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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » Les chevaucheurs du néant - [Tic-tac 13-02-2022]

Auteur Sujet: Les chevaucheurs du néant - [Tic-tac 13-02-2022]  (Lu 1428 fois)

Hors ligne Samarcande

  • Chaton Messager
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Les chevaucheurs du néant - [Tic-tac 13-02-2022]
« le: 13 Février 2022 à 22:36:12 »
Les chevaucheurs du néant

L’obscurité s’était infiltrée entre les persiennes baissées. Elle coulait à présent le long du mur, chassant les derniers résidus de jour et gagnait peu à peu le centre du salon, dévorant les carreaux de faïence les uns après les autres. Mathis et Tobia, serrés l’un contre l’autre sur le canapé attendaient, la faim au ventre. Cela faisait si longtemps qu’ils n’avaient pas mangé, une éternité. Leur mère était partie à la recherche de nourriture. Elle avait dit qu’elle reviendrait vite, les avait embrassés.
— Je te confie ton petit frère, avait-elle dit gravement à Mathis.

Il faisait tout à fait sombre à présent dans la pièce.
— J’ai peur Mathis, allume la lumière, souffla Tobia.
— Il vaut mieux pas. Ils pourraient nous voir.
— Qui ? demanda Tobia d’une voix effrayée.
— Tu sais bien. Les chevaucheurs du néant.

Tobia se recroquevilla sur le canapé et gémit doucement. Un frisson courut le long de l’échine de Mathis. Il les avait entraperçus une nuit d'été, alors qu’il avait ouvert les volets pour faire entrer un peu d’air. Leurs silhouettes effilochées, leurs visages de fumée sombre et cette manière qu’ils avaient de glisser le long des murs — sur les murs — se corrigea-t-il. Il n’avait pas osé en parler à sa mère le lendemain matin, elle ne se doutait sans doute pas qu'ils étaient si près, dans leur rue, mais avait tout raconté à Tobia.

— Mathis, tu crois qu’ils ont pris Maman ? demanda son petit frère.
— Non, mentit-il. Ils ne prennent pas les adultes.

Il jeta un coup d’œil à la pendule. Elle aurait déjà dû être rentrée depuis longtemps. Elle ne les avait jamais laissés seuls auparavant au crépuscule. Il repensa à son expression préoccupée lorsqu’elle les avait salués et une horrible certitude se fraya un chemin dans son esprit. Elle savait. Le visage amaigri et les yeux rougis de sa mère au petit matin prirent enfin tout leur sens. Sans doute s’était-elle usé les yeux à les épier, à veiller des nuits entières pour protéger ses enfants de leurs bras crochus.

Elle était sortie tout de même, bravant les monstres, parce qu’il le fallait. Elle n’avait pas le choix. Depuis que leur père avait disparu, ils n’avaient qu’elle au monde et elle venait de fondre dans l’obscurité, avalée peut-être par les fumées menaçantes des chevaucheurs du néant.
Mathis sentit une boule à la gorge se former. Elle ne reviendrait pas, il le savait.
— J’ai faim, dit Tobia.
Mathis tendit la main à son petit frère. Orphelin, comme lui.
— Viens.
Ils rampèrent jusqu’à la cuisine. Mathis ouvrit un tiroir lentement, pour ne pas faire de bruit et en sortit un paquet de biscuits.
— Tiens, dit-il en tendant à son petit frère un sablé.
Il en restait encore cinq. Nous aurons de quoi manger demain, songea-t-il. Ensuite…
Ensuite il faudrait sortir, se débrouiller et chercher à survivre.

Des bruits résonnèrent dans le couloir. Des pas lourds.
— Les chevaucheurs ! couina Tobia. Ils arrivent.
— Cachons-nous, murmura Mathis en tirant son petit frère tétanisé par la manche.

Le plus doucement possible les garçons rejoignirent l’espace entre le canapé et le mur et s’y blottirent.
Les pas avaient cessé. La créature était derrière la porte. Peut-être ne les avait-elle pas entendus. Mathis passa son bras autour des épaules de son frère. Tobia serrait le poing autour de son biscuit, des miettes constellaient son tee-shirt.
Ils entendirent le loquet de la porte s’enclencher et la poignée, qui grinçait toujours un peu, s’abaisser.

Tout à coup, la lumière envahit la pièce.
— Mathis, Tobia ? Où êtes-vous ? demanda une voix angoissée.
— Maman !
Une vague de soulagement déferla. Mathis bondit dans l’entrée suivi de son petit frère et se jeta dans les bras de sa mère.
Elle avait lâché au sol quatre gros sacs pleins des courses pour l’embrasser. Elle se retourna vers Tobia qui attendait son tour.
— Mais qu’est-ce que tu manges ? Mathis, gronda-t-elle, j’avais dit pas de saleté avant le dîner.
« Modifié: 13 Février 2022 à 23:32:30 par Samarcande »
«Trees are full of songs and we are not shy to seeing them.» (Elif Shafak - The island of missing trees)

Hors ligne BeeHa

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Re : Les chevaucheurs du néant - [Tic-tac 13-02-2022]
« Réponse #1 le: 13 Février 2022 à 23:05:59 »
Bonsoir Samarcande,

J'ai beaucoup aimé l'atmosphère angoissante de ton texte, rompue par la chute.
Comment les enfants fantasment un monde que le retour de la mère vient "briser", jusqu'à la prochaine sortie. :)

~

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Perhaps rain comes – if so, will you stay here with me?”

“A faint clap of thunder;
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Hors ligne Luna Psylle

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Re : Les chevaucheurs du néant - [Tic-tac 13-02-2022]
« Réponse #2 le: 14 Février 2022 à 09:29:49 »
Salut Samarcande !

Pas repéré de coquille sur la forme, me suis laissée porter par l'histoire.
Très jolie, la tension est palpable, et la chute parfaite :coeur:

En te souhaitant une bonne journée !
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then.

Hors ligne Cendres

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Re : Les chevaucheurs du néant - [Tic-tac 13-02-2022]
« Réponse #3 le: 14 Février 2022 à 14:02:25 »
Comme la fois d'avant tu as écrit vraiment un très beau texte en très peu de temps.
Tu as eu l'idée d'une histoire que je n'aurais jamais pensé.

Tu as crée un univers, des personnage, une ambiance et des enjeux. Tout cela en une heure, c'est vraiment pas mal.


"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

 


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