M.X. s’apprêtant à retrouver une amie (près de vingt ans déjà qu’ils ne s’étaient vus) s’imaginait contre toute logique qu’elle n’aurait guère changé.
Quand il ouvrit il ne la reconnut qu’à peine, mais se reprenant vite, il esquissa un sourire et la fit entrer.
Son amie, néanmoins, eut le temps de voir son hésitation :
— J’ai tellement changé, lui demanda-t-elle ?
— Non, non, bafouilla-t-il, ce n’est pas cela, mais pris de court il ne sut qu’ajouter.
Ces retrouvailles furent pénibles, ils s’attendaient tous deux à une fête et ce fut une corvée. Les souvenirs qu’ils échangèrent étaient forcés, tout sonnait faux, leurs rires finissaient en grimaces, pourtant au milieu de cette déconvenue se produisit un petit miracle : manquant de renverser sa tasse, un court instant, il revit sur son visage une expression qu’il avait tant aimée, troublée et à la fois moqueuse, tout comme quand il lui disait qu’elle était belle.
Ainsi qu’il convient en pareil cas, ils décidèrent de se revoir prochainement, sachant parfaitement qu’il n’en serait rien.