Bonjour! J'avais publié un texte, il y a quelques temps, qui donnait dans de "l'expérimental" au succès très mitigé.
Ceci est donc un texte que j'ai écrit il y a un an, mon dernier en date, un peu lyrique voire présomptueux...
J'ai ajouté des mots en arménien, géorgien, grec et latin pour séparer les parties mais je ne me souviens plus de ce qu'ils veulent dire... oups... Je les ai gardé pour l'esthétique...
Donc toutes critiques, insultes voire même compliments sont bienvenus!!
Le dernier cercle
La lune a été engloutie, les flammes emportées par les bourrasques, et le sol. Immaculé. Il est tombé, rongé par la noirceur. On ne distingue plus sa blancheur, on ne le distingue plus de la nuit. Je ne vois rien. Je ne sens rien. Mes sens se sont éteints. Ils ne valent plus rien en ce lieu. Je suis… Je ne sais pas. Ailleurs. Les choses sont différentes ici. Les valeurs ont changé. J’écris ces quelques lignes depuis ses entrailles. Recroquevillé dans son métal. Les derniers remparts dressés face à l’Au-delà. Au-delà de ma chair. Au-delà de la nuit.
Jour 1
L’atmosphère est lourde. Elle s’étend sur le nouveau monde à travers son souffle opaque. J’ai pris de quoi survivre dans la carcasse. Et les vestiges de l’ancien monde disparaissent sous la neige, enfouis avec mes peurs et ma faiblesse. J’ai commencé à marcher. Il faut que je descende. Que je retrouve ce monde enfoui sous les neiges avant que cette terre ne me consume.
Vitaly est mort. Je n’ai pour compagne que la froideur. S’incrustant à travers les tissus. M’effleurant la peau avant de la trancher. Baisant mon visage avant de le lacérer. Me susurrant cette langue enivrante à travers le blizzard. Celle de l’Homme. Celle d’avant Babel. Alors l’abandon entre ses cuisses ressemble à l’absolution. Quoi d’autre ? Que puis-je faire sinon m’abandonner ? Je peux marcher. Les choses ont changé. En ces terres d’abîme la luxure est fatale.
Vitaly avait vu les montagnes, la tempête. Il m’a dit que tout était en marche. Que le peu d’empire qu’il détenait encore lui avait été déchu. Un rocher s’avançant dans l’océan, sur le quel se fracassent les vagues sans qu’il n’en porte aucune stigmate. Tel était Vitaly. Hermétique. Un de ces stoïciens russes qui avaient confronté leurs idéaux, entassés dans les goulags, à la froide réalité sibérienne. Il avait vu sa mort dans cet avion. Dans cette tempête. Il savait. Le vent nous a fracassés contre les cimes.
Le cœur des enfers n’est pas chaud. Lucifer vit parmi les glaces. Celles qui vous brûlent plus profondément que les flammes. Celles qui dérèglent les sens, qui changent les valeurs. Celles, vénéneuses, qui paraissent rédemption. Je suis tombé bas. Ces cimes sont l’abysse des abîmes. Les sources. La fin. Me voilà dans le dernier cercle.
Jour 4
Je ne descends pas. Je stagne sur ces hauts plateaux depuis 3 jours. Je marche comme impur parmi cette blancheur immaculée. Le ciel limpide recouvrant les monts écorchés, fissurés, regorgeant de Dieu sait quoi. Il y a ce col en face. Il faut que je l’atteigne, derrière il y a la descente. Derrière il y a les hommes. J’abandonnerai la Terre pour le monde. Je les confondais. J’ai ouvert les yeux en enfer. La Terre est antérieure. Elle est originelle. Nous avons créé le monde pour affronter sa violence. J’étais légion dans le monde. Je suis seul sur Terre. Mon espèce est mon seul espoir.
Je n’ai rien à brûler. Le froid qui me mordait la chair me l’écorche une fois la nuit tombée. Je ne fais que boire de la neige et respirer de la glace. Ma bouche, mes poumons, mon corps se calcinent. J’écris malgré mes mains enquilosées car je ne peux dormir. Mes instincts me l’interdisent. Dormir est abandonner. Chaque nuit je somnole et je repars. Avec ou sans Lune. J’avance.
