La jeune Kami, devenue femme, se présente à la porte principale de l’édifice administratif de la Communauté des Illuminés. Âgée de 18 ans depuis quelques jours seulement, elle est maintenant seule à décider de son destin. Cheveux noirs, lissés jusqu’aux épaules. Une coupe carrée qui lui donne un air sévère. Yeux plissés de couleur bleue, petit nez, lèvres minces, peau blanche qui laisse transparaître la bleutée de quelques veines à sa mâchoire plutôt triangulaire. Habillée d’une salopette de travail, le tissu lâche laisse à peine deviner sa silhouette svelte. Hésitante, elle regarde autour d’elle et identifie facilement toutes les caméras miniatures de contrôle avec la vision augmentée de ses lunettes électroniques. Près des portes, elle appuie son doigt sur la plaque chromée, téléversant ses données biométriques d’identification. Un écran d’accueil s’allume au-dessus de la plaque et l’informe de la salle de son rendez-vous, lui indiquant de suivre la bande rouge une fois passées les portes. Celles-ci s’ouvrent automatiquement pour la laisser entrer. Elle pénètre dans la grande halle où il n’y a personne. Elle se doute qu’on surveille le moindre de ses gestes. Caché derrière ces murs doit se trouver un système défensif. Le plancher en tuile métallique doit posséder un dispositif d’électrocution. L’alarme de son portable sonne, indiquant une tentative pour percer sa protection de réseautage informatique. Elle avance en suivant le tracé holographique devant elle, la guidant vers un ascenseur. Ses lunettes électroniques n’arrivent pas à identifier les sources de transmission de l’hologramme. Sans doute la halle est couverte par un système de brouillage sélectif, l’empêchant de scanner les dispositifs électroniques. Confiance, songe-t-elle en se faufilant dans l’ascenseur avant l’ouverture complète de la porte coulissante.
– Demoiselle Kami, lui dit une voix masculine provenant du plafond. Soyez le bienvenu au centre administratif de la Communauté. Vous avez présenté votre candidature à notre programme d’embauche pour milieu défavorisé, poursuit l’homme alors que la cabine s’arrête et sa porte s’ouvre. Vous avez suivi notre formation d’agent de relation client, précise-t-il pendant qu’elle suit une nouvelle bande holographique. Vous avez réussi avec brio, obtenant des scores bien plus que satisfaisants, continue-t-il pendant qu’elle parcourt un couloir blanc et vide. Nous confirmons par cette entrevue que nous avons accepté votre candidature formelle comme agente pour la Communauté des Illuminés, lui annonce-t-il lorsqu’elle tourne dans un deuxième corridor avec une seule porte à son extrémité. Nous avons quelques questions pour compléter le contrat, que vous savez être permanent, étant donné les investissements en votre personne de la part de la Communauté. Comprenez qu’il s’agit d’un point de non-retour, précise-t-il pendant que la porte s’ouvre automatiquement devant elle.
Kami s’arrête au pas de la porte. Consciente du geste qu’elle va commettre en le traversant. Elle a été élevée au sein d’une famille pauvre, avec peu de moyens pour la mise à jour des technologies électroniques d’amélioration des performances humaines. Elle a survécu jusqu’à ce jour en profitant de chaque occasion pour parfaire ses connaissances et ses implants. Elle a été témoin du désœuvrement de ses pairs et veut se garantir un meilleur futur. Le programme de la Communauté des Illuminés visant à trouver une main-d’œuvre désespérée pour mener un travail dénigrant pour leurs membres est sa planche de salut. Par ce moyen, elle croit pouvoir survivre dans ce monde technocrate, de performance cybernétique et d’élitisme post-humain. Elle sacrifie gros pour en contrepartie gagner encore plus à ses yeux. Elle considère ce contrat d’embauche permanent comme un investissement et une assurance pour sa survie.
– Il est encore temps de changer d’idée sans pénalité, lui confirme la voix masculine. Vous n’avez alors qu’à suivre la bande holographique pour retrouver la sortie, ajoute-t-il après un autre moment de silence. La Communauté préfère un choix volontaire et éclairé, vous pourrez postuler à nouveau si vous le désirez, poursuit-il pendant qu’elle se retourne et regarde le tracé rouge dans le corridor.
Elle hoche la tête en soufflant par le nez. Elle se décide et fait un pas dans la salle. Elle est petite, toute blanche avec, au centre, un seul siège moulé.
