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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » Futur en sursis [Explicite]

Auteur Sujet: Futur en sursis [Explicite]  (Lu 4192 fois)

Hors ligne Earth son

  • Calame Supersonique
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Futur en sursis [Explicite]
« le: 31 Janvier 2022 à 10:13:24 »
Je vous livre un OVNI d'environ 10 000 mots qui traîne dans mon ordi depuis un moment
Il est politiquement incorrect et ne plaira pas forcément à grand monde, mais tant pis. Quelques passages crus à caractère sexuel m'ont fait mettre "Explicite" dans le titre.
Je le livre tel quel en chapitres à la suite. Je sais que normalement on fait ça petit à petit, mais je voulais le livrer entier.
Si quelqu'un a le courage de le lire et de me dire ce qu'il en pense (ton employé, intérêt de l'histoire, fautes éventuelles....), ça me suffira.
A votre bon coeur
Edit : je vois qu'il doit y avoir un paquet de fautes de conjugaison (imparfait /passé simple). Il fait que j'y remédie.  :)
Normalement, maintenant, c'est bon

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« Modifié: 21 Mars 2022 à 08:11:34 par Earth son »

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  • Calame Supersonique
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #1 le: 31 Janvier 2022 à 10:14:43 »
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« Modifié: 02 Février 2022 à 09:37:42 par Earth son »

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  • Calame Supersonique
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #2 le: 31 Janvier 2022 à 10:15:53 »
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« Modifié: 01 Février 2022 à 22:24:07 par Earth son »

En ligne Aponiwa

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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #3 le: 31 Janvier 2022 à 17:52:30 »
Coucou Earth Son,

Tout lu de l'ovni. C'est fluide et bien raconté. Ça m'a (encore!) rappelé du Stephen King et un épisode d'X files (la tumeur au cerveau qui donne des pouvoirs).

Je n'ai pas vu de coquille me sauter aux yeux.

Juste deux petites choses :

- Sergei est orthographié de deux façons différentes dans ton histoire.

- Dans le chapitre 5, l'entretien avec la police me chiffonne un peu.
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Voila, mais c'est des détails.

Bien aimé ton histoire, merci! :)
« Noone will know my name until it's on a stone » Eels, Lucky day in hell

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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #4 le: 31 Janvier 2022 à 18:33:58 »
Bonjour Earth son

quelques commentaires sur tes deux premiers chapitres.
Le ton de l'histoire : une ironie assez plaisante. Une fragilité dans la narration, qui crée une relation entre narrateur/ lecteur. Pas d'effet de style, pas de brillant, ce qui donne un côté réaliste.
L'intérêt de l'histoire : Peut être un trop de détachement, on s'attendrait à une introspection plus forte par rapport au diagnostic de tumeur, de la même façon par rapport à ces capacités de médium. Je m'interroge sur les médias possibles pour rendre le récit plus intrigant , plus captivant. sans trop vouloir m'insérer dans ton travail. Imaginons un instant que certaines informations ne soient pas donner par le narrateur mais par du para texte ( ce ne doit pas être le mot); par exemple : un extrait de compte rendu médical pour la tumeur. Extraits du journal pour les différents faits divers. Pour laisser de la place à la narration, à l'expression du ressenti... et donner un peu de relief.

B


[spoiler][

Forme


orthographe


Je m’appelle Jérémy et j’ai vingt-et-un ans. Si aujourd’hui je prends la plume, ou plutôt mon ordinateur portable, c’est parce que des choses étranges me sont arrivées ces derniers temps.

Pourtant on ne peut pas dire que ma vie a été un long fleuve tranquille.