Jour 8
Si je n’avance pas je meurs. Ma nouvelle condition s’est imposée d’elle même. Marcher ou trépasser. Alors j’avance vers Babylone. C’est la foi qui distingue les hommes. J’ai fois en la vie, en ma vie. La vie est la civilisation. J’ai oublié l’abandon. L’absolution lubrique de la froideur. Il n’y a de rédemption que dans la somme de nos âmes. Que dans notre monde.
Il règne une chose indescriptible ici. Une âme hostile qui terrasse la faiblesse et ronge la force. Une énergie voué à se faire le fossoyeur de quiconque défiera les glaces de sa trop longue présence. Il faut que je retrouve Babylone. Demain je serai prêt à franchir le col pour descendre enfin.
Jour 11
La montée a été harassante. Le silence finit par se changer en présence. Oppressante, allant jusqu’à étouffer mes soupir. L’au-delà du col n’est que brume insondable. Mes vivres commencent à diminuer. Mes tripes commencent à me réclamer plus. Mon corps faiblit. Je ne peux me le permettre, ce lieu terrasse les faibles. Je pense tout à ce que nous avons accompli depuis l’avènement du Sumer. Nous avons pris le pas sur la Terre, je l’ai perdu. Je me raccroche aux images de cathédrales, de banquets, de boisson, de profusion, de chaleur, d’hommes, de femmes, de… A ce que je peux. Il ne me reste plus que le temps. Je ne dois pas perdre son fil. C’est dernière chose que j’ai du monde.
Jour 14
Aujourd’hui a eu lieu une des plus grandes tragédies de ma vie. J’ ai descendu le col deux jours durant, prenant garde à chacun de mes pas. Le moindre écart est tel une mort annoncée. J’ai marché encore un jour et je me suis trouvé face à cette tragédie. Une crevasse infranchissable dont on ne voit ni le fond ni la fin. Je ne suis plus sûr de rien. Plus sûr de revoir le monde, plus sûr de rejoindre l’Homme. Plus certain de vivre.
Jour X
Je ne sais pas pourquoi j’étais obsédé par les hommes. J’ai longé la crevasse pendant des jours et j’ai finis par trouver un passage. Les hauts plateaux n’en finissent pas mais je n’ai plus peur. Babylone est derrière moi. Les hommes m’ont élevé, m’ont réduit, m’ont affaibli, ont fait de moi un des leurs. Cet endroit m’a affranchi. Il n’y a point de rédemption en bas, elle est ici. En mon essence. En ce qui a survécu aux hommes, à leur monde.
Les abîmes ont terrassé ma faiblesse pour me transformer en roc. Un roc fracassé par la froideur sans qu’il n’en porte aucunes stigmates. Vitaly savait. Vitaly était un prophète. Il avait trouvé la lumière en Sibérie. Sa vie était sa vérité, sa mort son message. La peine m’accable lorsque les images de son corps mutilé me reviennent. Mais je souris en pensant qu’il s’est accompli.
Ma chair est glace parmi les glaces. Mon âme est souffle parmi les vents. Je peux dormir sans crainte. J’ai pris le pas sur le monde.
Jour X
Chaque jour est un jour X. Ils ne se distinguent pas. A quoi bon les compter ? A quoi bon les trancher ? Le présent ne se distingue pas. Chaque jour ne peut être qu’en cessant d’être.
Le passé n’est que des phrases, des pages noircies, les souvenirs informes d’un monde sénile. Le passé n’est que le présent qui a cessé d’être. Une névrose obsessionnelle des hommes qui fossoient leurs vies à travers l’Histoire. A travers les dogmes.
A quoi bon mutiler le présent ? Celui qui n’est qu’en ne cessant d’être.
Les hommes se sont approprié le temps. Ils l’ont lacéré. Il n’y a de temps ici que le soleil qui tombe. La lune qui chute. Que la lumière rejaillissant des ténèbres.