– Très bien, déclare la voix masculine. Veuillez prendre place sur le siège. Quelques questions, comme j’ai mentionné plus tôt, précise-t-il pendant qu’elle s’assoit. Veuillez décliner votre nom et votre âge, ceci afin de confirmer votre voix dans notre banque de données d’identification biométrique.
– Kami, 18 ans.
– Demoiselle Kami, vous n’avez pas besoin d’une attestation signée par un parent puisque vous êtes majeure. Je remarque ici, à votre dossier, d’excellentes qualités pour la profession pour laquelle vous postuler. Cependant, il y a quelques points que nous aimerions éclaircir.
– Très bien, confirme-t-elle après un moment de silence.
– Il est indiqué que vous démontrez un sang-froid largement au-dessus des normales. Il est aussi noté que vous dépassez les standards requis pour le poste en termes d’efficacité, d’atteinte de la performance, d’organisation structurée de la pensée et de vision spatio-temporelle. Croyez-vous que ces surqualifications puissent être un problème ?
– Un problème, se questionne Kami, pris par surprise. Je crois plutôt qu’il s’agit de prérequis essentiels en tant que représentante pour la Communauté, offre-t-elle comme explication après un moment de silence.
– Dans quelle mesure ? Il s’agit d’un poste de relation client et non de défense cybercriminelle, précise-t-il.
– Je ne sais pas, à vous de juger, répond-elle en levant les épaules, agacée par cette introspection de personnalité.
– Je vois. Et comment croyez-vous que votre candidature puisse permettre à la Communauté de s’épanouir ?
– Je comprends difficilement comment je peux contribuer à son épanouissement sans en être un membre, lui confie-t-elle d’une voix neutre, incrédule.
– Bien, bien, rétorque-t-il avec une trace de déception. Dernière question, pourquoi avez-vous postulé pour ce poste ?
– Je suis paumée, confie-t-elle sans détour après quelques secondes de réflexion. Votre poste me permettrait d’atteindre un niveau post-humain de base. Quelque chose que je ne pourrai jamais m’offrir dans ma condition sociale. J’ai des implants de seconde main. Je suis en risque perpétuel à une cyberattaque personnelle puisque je ne peux pas m’offrir les mises à jour essentielles. Ce poste me garantit un futur. Je serai loyale et complètement dévouée pour la Communauté puisque je suis désespérée.
– Je suis surpris par votre franchise, déclare-t-il. Veuillez attendre un instant.
– D’accord, chuchote-t-elle, angoissée. Mauvaise réponse par quatre fois, se reproche-t-elle.
– Demoiselle Kami, reprend-il au bout de quelques minutes. Au nom de la Communauté des Illuminés, j’ai le plaisir de vous annoncer que votre personne est acceptée à titre d’agente relation client, lui annonce-t-il d’un air approbateur pendant qu’elle se redresse sur le siège avec un sourire de soulagement. Je vous rappelle qu’il s’agit d’un point de non-retour. Après avoir accepté par votre signature biophysique, vous appartiendrez à l’équipe de la Communauté jusqu’à la mort. Et peut-être au-delà de celle-ci. Mais vous aurez alors l’occasion de donner votre accord, la rassure-t-il. Veuillez appliquer votre doigt sur la plaque devant vous, précise-t-il lorsqu’une ouverture apparaît sur le mur en face d’elle. Une copie du contrat permanent vous a été transmise lors de votre touche, confirme-t-il lorsqu’elle appuie la plaque. Dans quelques instants, un membre de la Communauté viendra vous chercher pour vous guider vers la salle d’opération, ajoute-t-il. J’aurai l’honneur de vous rencontrer personnellement après l’opération. Courage, termine-t-il chaleureusement.
Kami est à bout de nerfs. Elle se lève et ne peut se retenir de faire des pas dans la petite salle. La Communauté l’a accepté au poste si convoité. Elle peine à le réaliser. Elle essuie ses mains moites sur sa salopette. L’opération, songe-t-elle. Ils vont m’implanter de nouvelles technologies et cette interface spinale, poursuit-elle. Ils devront la garder consciente pour s’assurer en temps réel de la connectivité neurale. La douleur, s’inquiète-t-elle. L’ouverture de la porte la fait sursauter. Elle se retourne et voit une petite femme vêtue d’un uniforme vert de service hospitalier. Avec un sourire, elle l’invite de sa main à la suivre, sans un mot.