Je suis le dernier de sept enfants, mais contrairement à mes six sœurs, moi, je suis en vie. Ma mère, brillante avocate en droit des affaires et mon père, brillant avocat en droit pénal se sont rencontrés sur les bancs de la FAC. Alors qu’ils approchaient du milieu de la trentaine, ils se sont dit qu’il serait peut-être temps de fonder une famille. Ma mère est tombée facilement enceinte, mais au bout de cinq mois, elle a fait une fausse couche. Ma première sœur, Elisabeth, décédait in utero. Après quelques mois pour se remettre physiquement et psychologiquement de ce drame, ma mère retomba enceinte et patatras, nouvelle fausse-couche à quatre mois et demi de grossesse. Ma deuxième sœur, Charlène, nous quittait. Ce fut ensuite le tour de Mathilde, Cassandra, Julie et Marie. Marie, elle, est la seule à avoir eu les honneurs du livret de famille puisqu’elle a vécu exactement vingt heures et trente-deux minutes.
J’imagine à peine les ravages que cela a provoqué chez mes parents. Ils envisageaient l’adoption quand j’ai pointé le bout de mon nez. Première échographie, il y avait un problème, un retard de développement de mes quatre membres, mais le gynécologue souhaitait laisser au temps la possibilité, éventuellement, d’arranger les choses ( possibilité et éventuellement . Peut être une redite). Et bam, échographie du cinquième mois, confirmation du diagnostic. Le gynécologue proposa une interruption médicale de grossesse. Ma mère refusa catégoriquement. C’était, pour elle, sa dernière chance de devenir maman, elle approchait dangereusement des quarante ans, elle n’aurait pas d’autre chance. Alors si ce petit être devait naître et survivre, elle l’accueillerait avec tout son amour. Et c’est ce qu’il s’est passé.
J’ai vu le jour un trente-et-un octobre, pour fêter Halloween. J’étais prêt : une malformation cardiaque nécessitant une opération d’urgence (la première d’une longue série), un bec de lièvre et, pour finir, deux ridicules moignons en guise de jambes. J’aurais pu faire la tournée des maisons sans déguisement pour récupérer des bonbons. Papa et maman ont préféré me garder à l’hôpital. Même pas drôle !
Par contre, j’avais deux bras bien vigoureux, des poumons tous propres (tous propre ou tout propre ?), un système digestif impeccable et des organes génitaux on ne peut plus normaux. Dieu, ou je ne sais qui, s’était juste un peu planté et avait apparemment manqué de matière première mais j’allais bien. Alors, je ne lui en veux pas trop (enfin, presque !). J’aurais pu tomber plus mal : deux parents aimants et bourrés de fric, une maison gigantesque où je peux faire la course avec Benny et une piscine. Je vous assure, une piscine à tomber sur le cul, chaude toute l’année et protégée des éléments avec sa toiture en verre. Alors, oui, j’ai la belle vie. La piscine, j’y plonge tous les jours. Dire que le vieux qui habitait cette maison avant nous ne s’y baignait presque jamais. Quel gâchis !

M’enfin, j’y plongeais tous les jours car maintenant que je suis en études, la piscine, je ne la vois que quelques rares week-end et pendant les vacances. A la place, je fais la course avec Benny dans le parc en face de chez moi, c’est déjà pas mal. Vous allez me dire : c’est qui ce Benny ? Eh bien, Benny, c’est mon meilleur ami, mon compagnon à quatre pattes, mon chien d’assistance. Je l’ai avec moi depuis quatre ans et je dois avouer que je ne sais pas trop comment je faisais sans lui avant : il m’ouvre les portes, ramasse les choses que je fais tomber par terre par inadvertance et me permet de faire des rencontres. Car il ne faut pas se mentir, être handicapé, ce n’est pas très glamour. Les gens sont gênés, les gamins ont peur ou posent plein de questions et leurs parents leur répondent « Chut ! Tais toi ! Ça ne se fait pas ! » Alors voila, vous êtes soit transparent, soit trop voyant, il n’y a pas de demi mesure. Alors Benny m’aide à briser la glace. Certains viennent me voir, me posent des questions sur Benny, le trouvent très beau… et c’est chouette. C’est vrai que Benny est très beau. C’est un golden retriever plein de poils qu’il sème un peu partout dans mon appart mais je l’aime, même s’il n’a toujours pas réussi à me chopper une petite amie. Eh oui, les filles, soit je leur fais peur, soit je leur fais pitié alors toujours rien, ceinture, nada. Pas le moindre petit baiser. J’ai vingt-et-un ans et je suis puceau. Ça craint. Même Rémi, mon meilleur ami, humain, qui est pourtant moche comme un pou l’a déjà fait. Je suis vénère. Pourquoi pas moi ? Je suis pourtant pas mal si on fait abstraction de ce qu’il y a, ou plutôt ce qu’il n’y a pas, sous la ceinture. Je suis blond, très blond avec des yeux bleu-gris, un visage plutôt pas mal et une petite cicatrice sur la lèvre, souvenir de mon bec de lièvre. J’ai deux bras de nageur olympique et un léger duvet sur le torse qui cache à peu près les différentes intrusions des chirurgiens pour réparer mon cœur en vrac, je suis plutôt bien monté et surtout je suis loin d’être con. Je vais rentrer en troisième année et je me débrouille bien. Troisième année de quoi vous allez me dire. De droit ? Comme papa maman ?  Eh bien, pas du tout. En troisième année de médecine. Je veux devenir généticien. Ça vous étonne ?