Jour X
La neige se fait plus molle, les glaces moins tranchantes. Aujourd’hui j’ai trouvé un cour d’eau. J’ai péché quelques poissons. Hier j’ai tué une bête. J’ai redécouvert le feu. Le bois réapparait. L’atmosphère se fait plus chaude. Mon corps endurci par la froideur se vivifie avec la chaleur.
Je me déplace tel un animal dans les neiges. Sans bruit comme absorbé par le silence. Je vois de nouvelles choses. J’ai déchiré le voile des hommes. Retrouvé mes instincts, ceux qu’ils avaient enfoui en moi. Leur monde me nourrissait, pansait mes plaies. Il me gardait en vie par ses chaînes. Mes instincts ont marché sur le monde. Je suis la seule condition à ma survie.
Je me demande parfois « Suis-je un animal ? ». Je l’ai cru. Mais non, je ne suis pas une bête, ni un homme. La source des enfers m’a rendu mes origines. L’essence n’a que faire du bien et du mal. Elle leur est antérieure. Mes pulsions ne se font pas mon despote. Je ne suis pas une bête. Les autres ne me régissent pas. Je ne suis pas un homme. Je suis touché par la lumière. Né des glaces originelles. Des neiges éternelles.
Je sais que les hommes vivent encore. Je sais qu’au moindre contact le monde renaîtra. Je délivrerai mon message, celui de Vitaly. Abandonner le monde vers les origines pour qu’un nouveau monde y prenne racine. Je fais de ma vie ma vérité et celle du monde nouveau né.
Jour X
J’erre sur une terre de paganisme, où l’Homme s’apparente à la roche. Une terre d’essence. Stérile aux civilisations. Vierge des mondes. Une terre antérieure à Babel. Où l’orgueil est terrassé. Où Dieu n’a pas confisqué leur natures aux hommes, où il ne les à pas divisé, où il n’a aucune prise. Une terre regorgeant de richesses s’offrant à qui aura survécu à sa faiblesse. Une terre où l’Homme devient Dieu.
Dieu est une étape humaine. Celle vers la quelle j’emmènerai les hommes. Une perception plus fine. Une conscience supérieure. Le royaume des cieux n’existe pas tant que nous ne l’auront pas crée. J’ai vu la neige s’arrêter face à l’horizon infiniment vert. C’est par là que je marche.
հավատ
C’est tout ce dont je me souviens de mon carnet. Ils ont certainement dû le brûler avec le reste.
J’avais franchi les portes des enfers. J’avais franchi le Styx. J’étais Dieu parmi les vivants. Je traversais les villages. Je leur annonçais l’avènement. Ils refusaient d’entendre. Ils refusaient d’abandonner tout ce sur quoi ils ont bâti leurs vies. Ils m’ont craché au visage mais j’ai continué. Certains ont entendu. Certains m’ont suivi. J’ai atteint Babylone. Le cœur du monde. Je disais aux hommes ce qu’ils devaient savoir. Je chassais les marchands du temple. Je rendais le sacré au sacré.
« J’ai traversé les enfers, j’ai vu les origines. J’ai vu la Terre vierge du monde, énergie pure. Tout ce que vous voyez ne sont que des les représentations pitoyables créé par votre monde. Je vous emmène aux sources. Je vous offre votre essence. » Je prêchais. Les hommes commençaient à se rassembler. Les hommes commençaient à entendre. Les militaires commençaient à les battre. Certains ont fui, d’autres sont restés. Les hordes de Babylone s’abattaient chaque jour alors je leur ai montré la voie. Vers une terre d’accueil au-delà des étendues bleues. Au-delà de la frontière. Les faibles sont restés. Les faibles se sont joins à Babylone. Nous avions notre terre, celle où ils deviendront des dieux.