Après une série de corridors blancs et dénudés, elle est introduite dans une salle d’opération. Une couchette métallique à multiplaques modulaires se trouve au centre de la pièce, entourée de plusieurs moniteurs. Au-dessus, un imposant robot chirurgien aux bras multiples est suspendu au plafond. La femme lui indique de se déshabiller au complet. Kami remarque son regard approbateur qui la parcourt pendant qu’elle lui tend ses vêtements. Je ne suis plus maître de mon corps, dorénavant, il appartient à la Communauté, réalise-t-elle, souffrant d’être ainsi examinée. Elle remet aussi ses lunettes après que la femme les pointe du doigt. Cette dernière jette le tout par une trappe au mur. Elle lui serre le bras pour l’encourager. L’invitant d’une main vers la couchette d’opération. Son autre main lui effleure le dos jusqu’à une fesse, terminant le geste par une petite tape affectueuse. Après un hoquet de surprise, Kami s’avance et s’allonge sur le dos, ravalant sa fierté en prenant un air détaché. La surface froide la fait frémir, récoltant un sourire prédateur chez la femme dont le regard la parcourt à nouveau. Celle-ci lui passe tendrement des sangles à chacun de ses membres, lui caressant la peau. En passant la sangle à la taille, sa main lui effleure tendrement le bas du ventre. Elle s’approche de sa tête, la fixe au support, passe un doigt sur ses lèvres. Elle approche la bouche à son oreille.
– Courage, beauté, lui chuchote-t-elle. Je dois partir et laisser le robot t’opérer. Il y a un bouton tout près de ta main, indique-t-elle en lui caressant le bras jusqu’à sa main. Presse-le si tu es en détresse. Je serai heureuse de te venir en aide, termine-t-elle avec un léger baiser sur la joue.
La femme la quitte. Kami pousse un soupir de soulagement. Elle sent une légère piqûre à son épaule pendant que se referme la porte avec un cliquetis de verrouillage. Elle se détend malgré elle alors que des bras du robot s’activent au-dessus d’elle. Une odeur de désinfectant prend place avec la course des bras. Impuissante, angoissée, droguée, elle regarde la danse hypnotique des membres du robot opératoire. Elle le sent lui implanter des filaments flexibles sous-cutanés au bout de ses doigts. Elle ressent une légère douleur, un agacement qui vibre dans ses membres. Elle sait que l’accumulation deviendra insupportable plus tard lorsque le robot va relier tous les filaments au bas de son cou, entre ses omoplates. Elle prend de grandes respirations pour se calmer, pour éviter une accumulation d’anesthésiant qui la mettrait hors circuit trop longtemps.
***
Pendant des heures, le robot chirurgien installe des filaments et des implants. À un moment, la couchette d’opération pivote brusquement, présentant son dos au robot. Il poursuit les incisions, complétant le réseau le long de sa colonne dorsale et sa nuque. Par la même occasion, il lui rase le crâne puis y insère des filaments sous le cuir chevelu. Une fatigue physique gagne tous ses membres meurtris, sa peau est insensible. Son cerveau est empâté dans l’accumulation de signaux de douleur atténués par les calmants. La couchette se retourne à nouveau après un long moment.
Kami réalise que c’est le point de bascule. L’instant sans retour en arrière. Le robot va lui découper et lui retirer ses yeux. Il va les remplacer par des implants sophistiqués de vision numérique. Les reliant à ses nerfs otiques pour transmettre les données d’impulsions électroniques au travers d’une interface cyberbiologique afin que son cerveau puisse les interpréter. Elle voit l’instrument qui va lui charcuter ses jolis yeux s’approcher de son visage. Immobilisée, ne pouvant même pas fermer ses paupières à cause des pinces du robot, elle le sent lui fouiller les orbites. Ses larmes se mêlent à son sang aussitôt retiré efficacement par un tube d’aspiration. La charcuterie se fait proprement, sans douleur physique. Mais il y aura sans doute des séquelles psychologiques.
***
Une main la secoue légèrement. Kami s’est endormie sans le réaliser. Tout est sombre. La réalité la rattrape. Elle est aveugle. Elle sent l’abîme s’installer dans son cœur. Indifférente aux caresses de la femme pendant qu’elle l’aide à se lever et s’habiller d’un couvre-tout, lui laissant le dos dégagé. Terminer les couleurs, les voiles qui balancent au vent, le sourire des enfants et ces magnifiques couchés de soleil. Elle a laissé toutes ces merveilleuses visions en échange d’une perception numérique à la fine pointe de la technologie. C’est le prix à payer pour progresser dans cette société, songe-t-elle, m’assurer un avantage cybernétique pour le futur.