C’est pour ça qu’il y a trois mois, quand j’ai eu un mal de tête abominable, à me la cogner contre les murs et que j’ai vomi mon déjeuner, et peut-être mon petit déjeuner aussi, je me suis tout de suite inquiété. C’était quoi ça ? Des maux de tête, j’en avais eu des tas et même beaucoup ces derniers temps. Mais là… J’avais la vue brouillée, la tête qui avait du mal à tenir toute seule debout et mon coude qui ne voulait pas retenir le poids de mon torse sur l’accoudoir de mon fauteuil. J’étais mal, très mal. Antoine, mon coloc, n’a pas trop hésité, même s’il a d’abord cru que j’étais bourré. Et puis il a réfléchi. Mardi, quatorze heures, la veille d’un partiel important, ça ne collait pas. ( je ne comprends pas le « ça ne collait pas ») Direction l’hosto.
Et voilà qu’après d’innombrables promenades dans les couloirs de l’hôpital, le diagnostic tombe : tumeur cérébrale. Merde, je ne l’avais pas vue venir celle-là ! Qu’est-ce-que j’ai bien pu faire d’aussi horrible dans ma précédente vie pour mériter ça ? Parce que là, je vous le dis, pour avoir la poisse, je l’ai !
Je passe entre les mains de plein de médecins divers et variés qui m’expliquent que cette tumeur est de taille importante et que si elle grossit encore, ils ne répondent plus de rien. Ils peuvent m’opérer. Ça c’est bien. Si l’opération rate, je meurs. OK… pas cool. Si l’opération réussit, je peux m’en sortir (dix pour cent de réussite) ou bien je peux devenir aveugle, tétraplégique, paraplégique au mieux… Bon OK, je n’ai pas trop besoin du bas de mon corps, mais ma vessie et mes intestins fonctionnent très bien et j’aimerais bien, un jour, tester mon organe reproducteur qui, à première vue, va bien lui aussi. Alors, hors de question les mecs. Remballez vos bistouris. Ma tumeur et moi on rentre à la maison. Je repars avec une ordonnance d’antidouleurs et les gros yeux du chirurgien qui aurait bien aimé m’ouvrir la tête. Il me laisse ses coordonnées. Si je change d’avis…