« Ce monde n’a plus lieu d’être. Ce monde doit être dépassé. Ce monde doit être réduit en cendre. On vous a réduit, on vous a rendu faible, on vous a exploité. Je vous offre l’affranchissement. Venez à moi ! Nous devons retrouver l’essence. Nous devons retourner à la Terre et créer un monde nouveau, pur. Ceux de l’ancien monde seront des singes pour nous car ma voie est l’élévation. »
Chaque jour de nouveaux exilés gonflaient nos rangs. Ils se débâtaient, ils refusaient puis ils finissaient par entendre. Chaque jour ils s’approchaient de leur divinité délaissant la condition humaine. Les anciens n’étaient plus que des singes pour nous.
« Dieu est la chimère insaisissable que nos père n’ont cessé d’essayer d’atteindre. Dans la frustration de leur impuissance, ils se sont résignés à adorer l’impossible. Babel, mes amis ! C’est le symbole de leur faiblesse. Ils n’ont pu atteindre Dieu alors ils se sont soumis à son châtiment. La division, l’affaiblissement. Dieu n’est pas un être mais une étape. Mes amis, je suis Dieu. J’ai évolué, je reviens des sources. J’ai bâtit ma divinité sur ma nature avec pour ciment ma propre essence. C’est mon présent à l’humanité. L’évolution, la divinité. C’est là que je vous emmène ! »
Les hommes avaient besoin de quelque chose. Quelque chose qu’ils ne trouvaient plus dans leur Dieu. Une chose qui échappait aux capitalistes. Ils avaient besoin d’espoir, ils avaient besoin qu’on leur donne la foi. Alors ils se faisaient exilés. Ils venaient à moi. Certains se sont installés. D’autres se sont armés. Les choses devenaient claires. La société empêchait la divinisation. La société devait disparaître.
ერთგულება
Les cieux venaient de s’éclaircir, chassant les derniers échos, emportant les derniers hurlements des martyrs avec les ténèbres. La poussière retombait dans la lumière âpre, recouvrant leurs corps enfouis dans les sables. Etouffant le brasier de notre temple. « Vous n’êtes ni grand, ni immortel. Vous n’êtes pas Dieu. Vos fanatiques seront exterminés et votre corps s’évanouira avec votre mémoire en prison. » Tel furent les paroles du colonel, du haut de ses bottes entachées de sang. J’avançais, enchaîné, à travers ces Champs Catalauniques, vers les silhouettes sombres. Au-delà des cadavres, au-delà des flammes. Vers l’exil.
Un faible rayon des hauteurs parvenait jusqu’au sol suintant les âmes de ceux qui sont tombés. Suintant la mort. C’était mon Goulag. La lutte. Ma chair contre la pierre. Mon âme contre la geôle.
-Prends ma carcasse colonel, elle est à toi. Mon esprit lui survivra.
-Nous ne feront pas de vous un martyr.
J’étais en exil. Leur monde s’abattait sur moi. Il y a avait bien plus à perdre qu’en enfer ici. Redevenir un singe. Perdre la divinité. Je voyais le visage de Vitaly dans la noirceur des pierres. Il m’avait raconté. Je voyais les steppes russes. La glace. Les armes, les baraques, les barbelés. Ceux qui tombaient. Ceux qui abandonnaient. Les communistes. J’ai survécu aux abîmes. Les geôles ne sont rien. Je ne faisais rien. Le temps n’était plus que des soupes putrides, des passages à tabac et un rayon de lumière. Je voyais des choses. Je voyais la réalité se dissoudre lentement à travers mon regard. Je voyais les murs s’affaisser, les barreaux se tordre, les hurlements s’éloigner. Je voyais la noirceur dévoiler le monde.
Les choses n’ont de valeur que celle que l’on leur donne. N’existent que parce qu’on les fait exister. Mon esprit est l’unique condition de son existence. L’unique condition de la réalité. Mon corps est dispensable. Après Dieu, nous deviendrons force pure. Un esprit. Les corps s’évanouiront. Nous les aurons surpassé comme nous avons dominé les singes. Les hommes devront s’élever avant ça. Avant l’avènement immatérialiste final.
