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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Bout du monde

Auteur Sujet: Bout du monde  (Lu 1287 fois)

Hors ligne RomainD

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Bout du monde
« le: 09 Décembre 2021 à 18:54:49 »
La dame de la résidence étudiante disait :
« Vous serez près de l’école ici, à dix minutes à pied, c’est très pratique. Nous sommes entourés d’arbres morts, c’est très agréable. Aussi, la station d’épuration. Et puis la caserne de pompiers. Et puis rien. Absolument rien. Le vide. Tout autour, le vide ! Vous serez tranquille ici. Oui. Il y a la grisaille aussi, car nous n’avons pas de ciel bleu hélas. En revanche, quelques étudiantes étrangères. Vous aimez ça ? Vous pourrez les baiser si vous voulez. Quelques Indiennes, quelques Chinoises. Et évidemment des Françaises. Tenez, rien que ce matin, une petite rousse, elle avait une bien jolie bouche. Imaginez ce qu’elle pourrait faire. Ah. Mais peut-être n’aimez-vous pas ça. Enfin. Un service de laverie pour vos vêtements aussi, autrement les autres sont à 20 minutes, et quand il pleut c’est pénible, et il pleut souvent. Ça vous coûtera cinq euros, vous aurez un petit jeton comme celui-là et vous n’aurez rien d’autre à faire. Vous aurez internet aussi, une petite box, mais la connexion sera mauvaise, tellement mauvaise que vous irez très vite la rechercher ailleurs, dans les cafés, les bibliothèques, ou à votre école, j’imagine qu’il y aura le wifi là-bas, à 10 000€ l’année... Enfin, c’est compris dans le prix, la connexion. Le soir, vous n’oublierez pas vos clés surtout, car il n’y aurait personne pour vous ouvrir autrement. En été ce ne serait pas problématique, vous passeriez la nuit à la belle étoile, ce serait magnifique, mais en hiver il commencera à faire froid, et ce serait idiot de mourir frigorifié. Vous passerez des couloirs obscurs, une lumière verdâtre en éclairera certains mais pas sur toute leur longueur, vous traverserez le silence, et vous arriverez devant cette porte anonyme. Ce sera votre chambre. Dedans il y aura des mauvaises chaises qui vous feront mal au dos, il y aura ce petit bureau où vous mettrez votre ordinateur quand vous souhaiterez regarder de la pornographie. Il fera sombre dans cette chambre, très sombre, elle n’est pas exposée sud hélas. Il y aura quand même cette terrasse, où vous aurez la vue sur nos arbres morts, sur quelques préfabriqués parsemés ça et là, deux lampadaires à la lueur orangeâtre, et cette petite route où personne ne passe. Non, personne ne passe jamais sur cette petite route. Nous sommes au bout du monde. Dans un havre de paix. Le paradis. Il y aura aussi cette douche étroite, intime dirons-nous, qui n’évacuera l’eau que difficilement et vous obligera à patauger dans le savon l’eau et les miasmes et nécessitera que vous en expurgiez les cheveux et les poils accumulés toutes les fois où vous l’utiliserez, mais vous vous y habituerez car en sortant vous verrez votre joli reflet dans ce miroir surplombé d’une lumière plastique et vous fermerez toujours la porte en sortant pour ne pas que la puanteur de cette salle de bain ne vienne constamment chatouiller vos narines. Une fois, on viendra frapper à votre porte, ce sera votre voisin imbécile qui cherchera à noyer sa solitude dans la vôtre et vous proposera pour cela d’aller « boire un coup » et qui le soir même vous abandonnera pour la première « pétasse » venue. Alors vous rentrerez seul dans le froid et le noir et vous parcourrez ce doux chemin que je vous ai présenté plus tôt et lorsque la lueur malade des lampadaires vos uniques compagnons sur cette route morte viendra caresser votre visage vous vous demanderez ce qui a bien pu arriver pour que vous soyez ici, mais vous ne trouverez pas de réponse, car il n’y en aura aucune. Alors vous traverserez ces dédales silencieux, vous resterez immobile plusieurs minutes durant au beau milieu de ces couloirs muets en attendant la vie, mais la vie ne viendra jamais et vous resterez seul avec le grésillement triste d’une lampe lointaine. Vous insérerez la clé dans votre porte en toc et sans allumer la lumière blafarde qui vous accablerait vous vous déshabillerez en ne pensant à rien et vous vous coucherez dans ce lit double bien trop grand pour vous tout seul et hébété de tout désespéré de votre solitude et de votre impuissance même à saisir ce qui vous arrive alors vous vous endormirez, et, sans le savoir, à travers le néant de vos rêves inexistants, vous souhaiterez ne plus jamais vous réveiller. Ne plus retourner dans l’abysse. Disparaître. Sans douleur. »

Hors ligne Basic

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Re : Bout du monde
« Réponse #1 le: 09 Décembre 2021 à 19:22:07 »
Bonjour Romain,

J'ai aimé ce texte. Je vais faire mon sérieux. Il me semble que tu atteins ici une sincérité que tes autres textes n'approchaient pas, il ne s'agit pas d'intimité mais de justesse. Les textes précédents, toujours très bien écrits, ressassaient un peu l'anecdote ( avec de beaux passages bien évidemment).
Mon commentaire vaut ce qu'il vaut bien entendu.