Je n’en parle pas à mes parents parce qu’ils ont bien d’autres chats à fouetter et je repars en cours, bourré au Doliprane et au Tramadol. C’est là que les choses commencent à déraper. A la sortie des partiels, Justine, une de mes amies, se plaint de son travail. Elle ronchonne, se dit qu’elle a foiré, qu’elle est nulle... j’en passe et des meilleures. Et moi j’ai mal au crâne. C’est là que je lui sors « Ben avec ton quinze, tu ne vas pas te plaindre, quand même ! » Elle me lance un regard de travers, me dit que je n’en sais rien et que d’ailleurs, quinze, elle ne l’aura jamais. Je hausse les épaules, tire sur la laisse de Benny et pivote sur mon fauteuil. Je sais bien ce que je dis, je ne suis pas fou quand même !
J’avance de quelques mètres puis m’arrête. Ben oui, c’est vrai ça. Comment je peux savoir qu’elle aura quinze ? Je réfléchis fortement, ce qui augmente mon mal de crâne, puis abandonne. Pas grave, on verra bien.
Je reprends mon chemin puis interpelle un gars que je ne connais pas. « Attention ! Tiens-toi au mur, tu vas glisser. » Il me regarde du même air que Justine quelques minutes avant et avance d’un bon pas avant de glisser et de tomber sur le dos. Je me retourne, fronce les sourcils. Ben quoi, bien fait, je l’avais prévenu !
Et voilà, les choses étranges commençaient. J’ai tout d’abord vu des choses anodines, des toilettes sans papier sans y être entré, des boulangeries en rade de baguette aux graines, puis plus importantes, comme l’énoncé du contrôle du lendemain, un accident de piéton devant la FAC, un accident voyageur sur la ligne 1 qui m’a fait changer d’itinéraire au dernier moment et m’a évité d’être coincé dans le métro pendant une heure. Je trouvais ça normal sur le coup et beaucoup moins à froid. Mais qu’est-ce-qu’il m’arrivait ?
Alors, quand j’ai vu un accident d’avion trois jours avant qu’il n’arrive, j’ai paniqué. Qu’est-ce-que je devais faire ? Appeler le trafic aérien ? La compagnie ? Les flics ? Ne rien faire ? J’ai choisi le dernier parce que j’ai eu les foies. Oui, j’ai un peu honte de le dire, mais j’étais persuadé qu’on ne me croirait pas, qu’on me prendrait pour un dingue. Et puis d’ailleurs, moi non plus je n’y croyais pas trop alors comment aurais-je pu défendre mon bifteck ?
Et vous savez quoi ? Un avion a raté son atterrissage trois jours plus tard et a commencé à brûler. Résultat : deux morts et quinze blessés dont cinq graves. Là, devant le poste de télévision, je tremblais comme une feuille. Antoine s’est approché de moi. « Ça ne va pas, Jérémy ? C’est ta tête ? » J’ai relevé mon regard vers lui et j’ai secoué ma caboche. Non, je n’avais pas mal, j’avais juste hyper honte. Je me sentais encore plus mal que lorsque les gars se foutaient de moi à l’école parce que je n’avais pas de jambes. Pire que la première fois où une fille s’était moquée de moi quand je lui avais offert une fleur. Pire que le jour où mon fauteuil avait basculé sur une bordure de trottoir et que je m’étais retrouvé à terre au milieu de gens qui me dévisageaient, qui avec un air désolé, qui avec son portable à la main en train de me filmer, qui avec une main tendue pour m’aider à me relever. Ce soir là, je décidais de ne pas dîner mais de parcourir Paris avec Benny. Je manquais d’air. Il fallait que je trouve une solution.