Les coups ont entamé ma chair. Ma foi a pansé mes blessures. La mort n’était rien. J’étais telle une étoile morte, propageant sa lumière à travers les ténèbres, qui ne révélerait son trépas qu’après des siècles. La lumière était mon message. Le trépas serait mon avènement.
Le temps a passé. Les soupes infectes se sont enchaînées, mes plaies ont été réouvertes. La douleur n’a eu de cesse de me tourmenter jusqu’à ce jour. Un jour de lumière vive où le vacarme envahit les couloirs. J’étais debout. Prêt pour leur châtiment. Prêt pour le martyr. La porte s’ouvrit et un garde s’écroula, le ventre entaillé, sur le sol. Le trépas de l’étoile avait été annoncé. L’avènement était proche. Nous n’allions pas retourner vers la terre du temple calciné. Nous allions prendre Babylone. Cette terre allait devenir nôtre.
επιμονή
La guerre sévissait depuis des mois. Beaucoup était mort séparé par une simple conviction. C’est la foi qui différencie les hommes.
Nous prenions des villes pour les perdre quelques jours plus tard. Nous nous repliions dans les montagnes pour reprendre les plaines. C’était sans fin. Les communistes nous avaient rejoins lorsque nous avions commencé à brûler des églises. Moscou nous envoyait des armes. Washington leur envoyait des troupes. Nous mourrions pour des routes, des fleuves, des montagnes. Car chaque crête, chaque col était rédemption pour nous et damnation pour eux. Nous étions derrière chaque pierre, chaque arbre. Sous chaque voiture, après chaque convoi. Le brouhaha de la capitale se rapprochait chaque jour jusqu’à se que l’on entrevoit ses murs. Nous mourions pour quelques mètres. Il fallait avancer. Chaque jour. Coûte que coûte. Personne n’était trop précieux. La gloire, la grandeur et l’élévation sont des empirismes. Ils se forgent dans l’expérience. Dans la douleur qui purge la faiblesse et le sang qui terrasse les faibles. Les troupes de l’élévation avait avancé jusqu’aux murs de Babylone, jusqu'à son cœur, jusqu'à ma porte. Ce jour de vacarme annonçait l’avènement.
Babylone n’était plus que l’ombre d’elle-même. Telle l’humanité après la chute de Babel. Divisée. Nous avancions vers le nord. Vers le palais présidentiel. Vers la tanière des hordes de fascistes. Nous avons vidé les geôles. Toutes les déjections de leur monde étaient avec nous.
J’errais dans le chaos. J’allais de front en front entre les murs sans toits, les balles, les flammes et les ruines. Le souffle du vent n’était plus que hurlements. Le moindre tas de brique, le moindre balcon devenaient aussi précieux qu’une montagne d’or. La nuit, la lumière des flammes remplaçait celle de la lune. Nous n’avions presque pas de médecin. L’arrière n’était qu’un mouroir sordide où les rugissements avaient remplacé les soins.
Seuls les corps en crémation perçaient l’obscurité de la nuit. Les hommes fumaient quelques dernières cigarettes, mangeaient une dernière fois, buvaient une dernière fois. Demain allait être sanglant. Nous allions prendre le palais ou mourir.
Cette nuit devait être purgatoire. Je ne pouvais pas laisser tout ce que nous avions accompli aux communistes. Je ne pouvais pas l’abandonner aux mains de Moscou. Ces hommes ne croyaient qu’en la chair. Ne parlaient que de l’homme nouveau. Un homme bâtit sur les ruines de la bourgeoisie. Un homme sans âme. Un homme désespérément humain.
Chacun de nous s’arma d’une lame. Ma main ne tremblait pas. La leur ne devez pas faiblir. Nous avançâmes vers leur tente. Tel étais la condition de l’élévation. Leur main ne trembla pas.
L’aube de cette grande journée éclaira leurs visages figés de stupeur. Réchauffant leur corps glacés qui emporteront l’homme nouveau dans leur pourriture.
virium
Le cadavre ballant du président annonçait l’avènement. Ce jour qui a pris racine dans les cimes enneigé, dans la mort de Vitaly, dans les enfers, dans le sacrifice, dans le sang, dans la foi. Babylone n’est plus.