Quelques remarques au fil

B

[spoiler][De ce texte énigmatique je retiens sa mélancolie.
Sa mélancolie crasse.
Le cynisme aussi, la friction du vocabulaire parfois crade et de cette syntaxe toujours élégante.


Forme
fond

La dame de la résidence étudiante disait :
« Vous serez près de l’école ici, à dix minutes à pied, c’est très pratique. Nous sommes entourés d’arbres morts, c’est très agréable. Aussi, la station d’épuration. Et puis la caserne de pompiers. Et puis rien. Absolument rien. Le vide. Tout autour, le vide ! Vous serez tranquille ici. Oui. Il y a la grisaille aussi, car nous n’avons pas de ciel bleu hélas. En revanche, quelques étudiantes étrangères. Vous aimez ça ? Vous pourrez les baiser si vous voulez. Quelques Indiennes, quelques Chinoises. Et évidemment des Françaises. Tenez, rien que ce matin, une petite rousse, elle avait une bien jolie bouche. Imaginez ce qu’elle pourrait faire. Ah. Mais peut-être n’aimez-vous pas ça. Enfin. Un service de laverie pour vos vêtements aussi, autrement les autres sont à 20 minutes, et quand il pleut c’est pénible, et il pleut souvent. Ça vous coûtera cinq euros, vous aurez un petit jeton comme celui-là et vous n’aurez rien d’autre à faire. Vous aurez internet aussi, une petite box, mais la connexion sera mauvaise, tellement mauvaise que vous irez très vite la rechercher ailleurs, dans les cafés, les bibliothèques, ou à votre école, j’imagine qu’il y aura le wifi là-bas, à 10 000€ l’année... Enfin, c’est compris dans le prix, la connexion. Le soir, vous n’oublierez pas vos clés surtout, car il n’y aurait personne pour vous ouvrir autrement. En été ce ne serait pas problématique, vous passeriez la nuit à la belle étoile, ce serait magnifique, mais en hiver il commencera à faire froid, et ce serait idiot de mourir frigorifié. Vous passerez des couloirs obscurs, une lumière verdâtre en éclairera certains mais pas sur toute leur longueur, vous traverserez le silence, et vous arriverez devant cette porte anonyme. Ce sera votre chambre. Dedans il y aura des mauvaises chaises qui vous feront mal au dos, il y aura ce petit bureau où vous mettrez votre ordinateur quand vous souhaiterez regarder de la pornographie (houelbekien si j’ose!). Il fera sombre dans cette chambre, très sombre, elle n’est pas exposée sud hélas. Il y aura quand même cette terrasse, où vous aurez la vue sur nos arbres morts, sur quelques préfabriqués parsemés ça et là, deux lampadaires à la lueur orangeâtre, et cette petite route où personne ne passe. Non, personne ne passe jamais sur cette petite route. Nous sommes au bout du monde. Dans un havre de paix. Le paradis. Il y aura aussi cette douche étroite, intime dirons-nous, qui n’évacuera l’eau que difficilement et vous obligera à patauger dans le savon l’eau et les miasmes et nécessitera que vous en expurgiez les cheveux et les poils accumulés toutes les fois où vous l’utiliserez, mais vous vous y habituerez car en sortant vous verrez votre joli reflet dans ce miroir surplombé d’une lumière plastique et vous fermerez toujours la porte en sortant pour ne pas que la puanteur de cette salle de bain ne vienne constamment chatouiller vos narines. Une fois, on viendra frapper à votre porte, ce sera votre voisin imbécile qui cherchera à noyer sa solitude dans la vôtre et vous proposera pour cela d’aller « boire un coup » et qui le soir même vous abandonnera pour la première « pétasse » venue. Alors vous rentrerez seul dans le froid et le noir et vous parcourrez ce doux chemin que je vous ai présenté plus tôt et lorsque la lueur malade des lampadaires vos uniques compagnons sur cette route morte viendra caresser votre visage ( pas fan de ce « viendra caresser voter visage ») vous vous demanderez ce qui a bien pu arriver pour que vous soyez ici, mais vous ne trouverez pas de réponse, car il n’y en aura aucune. Alors vous traverserez ces dédales silencieux, vous resterez immobile plusieurs minutes durant au beau milieu de ces couloirs muets en attendant la vie, mais la vie ne viendra jamais et vous resterez seul avec le grésillement triste d’une lampe lointaine. ( il me semble que ça fait beaucoup d’adjectifs… mais attend d’autres avis)Vous insérerez la clé dans votre porte en toc et sans allumer la lumière blafarde qui vous accablerait vous vous déshabillerez en ne pensant à rien et vous vous coucherez dans ce lit double bien trop grand pour vous tout seul et hébété de tout désespéré de votre solitude et de votre impuissance même à saisir ce qui vous arrive alors vous vous endormirez, et, sans le savoir, à travers le néant de vos rêves inexistants ( c’est pas trop ça?), vous souhaiterez ne plus jamais vous réveiller. Ne plus retourner dans l’abysse. Disparaître. Sans douleur. » En final, la question de l’abysse opposé à disparition : il y a une proximité dans ces deux propositions, je ne sais pas si tu veux faire ressentir les deux.
/spoiler]
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Hors ligne RomainD