2 Mes roues me menèrent dans un des quartiers chauds de la capitale. Je compris mon erreur quand je vis Benny hésiter à avancer. Que je vous explique. Benny est un chien super : courageux, dévoué et affectueux. Alors, le voir s’arrêter et hésiter à me suivre m’a fait réagir. Je levais les yeux et contemplais le « spectacle ». Plusieurs femmes plus ou moins jeunes prenaient des pauses lascives et aguichaient les passants qui, la plupart du temps, s’arrêtaient auprès de l’une ou de l’autre et repartaient avec.
« Hey, mon chou. Viens me voir. Je te ferai un bon prix. » Je compris à ce moment là que cette femme s’adressait à moi. « Oui, toi, en fauteuil ! Ça m’intéresse. Jamais fait avec un cul-de-jatte. Je vais te faire grimper aux rideaux. » Et elle partit d’un rire bruyant. Je détournais le regard et commençais à faire demi-tour, pour le plus grand plaisir de Benny quand une femme tout en jambes se dressa devant moi. « Ne l’écoute pas. Elle n’est pas respectueuse. Je suis à toi si tu veux. » Elle avait une peau couleur d’ébène et de grands yeux noirs. Elle me caressa le menton. « Toi, t’es puceau, j’en suis sûre. Je peux te montrer ce que c’est. Viens ! » Je n’arrivais pas à décrocher mon regard du sien et la suivit comme un toutou. Avec Benny, nous étions deux.
Elle m’aida à m’allonger sur le lit, me fixa son tarif puis commença à me déshabiller une fois la transaction faite. Sous ses caresses, je me mis rapidement au garde à vous. « Un jeune homme vigoureux, j’aime ça... » Elle coiffa mon membre en érection d’un préservatif et vint s’installer sur moi. Ses seins lourds se balançaient au-dessus de mon torse. Je ne pus m’empêcher de les toucher et de les caresser alors que le plaisir m’envahissait. Je me mordis la lèvre puis sentit (sentis) une décharge électrique me parcourir. Mon pénis redevint flasque. J’étais ravi… et dépucelé.
Elle se releva puis me tendit une poubelle où je me débarrassais de la capote usagée.
« Tu as été très bien. Ne doute jamais de toi. » Elle était assise près de moi et me souriait.
« Qu’est-ce-qu’il t’est arrivé ? » Je lui expliquais que j’étais né comme ça. Elle baissa la tête et alors je compris. Je la pris dans mes bras et la serra (serrais) fortement.
« Hey, mon grand, si tu veux autre chose, il faut payer ! »
« Non ! Il va vous tuer ! Il faut vous sauver ! »
Elle me repoussa.
« Mais qu’est-ce-que tu racontes ? »
« Votre proxénète, il va vous tuer ! »
« N’importe quoi ! Sergeï ne ferait jamais ça ! »
« Il sait que vous êtes enceinte. Il faut vous sauver ! »
Elle me regarda intensément, se leva et me jeta mes habits au visage.
« Va-t-en ! »
Je me rhabillais en hâte.
« Il faut vous mettre à l’abri ! Vite ! »
« Tu sembles être un gentil garçon, mais ce ne sont pas tes affaires ! »
Je regagnais mon fauteuil.
« Comment vous appelez-vous ? »
Elle hésita. Je fouillais dans ma mémoire, dans cette... vision.
« Chalendra ! Il faut vous sauver ! »
Elle me dévisagea.
« C’est lui qui t’envoie ? »
« Mais non. »
« Va-t-en ! »
Elle me poussa vers le couloir où un homme attendait.
« Je suis à toi tout de suite Fred. »
Elle ouvrit la porte et me poussa sans ménagement dans la rue.
« Dis lui qu’il ne me fait pas peur. »
« Mais… »
La porte s’était déjà refermée.
Je tambourinais jusqu’à ce qu’un petit attroupement se forme autour de moi.
« Hey gamin, va-t-en avant d’avoir des ennuis. »
Je partis aussitôt sans me retourner. Je notais le nom de la rue au passage. Je me sentais mal. Elle était en danger, j’en étais certain. Le visage tuméfié, à peine reconnaissable, cette mare de sang, ça ne pouvait être qu’elle. Avais-je le temps de l’empêcher ? Benny trottinait à mes côté. Je sentais qu’il était soulagé de quitter ce quartier. A vrai dire, il n’était pas le seul.
Dans les jours suivants je tentais de retrouver Chalendra, sans succès. Je me fis jeter de la rue par les autres prostituées. Je tentais de prévenir la police. Personne ne voulut m’écouter. Jusqu’au jour où un petit entrefilet dans le journal local me fit fondre en larmes. « Une prostituée retrouvée morte. » C’était elle, j’en étais sûr et certain.
Quatre mots… juste quatre mots pour cette femme. Quatre mots pour une vie. J’en étais écœuré. Je savais ce qu’elle avait subi : battue violemment par son proxénète, on lui avait pratiqué contre son gré un avortement sauvage qui avait très mal tourné. La mare de sang… elle s’était vidée de son sang… C’est ça qui l’avait tuée.
Je me haïssais. Pourquoi voir l’avenir si c’était pour ne pouvoir l’éviter ?

Ce soir là, Antoine me trouva un air fatigué et abattu. Il me proposa une virée dans les bars, ce que je déclinais. Il proposa un ciné. Je déclinais également. Prétextant un mal de tête carabiné, ce qui n’était pas loin de la réalité, je partis prendre une douche et me coucha ( coucher me semble t-il) sans dîner. J’étais crevé et je pensais que ma tête allait exploser. Les rêves de cette nuit là furent très bizarres. Au matin, je mis beaucoup de temps, allongé à plat dos sur mon lit, à faire le tri entre mes souvenirs, mes rêves et mes « prémonitions ». Antoine frappa doucement à la porte. Il était l’heure de se lever. Je le trouvais très maternel et protecteur avec moi depuis notre virée à l’hosto. C’était agréable et gênant à la fois. Je savais qu’Antoine était gay. J’espérais juste ne pas me faire de film…

