande surprise, derrière elle, de l’autre côté de la route, un autre Musée. Celui-ci était d’une architecture romane. Je crus même percevoir, au travers des dizaines de vitraux lointains, les détails de ma propre chambre d’adolescent, les portraits de mes anciens coups de cœur, les salles de mes instants de gloire et de mes moments de doute. Et au pied de ce Musée, je reconnaissais également plusieurs véhicules à l'arrêt, phares allumés. Ils appartenaient aux femmes ayant partagé certaines de mes errances antérieures. Tous étaient stationnés à côté de l'entrée.

   Je baissai les yeux au sol et sus déjà ce que j’allais y trouver avant même de la voir. Et mon instinct avait vu juste. Il y avait une clé. Ma clé. Brillante et argentée.

   Ma passagère me rejoignit et prit mes mains dans les siennes. Je plongeai mon regard dans ses iris, jetai un œil au musée dans son dos, et la refixai enfin. Elle nous contempla, mon mal-être et moi. Je voyais sa préoccupation et me sentais imprégné de sa douceur et de sa bienveillance à mon encontre. Toute l’empathie et la sensibilité qui l’animait. Je me haïssais alors de ressentir ce subit rejet instinctif à son égard après tout ce que j'avais vu. Ce visage qui avait dessiné son sourire le plus charmeur lorsqu'elle avait volontairement ouvert sa porte à ceux qu'elle choisissait d'inviter dans son intimité pour son simple plaisir. Ces yeux qu'elle avait tant de fois pris grand soin de maquiller pour plaire à ses visiteurs satisfaits. Ces mains qui avaient tant caressé et griffé ses amants lorsque la jouissance sans amour était parvenue à son apogée. Cette peau qui avait été injustement foulée par d'autres qu'elle décrivait pourtant aujourd'hui comme sans intérêt. Ces lèvres qui avaient été embrassées avec une passion sans sentiments. Ce corps qui s'était donné volontairement à ce que je voudrais par tous les moyens oublier. Et lorsqu’elle me demanda de lui décrire ce que je ressentais, de partager ma peine et de lui ouvrir les portes de mon âme, je sus aussitôt ce que je devais faire.

   Je donnai un furtif coup de pied dans ma clé qui disparut dans un léger tintillement dans les Ténèbres. Ma passagère voulut suivre l'origine du bruit mais je la maintins contre moi et l'empêchai de briser notre lien visuel. Du coin de l’œil, je vis alors le brouillard engloutir mon Musée et les véhicules qui l'entouraient. Tout s'évapora peu à peu dans l'abîme.

   Serrant fort ses mains en croisant mes doigts avec les siens, et voyant son regard perplexe et interrogatif, je lui répondis tout simplement qu’il n’y avait rien.
   
« Modifié: 12 Mai 2022 à 01:55:39 par HasheKaa »

Hors ligne Aponiwa

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Re : Expo Interdite
« Réponse #1 le: 12 Mai 2022 à 09:05:41 »
Bonjour HasheKaa,

Je vois que tu as posté deux textes qui n'ont pas reçus de commentaires. Je vais tenter de te dire ce que je pense de ton texte.

- Première chose : ton texte contient des passages qui pourraient choquer de jeunes lecteurs (les scènes de sexe). Dans ce cas, il faut inscrire "contenu explicite" ou quelque chose du genre dans le titre, pour prévenir les lecteurs.

- L'idée de départ est intéressante : visiter le musée de sa bien aimée, revoir son passé...
Il me manque un truc : un élément déclencheur. On comprend à la fin que c'est la voiture d'un de ses ex qui entraine l'apparition du musée. Mais pourquoi ici? Pourquoi maintenant? Et pourquoi son musée à lui apparait-il aussi?

- Je trouve ton texte très long. Tu n'es peut-être pas obligé de décrire tout cela dans son musée. Juste les éléments marquants. Par exemple, s'attarder sur ses amants de passages perd de son intérêt au bout d'un moment. On a compris qu'elle consommait des coups d'un soir, comme plein de gens, ça choque son copain, on comprend, on passe à autre chose. A ce propos d'ailleurs, tu décris très bien les éléments de sa vie quotidienne mais les éléments marquants pourraient être plus percutants. Bref, peut-être choisir les événements passés que tu relates.

- "Alors j’avais enfoncé la clé dans sa serrure. Et je l’avais tournée. Le cliquetis du pêne avait bruyamment glissé hors de la gâche. En posant les paumes de mes mains sur les battants froids de la double-porte, je sentis un frisson parcourir mon corps, tel un poison glacial qui se répandait dans mes artères. Avais-je vraiment envie de me retrouver là ? Avais-je vraiment l’intention de pénétrer en ce lieu ? Et surtout, qu’étais-je venu chercher ?"

Ce passage est redondant avec tes premières phrases. On a compris qu'on était revenu à ce moment là, les questions sont sans doute inutiles.

-" Je m’étais réveillé sur la surface dure, moite et glacée du macadam à côté de ma voiture, retournée et fumante. Jetant des coups d’œil tout autour de moi, criant le nom de ma passagère, j’avais déambulé un temps dans un dédale de brume et d’obscurité.

   Et je l’avais trouvée par terre. Non loin de la portière passager de ma voiture. La clé. La clé de ma partenaire disparue. "

Et je l'avais trouvée par terre, nous amène à la passagère ici. En fait tu parles de la clé. Peut-être revoir cette phrase.

Au final, ça se lit pas mal, malgré les longueurs. N'hésite pas à suggérer plus, tu n'as pas besoin de tout expliquer au lecteur (c'est un de mes gros défauts aussi, donc j'y pense direct).
" Je ne regardai même plus les scènes que proposait le Musée. Mon cœur me faisait désormais trop mal pour endurer les mauvaises comme les bonnes choses. Le simple fait de la voir, même dans la plus banale des situations, me renvoyait à ces images nauséabondes qui me poignardaient dans l'âme. Je n’attendais que la Fin de l’exposition. J’en avais trop vu, trop entendu. Pourquoi m’avoir montré ça ? Qu’est-ce que ça m’avait apporté ? Qu’est-ce que ça m’avait fait perdre ? Les actes ont des conséquences. Mêmes ceux que l’on imagine sans lendemain, sans importance, sans enjeu. Ils peuvent toucher la personne que l’on ne connaît pas encore."
Ici, par exemple, il n'y a peut-être pas besoin de toutes ces interrogations. Tu te poses les mêmes depuis le début.

Ton narrateur emploie un ton très détaché vis à vis de tout cela. Je n'ai trouvé aucune trace d'amour pour celle que l'on nomme "la passagère". Et à la fin, il lui cache la clé. On en ressort avec une drôle d'impression. Elle a été mise à nu pendant tout le texte, et le narrateur est resté caché derrière son dégout de la voir avec d'autres hommes.
Je ne sais pas si c'était ce que tu voulais faire passer, mais c'est ce qu'il reste.

Un dernier conseil : si tu veux que ton texte reçoivent plus de commentaires, n'hésite pas à lire et à commenter les copains. Souvent, on renâcle un peu à aider quelqu'un qui ne s'est pas investi dans le forum, on se demande toujours si cela vaut le coup ou pas.

Je te souhaite un bonne journée!  :)
« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

 


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