Nous avons renommé la ville. Aeternalis, la ville éternelle de l’élévation. Nous avons élevé au rang de martyrs ceux qui avaient la foi. Nous avons plongé les autres dans l’oubli. Les statues sont tombées, les fonctionnaires parqués dans prisons et l’armée décimée. Les fosses communes ont été rouvertes. Nous étions la nature purificatrice. Nous terrassions les faibles et les réactionnaires.
J’ai pris la tête des terres, debout, sur un tas de cadavre. J’allais faire passer l’humanité au prochain stade. J’étais Dieu parmi les dieux.
nex
« Ces traitres ici présents ont tenté d’atteindre à la vie du Guide Suprême. Ces réactionnaires ont essayé d’enrayer la Grande Révolution. Ces chiens le paieront de leur vie ! ». Leur corps suspendus n’était plus que de lointaines silhouettes sombres, dévorées par le rouge crépuscule. C’était le cinquième attentat. J’étais impuissant. Les cuisses des femmes me donnaient la nausée. Les hommes me donnaient la nausée. Ils étaient faibles. Immobiles. Ils me donnaient de l’alcool, ils m’envoyaient des putes. Ils essayaient de me tuer. Mon espèce ne m’a pas suivi. J’étais Dieu parmi des singes.
Chaque soir, ils me gavaient de mangeailles. Chaque soir j’étais ivre, seul, à leur table. Ils ne disaient rien. Jamais. Ils le savaient. Ils savaient que je les aurais tués. Tous autant qu’ils sont. « Vous n’êtes qu’une bande de singes ! Je suis Dieu ! Vous auriez pu être Dieu mais l’élévation vous dépasse. Vous ne voulez que du fric ! Une fois que vous m’aurez eu vous deviendrez les putes de Washington ou Moscou. Je ne vous laisserez pas détruire l’œuvre de ma vie. Je vous tuerai tous autant que vous êtes. Honorez-moi ! »
L’alcool consumait mon corps. Mais je les voyais. Mon espèce. Faible. Leur élévation n’était que chimère. Ils n’y a rien à attendre d’un gouvernement. Pas de liberté et encore moins d’élévation. La liberté s’arrache et l’élévation se révèle aux dignes.
Je devais faire disparaître ce pays, le faire redevenir nature. Le ramener aux sources. Le faire redevenir Terre en le purgeant du monde. Je ne suis pas allez assez loin. Nous n’avons fait que remplacer les fascistes. Ces macaques avides de pouvoir. Le gouvernement sera liquidé. Les centrales électriques sauteront. Les banques seront mises à sac. La nature choisira les dignes.
J’ai escaladé les noires parois des enfers. J’ai survécu ; cercle par cercle. J’ai échoué dans les limbes. Un endroit poussiéreux. Indéterminé. Entre les enfers et le monde. Un endroit de mort. Un endroit de fin.
Moscou a pris le pays. L’homme neuf socialiste contre le surhomme. L’immobilisme de la masse contre l’élévation des dignes.
-C’est l’heure.
-Oui
Ils m‘ont trainé à travers les couloirs de pierre noires, la foule assoiffée de mon sang, les chemins de terre poisseuse. Tout était en moi, je l’avais perdu. Le pouvoir m’a rendu faible mais les geôles communistes m’ont purifié. Ma chair est prête à se rompre mais j’ai trouvé la paix. La lumière âpre m’aveuglait. « Ce tyran responsable de la mort de tant des nôtres ». La corde m’écorchait le coup. J’ai enfin compris Vitaly. Je ne suis Dieu que par la force de ma volonté. Que par la pureté de mon âme. Tout est en moi et en chacun de mon espèce. Dieu ne regarde que moi. Dieu n’est pas pour mon espèce, Dieu est pour moi. La mort m’élèvera. « Aujourd’hui est un jour historique ! La république populaire est proclamée et un tyran est mort ! ».