Justine me tomba sur le râble dès mon arrivée à la FAC.
« Comment tu le savais, hein ? »
Je la regardais sans comprendre.
« Wow. T’as une sale tête. Mais quand même, pour mon quinze aux partiels, comment tu savais ? »
Je haussais les épaules avant d’entrer dans l’amphi et de m’installer à ma place, la seule en bas de l’amphi avec une petite table rétractable que je pouvais tirer au-dessus de mon fauteuil. Benny s’allongea aussitôt. Je savais qu’il resterait là sans bouger tout le long du cours.
« Jérémy ! J’ai droit à une explication ! »
Je levais les yeux au ciel puis soufflais.
« Je ne sais pas. J’ai dit ça au pif. »
« Non, tu étais sûr de toi ! Alors ? »
« Écoute Justine, je ne sais pas, c’est la vérité. C’est venu comme ça. »
Je claquais des doigts.
« Ce n’est pas une explication satisfaisante ! »
« Ben faudra t’en contenter, c’est la seule que j’ai. »
Elle partit en furie à l’autre bout de l’amphi avant de revenir plus près. Justine était quelqu’un de bien. Une vraie amie. Mais je savais qu’elle ne me lâcherait pas de sitôt pour cette histoire. Elle était tenace. J’en savais quelque chose. Un vrai pitbull. En attendant le prof, j’ouvris l’application de suivi des notes. Pour ce fameux partiel, j’avais eu douze. Vu mon état ce jour là, c’était plus que correct.

Au déjeuner, elle attaqua de nouveau au resto U.
« Jérémy. Comment tu as su ? »
Je posais ma fourchette et soufflais un bon coup.
« Tu es de mèche avec le prof ? Vous avez une combine ? Des accords ? »
Ma mâchoire inférieure dégringola de plusieurs centimètres. Ah bah ça, je n’y avais pas pensé. Je repris mes esprit et secoua la tête.
« Tu délires Justine. Pourquoi j’aurais une combine? »
« Ben, je sais pas, avec ton… Pour maintenir le taux d’infirme dans la promo ! T’es le seul après tout ! »
Ma mâchoire se crispa.
« C’est dégueulasse ce que tu dis là. Insinuer que je profite de mon handicap pour fricoter avec les profs. Tu sais la galère que ça a été pour arriver jusqu’ici ? »
Elle bafouilla des excuses.
« En plus j’ai une tumeur cérébrale qui va peut être me faire crever avant la fin de l’année ! Alors tu crois que je fricote ? Tu crois que j’ai le temps pour ces conneries ? »
J’avais parlé ou plutôt crié plus fort que je ne le voulais.
« Une tum… ? »
« Oui, alors dégage ! Je ne veux plus te voir ! »
« Je suis désolée, Jérémy... »
« Va-t-en ! »
Elle regarda tout autour d’elle et se leva d’un air contrit avant de s’éloigner. Je venais de perdre ma seule amie.
Ma vue se brouilla. Je me pris la tête à deux mains. Quelle idée de m’énerver ainsi ! Une série d’images défila dans ma tête. Un vrai bordel. Je n’y comprenais rien. Le défilé s’accélérait de plus en plus. Je gémissais de douleur. Quelqu’un me toucha le bras et le manège se mit à tourner un peu plus lentement. Les images devenaient plus nettes. Les mêmes que la première fois, mais en plus clair. Je vis Chalendra, Sergeï et une femme, un outil ensanglanté à la main : la faiseuse d’anges improvisée. Derrière eux, un avion en plein atterrissage. Le bruit de ses réacteurs et de l’explosion étaient assourdissants autant que le grincement de la carlingue sur le tarmac avec ses étincelles. Comme si je me trouvais sur le bord de la piste d’atterrissage.
Je glissais ma main dans la poche de mon sweat et sortit la boîte de Tramadol.
« Vous voulez qu’on appelle des secours ? »
Je secouais la tête et désignais la boîte d’antidouleurs.
« Combien ? »
« Un. »
J’ouvris légèrement les yeux et vis le comprimé près d’un verre d’eau. J’avalais le tout goulûment.
« Ça va aller ? »
Le sang battait moins fortement dans mes tempes. L’étau se desserrait lentement. Mon envie de vomir refluait. Je parvins enfin à tourner la tête vers ma sauveuse. Son visage était plutôt quelconque et boutonneux sous une épaisse couche de fond de teint, mais elle avait un beau sourire.
« Merci beaucoup. Ça va mieux. »
Je regardais le reste de la salle. Le temps s’était arrêté. Tout le monde était figé et me regardait. J’avalais difficilement ma salive et me redressais. Les gens se mirent à bouger. Le temps repartait.
« Merci… heu... »
« Sofia. »
« Merci Sofia. Je vous dois une fière chandelle. »
Elle sourit de nouveau. Qu’est-ce-que son sourire était joli ! J’étais vraiment en manque… Pourquoi avais-je accepté « l’invitation » de Chalendra...
« Eh bien, ce n’était rien. Bon courage. »
Elle s’éloigna pour rejoindre une tablée de trois jeunes femmes. Je regardais mon plat. Je n’avais plus très faim, mais me forçais tout de même à l’avaler. Cet après-midi, nous étions en TP, j’aurais besoin de carburant pour ne pas tourner de l’œil. Benny posa sa grosse tête sur mon bras.
« Ça va, mon grand. Ne t’inquiète pas. »
/spoiler]
« Modifié: 31 Janvier 2022 à 19:28:41 par Basic »
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Hors ligne Michael Sherwood

