L'après
Je me réveille quelle heure est-il. Dehors janvier sourit de ses dents bleues, il fait froid mais pas assez affirment les climatologues, sourcils froncés. La tisane que je bois ne réchauffe rien et les mots que j’échange avec mon mari se cassent la gueule entre nous. On se regarde en même temps qu’on efface notre douleur. Ne reste plus grand-chose.
Dans la rue les pigeons battent de l’aile quand je passe à vélo. Je pédale comme si ça en valait la peine mais au travail, personne ne m’attend. J’ai dit que je prendrais des jours de repos, je n’ai pas précisé combien.
Je regarde les montagnes, les rayons de soleil qui se pavanent sur leurs sommets pendant qu’en bas on se les gèle. Ces montagnes, un autre jour, dans une autre histoire, il faudrait en parler. Leur beauté hors temps, hors monde, me transperce comme une promesse d’avenir. Mon avenir désormais plat. Je détourne les yeux.
Mon bureau n’a pas changé, tout y est identique à
avant. L’écran éteint de mon PC, le clavier que la femme de ménage a déplacé pour nettoyer la table. Ma tasse de café, mes stylos et l’agrafeuse que je n’utilise jamais.
Je vois d’autres choses.
Comme des tags sur les murs, des rêves que je me permettais d’esquisser sans savoir que. Son nom ce sera. Il nous faudra déménager dans un appartement plus grand. Commander une salopette. Cet été un grand chapeau pour me/nous protéger du soleil. Je ne remarque pas que je m’assieds et allume l’ordinateur ; derrière mes yeux, ce qui ne sera pas continue de projeter son ombre sur la toile de mon esprit. Mes amies et ma famille qui se réjouissent. La métamorphose que je subis, physiquement et socialement. Mon mari, ses grands yeux heureux, son oreille sur mon ventre même s’il n’y a encore rien à entendre. J’ouvre ma boîte mail, un million de nouveaux messages, des kilos de travail à reprendre mais mes muscles sont atrophiés. Mon cerveau vide. Un grand aspirateur a tout englouti. Cette espérance que nous avions, elle ne s’était jamais vraiment épanouie ailleurs que dans notre folie. Une illusion dont il a fallu se débarrasser. Ne reste que mon corps saignant, sa fonction mutilée.
Mon bureau est vide. L’avenir désert.
Je lis le premier email et entame ma réponse.