La femme la guide lentement dans plusieurs corridors. Kami entend l’écho de leur pas sur le plancher dur. Elle comprend qu’elles pénètrent dans une nouvelle salle lorsque ses pieds s’enfoncent légèrement dans une surface plus moelleuse. Dans un environnement plus feutré, la voix masculine de l’entrevue lui adresse la parole après que la porte se referme derrière elle.
– La Communauté admire votre sang-froid, votre docilité et votre courage, lui déclare-t-il avec chaleur. D’ordinaire, les personnes subissant ces opérations s’effondrent en larme et en plaintes.
– Si ma réaction a pu lui plaire, alors je n’en suis que plus satisfaite, lui déclare-t-elle d’une voix épuisée.
– Il est temps de prononcer votre sermon d’allégeance, lui confie-t-il en lui prenant les épaules et la retournant pour lui présenter son dos dénudé.
– Communauté des Illuminés, je suis prête à vous servir. Acceptez le sacrifice de ma vue en gage de notre alliance. Accordez-moi votre confiance pour que je puisse vous servir de tout mon être. Donnez-moi force et courage pour être digne de votre Communauté. Permettez-moi d'être près de vous en procédant à mon élévation pour devenir un post-humain, affirme-t-elle en sentant un instrument froid s’appuyer à son dos. Venez m'illuminer, déclare-t-elle avec conviction, le dos crispé, sachant la suite.
– Vous êtes acceptée comme agente pour la Communauté des Illuminés, déclare-t-il d’une voix forte. Voici votre baptême, vous serez dorénavant Kami773.
Une douleur atroce la frappe entre les omoplates pendant que l’homme lui insère l’interface spinale. Involontairement, elle lâche un cri de tout son souffle. Comme marquée au fer rouge, une brûlure s’intensifie et lui parcourt tous les membres, suivant les ramifications des filaments sous-cutanés. À bout de force, elle perd pied. L’homme la retient puis la prend dans ses bras. Avant de s’évanouir, Kami voit défiler devant elle une multitude de chiffres et de données, la silhouette de l’homme en filigrane.
***
Kami se réveille. Dès qu’elle ouvre les paupières, une série de chiffres, de pointeurs, de menus déroulants, de graphes et de matrices envahissent sa vue. Ils s’accumulent couche sur couche devenant un ensemble chaotique. Une sourde angoisse l’envahi puis une pointe de panique. Elle se lève d’un trait du lit, assise sur le rebord. Cherchant à tâtons des repères avec ses mains.
– Du calme, Kami773, lui dit une voix masculine qu’elle reconnaît, lui prenant doucement sa main.
– Maître Alember ? C’est toi ? demande-t-elle, soulagée de le retrouver, lui prenant à deux mains la sienne.
– Oui, chère Kami773, lui confirme-t-il avec chaleur. La Communauté m’a attitré pour te guider et te diriger dans tes nouvelles fonctions, lui précise-t-il en passant son autre main sur le crâne rasé. Je vais te trouver une perruque pour améliorer ton esthétique.
– Je suis bien heureuse que tu sois ici, lui confie-t-elle avec un de ses rares sourires.
– Je veux te dire que la Communauté se désole du harcèlement que tu as subi lors de la préparation à ton opération, lui affirme-t-il gravement. C’est un comportement inacceptable parmi nos membres. Cette personne est réprimandée. Je veux que tu le saches. La Communauté est une conscience collective de personnes cérébralement réseautées, comme tu le sais, lui explique-t-il en prenant chaque main dans les siennes. Certains membres ont des défauts, nous restons humains. Il existe des comités pour guider nos membres, leur processus n’est pas toujours instantané, aucun ne peut y échapper. Je veux prendre le temps de bien t’expliquer qu’étant maintenant une agente pour la Communauté, celle-ci a un devoir et une responsabilité envers toi, Kami773. Et n’oublie pas que tu es un serviteur, tu appartiens dorénavant à la Communauté.
– Je suis bien consciente du choix que j’ai fait en acceptant ce poste, lui confirme-t-elle avec sérieux.
– Très bien, déclare-t-il en lui serrant les mains, satisfait. Comment se porte ta nouvelle vision ?