  • Prophète
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #5 le: 01 Février 2022 à 09:12:32 »
Bonjour Earth Son,

Vraiment excellent, tout est absolument maîtrisé, la progression, l'humour discret, le mystère de la prémonition (ça existe), les relations amicales et amoureuses du "héros" finement analysées,  ses rencontres avec des inconnus (le vieil homme), le regard des autres sur le handicap, le regard suspicieux des policiers.
Jusqu'à l'orientation sexuelle du "héros" vers les femmes noires déterminée par sa rencontre avec la 1ère femme avec qui il a fait l'amour.
C'est peut-être un travail de fiction, mais il donne un terrible sentiment de vécu tant l'ensemble du récit est juste, crédible dans les moindres détails (ex : couleur du bébé à la naissance, ce que beaucoup ignorent.)

Un petit moins du côté de la grammaire : confusion à l'écrit entre les formes du passé simple et de l'imparfait (-ais au lieu de -ai)  (sortais au lieu de sortis, attrapais au lieu de attrapai,  découpais, signais, laissais, etc..) et plusieurs fois la terminaison -a au lieu de -ai pour les verbes à la 1ère personne du passé simple. (coucha, rentra, avala, continua, contempla, me cambra, capitula.)
Pour ne pas se tromper, chaque fois qu'il s'agit d'une action : passé simple. Chaque fois qu'il s'agit d'une description, de quelque chose du décors : imparfait.
On peut aussi remplacer par des verbes d'un autre groupe que le 1er pour voir ce que ça produit  :o !

MS
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Earth son

  • Calame Supersonique
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #6 le: 01 Février 2022 à 10:09:30 »
Bonjour,

Je passe en coup de vent et reviendrai plus en détail sur vos avis et remarques.
Je vois déjà qu'il est bien accueilli, je dois avouer que je n'y croyais pas.
Par contre, j'ai fait n'importe quoi dans les conjugaisons et m'en excuse. J'ai lu, relu, rien vu et maintenant que j'ai le nez dessus, aïe aïe aïe, j'ai honte (je préfère écrire au présent, c'est plus simple  ;D).
Il va falloir que je sorte Antidote et revois tout ça.
A très bientôt
« Modifié: 01 Février 2022 à 10:14:35 par Earth son »

Hors ligne Estel

  • Tabellion
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #7 le: 01 Février 2022 à 16:03:56 »
Bonjour Earth son,

J'avais peur en lisant "ovni" et "politiquement incorrect" de tomber sur un texte auquel je ne comprendrais rien !
J'ai été bien soulagée que ce ne soit pas le cas  :mrgreen:

Je n'ai pas le courage de m'attarder sur la forme au vu de la taille de l'histoire (même si elle n'est pas si longue que ça et se lit finalement assez vite !) et des commentaires précédents.
Mais j'ai bien aimé l'histoire, et la façon dont elle est racontée. Hormis les fautes, comme l'ont dit mes camarades, le style est crédible , on a bien l'impression d'un jeune homme qui nous raconte sa vie, ce qui rend vite le récit prenant (et drôle qui plus est).
Le personnage évolue rapidement, on n'a pas le temps de s'ennuyer et envie de savoir ce qui lui arrive ! Et puis j'aime ce ton peut-être non conventionnel, mais qui donne un regard interne et décomplexé du handicap.

