C'est toujours la même histoire. Un sms d'elle et il débarque. Dans maximum une heure t'es là ou tu restes sur le pas de la porte, elle l'a prévenu. Lui, il a des principes : trois minutes de retard et encore, c'est parce qu'il n'est pas très joueur ce soir. Puis trois appuis secs sur la sonnette de l'interphone. Quatre étages. Il n'est plus tout jeune. Elle lui confirme pendant que son crâne dégarni passe sous la bandoulière de son sac. Attends que je reprenne mon souffle, je vais te gober la bouche. Il n'aura qu'un tchek. Il ne s'attendait pas à plus. C'est toujours comme ça que ça commence.
La même histoire, mais là, elle a changé de marque de vin. Oui, j'étais au mariage de mon cousin… Il n'écoute pas et regarde la pile de livres à côté de la table basse. Il est bien celui-là ? Pas lu ! Celui-là ? Pas fini. Il le prend, un marque-page en tombe. C'est une carte postale du facteur Cheval qui pose devant son palais. T'y es allée ? Oui. Merci de reposer le livre sur la pile des livres que je finirai jamais. Il sourit. Pas elle. Elle avale le vin d'une gorgée, repose délicatement le pied sur un sous-verre qui a pour motif le chat en poster dans Friends. Il lui fait remarquer. C'est dans l'appart' des filles ou dans celui de Chandler et l'autre-là ? Elle le fixe, lui arrache le livre des mains. Violemment. Chut ! Elle lance le livre. Il ne l'entendra pas tomber. Elle a ses mains sur ses oreilles pendant qu'elle enfouit sa langue loin, très loin, titillant molaires et endorphines.
C'est toujours la même histoire. Toujours aussi frustrante. Ils ne savent pas quand ça commence et quand ça finit. Toujours trop court. Toujours si long.
Ils oublient tout. On ne retiendra que ça.