  • Troubadour
  • Messages: 287
Re : Bout du monde
« Réponse #2 le: 10 Décembre 2021 à 14:56:35 »
Salut Basic,

Comme j'ignore si le texte aura beaucoup de retours vu son format je me permets de te répondre directement sans attendre d'autres avis.

Ce que tu soulignes dans ton message c'était cette sensation que j'avais de "ronronnement" sur mes derniers textes, et qui me frustrait. Effectivement en revanche, lors de l'écriture de ce dernier texte, j'ai senti qu'il se passait quelque chose, qu'un quelque chose "de plus" se tramait, c'est sûrement ce que tu appelles la sincérité ou la justesse.

Pour tes remarques :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Merci pour ton retour qui m'a fait très plaisir.

Hors ligne Basic

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 189
Re : Bout du monde
« Réponse #3 le: 10 Décembre 2021 à 17:08:51 »
Bonsoir Romain,

à propos du caresser votre visage... ce qui me gène c'est la formule assez convenue, assez courante... mais c'est peut-être ce que tu voulais mettre en avant.
B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 024
Re : Bout du monde
« Réponse #4 le: 10 Décembre 2021 à 19:40:20 »
C'est une résidence universitaire qui donne pas trop envie d y' aller. Mais je ne comprends pas le passage avec les étudiantes et leur intimité débridé.
Je pense que pour beaucoup de garçons cette résidence leur donnerait juste envie d'aller vivre la bas.

Mais après ton texte est peut être la sensations de solitude de ton héros. Il voit sa résidence universitaire aussi nulle que cela, car il ne voit que les mauvais cotés.
« Modifié: 10 Décembre 2021 à 20:06:41 par Cendres »
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Dar

  • Calligraphe
  • Messages: 133
Re : Bout du monde
« Réponse #5 le: 11 Décembre 2021 à 02:21:22 »
Le texte est vrais à mon sens. Point de filtre trafiqué sur un réel.
Continue à martelé les mots.

Hors ligne True Duc

  • Calliopéen
  • Messages: 498
Re : Bout du monde
« Réponse #6 le: 11 Décembre 2021 à 06:58:04 »
Bonjour Romain,

Je me suis régalé, je n'ai pas décroché. C'est rare.

La forme : rythme parfait, l'oralité de la dame de la résidence est parfaitement retranscrite.
Le fond : ce mélange d'"absurde-pathos" qui colle à la réalité, pour le lecteur que je suis, est bien dosé.

Rions jaune !
Bravo et merci pour la lecture.
« Tu veux t'asseoir sur le trône ? Faudra t'asseoir sur mes genoux.»(Elie Yaffa)

Hors ligne Frami45

  • Calliopéen
  • Messages: 556
Re : Bout du monde
« Réponse #7 le: 11 Décembre 2021 à 07:39:15 »
Oui "rions jaune" comme le dit True Duc ! Ton texte sonne juste.  Pour moi il parle d'extrême solitude et le petit côté dérision enfonce le clou. Le situes-tu dans le monde d'aujourd'hui ou dans "le monde d'après" ?  Ce fameux monde d'après qui devait tout changer et qui ne fait que nous entourer de laideur et d'arbres morts.

Hors ligne RomainD

  • Troubadour
  • Messages: 287
Re : Bout du monde
« Réponse #8 le: 12 Décembre 2021 à 20:37:21 »
Bonsoir tout le monde,

Tous vos commentaires positifs m'ont autant surpris que fait bien plaisir, je ne pensais pas que le texte serait si bien reçu ni même intéresserait du fait de son format un peu abscons.

Pas grand-chose de plus à ajouter sur ce que vous avez dit, c'était pertinent et je suis content que le ton ait été aussi bien senti, "pathos-absurde" et "le petit côté dérision" disent très bien ce qu'il en est.

Merci encore!
Romain

 


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