Voilà pour ma petite participation ^-^
« Ce que tu fais est qui tu es.
Tu es ta propre punition.
Tu deviens ton propre message. »
- Léonard Peltier

Hors ligne Basic

  • Comète Versifiante
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #8 le: 02 Février 2022 à 08:50:32 »
Bonjour Earth Son

Je reste sur mes commentaires des deux premiers chapitres, par contre celle sur le détachement du personnage, je l'enlève.

J'ai trouvé deux trois coquilles (imparfait/PS, mais vois si tu es d'accord)

B

[spoiler][[FONT=Georgia;helvetica;serif][SIZE=8,4pt]3

Je passais par le poste de police pour signer ma déclaration et rentra.  rentrai


4

Il s’approcha prudemment. Je le pris dans mes bras et lui tapota (tapotai) le dos.

Je me sortis du lit, attrapai une paire de ciseaux dans mon sac d’étudiant modèle et découpais ( découpai)le journal

5

rien

épilogue

rien non plus ( mais je ne suis pas Steve Austin)[/SIZE][/FONT]/spoiler]

Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne Earth son

  • Calame Supersonique
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #9 le: 02 Février 2022 à 14:06:29 »
Diantre, encore des fautes.
L’honneur est sauf… je les avais corrigées sur mon doc papier (sauf une) mais pas reportées sur mon doc numérique (hier soir, je commençais à fatiguer). Ouf.
J’exècre le passé simple.

Je reviens quand je trouve un peu de temps.
En tout cas, merci à tous
« Modifié: 02 Février 2022 à 14:11:42 par Earth son »

Hors ligne Zarkox

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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #10 le: 15 Février 2022 à 00:10:44 »
Bonsoir Earth son,

 Ton histoire m'a touchée, es-tu toi-même handicapé comme Jérémy ? Il y a un côté très réaliste et implacable : les désastres annoncés se déroulent, Justine ne reviendra plus, Jérémy n'en peut plus des sensations des autres en sa présence. Je crois avoir même découvert une des raisons pour lesquelles je n'attire plus grand monde en voyant la façon rudoyeuse et sarcastique qu'a Jérémy de traiter ses proches, et je t'en remercie.

 En tout cas, j'espère que tout se passe bien et te souhaite bonne suite dans ton aventure littéraire, elle a de l'avenir !  ;)
M.

Hors ligne Earth son

  • Calame Supersonique
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #11 le: 09 Mars 2022 à 15:12:19 »
Bonjour Zarkox,

Je m’aperçois que j’ai oublié de te répondre. Mille excuses.   :-[
Si mon texte t’a apporté quelques pistes de réflexion pour ta vie, j’en suis bien contente.
Pour ta question sur le handicap, eh bien, non, je n’en souffre pas. C’est donc pure invention.
Merci pour ton passage en tout cas  ;)

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #12 le: 10 Mars 2022 à 09:39:13 »
Hello !

Je passe parce que j'ai lu ton texte en vitesse hier (en vitesse car 'j'étais censée travailler).

J'ai plutôt bien aimé ; je reviendrai développer mon commentaire quand j'aurai un peu de temps ! A plus.


EDIT :

Me revoilà.

Un détail, j'ai trouvé ça bizarre d'écrire "fac" en majuscules.

Sinon, c'est un style assez direct qui convient bien à l'histoire. Ca se lit bien, ça s'enchaîne... je ne sais pas trop quoi dire de plus  :-[ Dis moi si tu veux quelque chose en particulier !
« Modifié: 10 Mars 2022 à 13:25:11 par Ambriel »
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne amelie1981

  • Scribe
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Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #13 le: 19 Mars 2022 à 12:26:56 »
Bonjour  Earth son,

Vraiment pas mal ce texte.
On a rapidement envie de connaitre la suite, je ne me suis pas ennuyée du tout en te lisant.
C'est écrit simplement mais c'est ce qui rend la lecture  fluide et accessible.
Ce commentaire n'est pas fort utile cependant, à mon sens, rien à redire sur cet écrit si ce n'est que je l'ai apprécié.


Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
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  • Ailleurs et au-delà
Re : Futur en sursis [Explicite]
« Réponse #14 le: 20 Mars 2022 à 20:36:26 »
Bonsoir Earth son, juste pour te dire que j'ai beaucoup aimé ton récit.
Bonne soirée.
Michèle

 


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