– Je suis confuse, lui confie-t-elle en levant les sourcils, en proie à une légère panique. Je n’y vois rien, que des chiffres et d'autres données qui s’accumulent.
– Prend le contrôle, lui ordonne-t-il sévèrement. Concentre-toi, comme si tu fixais un point précis dans ton ancien champ de vision. Prends ton index, lui explique-t-il en lui présentant son doigt devant ses yeux. Fais des choix avec celui-ci dans les menus déroulants, indique-t-il en le lui laissant. Tes yeux reconnaissent l’implant de ton index qui agit comme un pointeur de sélection. En pressant ton index à ton pouce, tu peux aussi accéder à des fonctions rapides. Il y a plusieurs relais sous-cutanés que tu pourras définir toi-même.
Kami773 voit son index apparaître en silhouette semi-transparente au-dessus des données lorsqu’il entre dans son champ de vision. Gardant la tête fixe, elle promène son index devant elle et parcourt les menus. Elle clique ses choix, comme sur un clavier virtuel. Fascinée par le processus, elle voit la quantité de données diminuer et s’organiser. Elle sourit lorsqu’elle peut enfin apercevoir la silhouette en filigrane de maître Alember et la schématique linéaire de son environnement.
– C’est merveilleux, s’exclame-t-elle, radieuse. Mais que représentent toutes ces données, l’interroge-t-elle, en fronçant légèrement les sourcils, toujours fascinée.
– Quelques-unes de mes données biométriques, si tu te concentres sur moi. Diverses données numériques sur les objets connectés qui t’entourent. Tu ne peux pas intercepter les signaux de communication comme un agent du réseautage, mais tu peux examiner les boîtes de messagerie. Si tu as tous ces accès, bien sûr, précise-t-il.
– Et mon réseau sous-cutané ? s'interroge-t-elle en poursuivant son exploration.
– En parfaite condition, lui confirme-t-il fièrement. Pour le moment, on t’a installé des implants de base pour le réseautage. Un dispositif de communication infrarouge à bande étroite, pour passer des messages confidentiels. Un dispositif de cryptage multiprotocoles, dont celui spécifique et réservé pour les agents de la Communauté. Chacun de tes doigts aura un implant de fonctionnalité. Pour l’instant, tu as celui que tu utilises actuellement. Ton majeur de la main droite contient dorénavant ton dossier d’identification biométrique. À ton index de la main gauche, il y a un implant indépendant de ton réseau sous-cutané. Il contient une image limitée du contenu de ton majeur droit. C’est ce doigt que tu présentes à compter de maintenant à tout réseau public, hors de la Communauté. Son indépendance assure une protection contre les cyberattaques et la fuite involontaire de données sensibles. Il y a aussi quelques gadgets technologiques que tu découvriras toi-même. Pour l’instant, c’est l’essentiel. Avec l’évolution de tes mandats, selon la satisfaction de la Communauté à propos de ta performance et de ton efficacité, tu vas progresser et elle va t’offrir des améliorations cybernétiques. Je te propose d’aller prendre une bouchée. Tu dois reprendre des forces. Je vais t’y conduire, lui offre-t-il en présentant son bras.
Kami773 se lève avec quelques difficultés, sentant les nouveaux filaments joués sous sa peau. Elle réalise qu’elle porte le couvre-tout postopératoire. En faisant quelques pas, accrochée à son bras, une douleur lancinante persiste entre ses omoplates.
– La douleur de l’interface spinale va s’estomper dans quelques jours, lui confie-t-il en remarquant sa grimace. Un dernier détail, une décision du comité de sélection, précise-t-il. Puisque tu es agente de relation client, ta personnalité est importante pour assurer une excellente relation. Étant donné ton niveau assez extrême de sang-froid et ta franchise, tu dois porter une combinaison moulante pour adoucir ton image. C’est une combinaison intelligente et très confortable, la rassure-t-il lorsqu’elle s’arrête. Par contre, elle sera assez voyante et mettra ton corps en valeur. Le comité croit que cette apparence physique mettra un baume sur ton caractère plutôt froid.
– J’aurai les airs d’une fille de joie du quartier rouge, s’offusque-t-elle en lui chuchotant.
– Tout dépend de l’image que tu veux projeter à ton entourage, lui conseille-t-il en la forçant à reprendre la marche. Une rose peut être ravissante et menaçante selon la manière dont elle utilise ses épines.
– Je suis une rose, répète-t-elle, songeuse, se laissant mener.
Vilmon