Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

11 Juin 2026 à 03:40:02
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » 95 D

Auteur Sujet: 95 D  (Lu 10983 fois)

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Re : 95 D
« Réponse #30 le: 05 Février 2011 à 12:01:27 »
3/4


Le dîner, dans un grand restaurant, s’est admirablement bien passé. Greg n’a pu détacher les yeux de ma poitrine et je m’assurais de l’effet produit sous sa braguette. De la pointe du pied. Mes orteils le taquinaient lorsque j’apprenais que Miss Bonnets E lui avait préféré un trader à la bourse plus conséquente. Chacun son tour. Je compatissais sans me forcer, mais n’oubliais pas d’obtenir l’argent et de mélanger la digitaline à son vin.
Lorsque nous avons quitté le restaurant, Greg suait déjà beaucoup. Il avait toujours souffert d’une transpiration trop marquée. Plus jeune, il avait été timide, complexé. Son corps le lui rappelait au moment de conclure avec une femme. Je me demande encore comment j’ai réussi à supporter cette humidité poisseuse et malodorante durant des années…
Arrivé à l’hôtel, il était essoufflé. Je ne lui ai pas laissé le temps de se remettre de ses émotions et j’ai oublié mon dégoût. Un patin, une main à l’entrejambe et hop, au lit.
À califourchon sur ses cuisses, j’ai pris mon temps pour l’amener au septième ciel. Et son visage a commencé à changer de couleur. De rouge, il est devenu livide. Son sexe toujours en main, je me suis penchée en avant et lui ai murmuré à l’oreille, tandis qu’il essayait de me faire comprendre que son cœur partait en vrille :
« Alors, ça fait quoi d’être baisé, Greg ? »
Il est mort, le nez entre mes seins. 
Il y a pire comme fin.
Lorsque je suis rentrée, l’argent sous le bras, Ali m’attendait. Pour la première fois, nous sommes sortis, nous avons traîné dans les bars, nous avons bu et dansé. Et nous avons fait l’amour dans la rue pour fêter cela.
Le lendemain mon compte n’était plus à découvert.
La police a conclu à l’époque à une mort naturelle. Une telle barbaque, après un petit plaisir, cela devait arriver un jour…
J’ai joué à merveille le rôle de la veuve éplorée en public avant de me consoler sur l’épaule de mon amant, le soir même des funérailles. Nous n’avons pas eu la patience d’arriver au lit. Ali a soulevé mon tailleur noir, filé mes bas, écarté un string couleur de deuil. Et dans notre précipitation, nous sommes tombés au milieu du couloir d’entrée de mon appartement. La porte est restée ouverte sur le palier et j’ai joui sur le lino déchiré.
Le problème n’est pas venu de la police, non… Il est venu du banquier qui a trouvé très surprenant que je renfloue ainsi mon compte. Il m’a convoquée pour me demander des explications, avant de conclure :
« Mais bien sûr, nous pouvons nous entendre autrement… »
Les yeux rivés sur mon décolleté, une bosse déformait le devant de son pantalon.
Nous nous sommes très bien entendus…

Tout aurait pu s’arrêter là. Aucune enquête n’a été diligentée. Mon banquier avait eu le bon goût d’ignorer un problème cardiaque qui avait eu raison de lui au moment crucial.
Ali et moi avons continué à nous fréquenter. Je découvrais qu’il avait transformé son studio en véritable caverne d’Ali Baba informatique. Cartes, ordinateurs désossés et objets mystérieux remplissaient ses étagères, jusqu’à son lit… Nous élisions donc domicile chez moi pour nos loisirs d’adultes. Et lorsque Diego, notre voisin uruguayen du quatrième étage nous a demandé de cacher quelques fournitures en prévision du passage d’un huissier, j’ai aussitôt accepté de transformer mon appartement en lieu de recel.
L’homme de loi n’a trouvé qu’une modeste table, accompagnée d’une chaise et d’un lit sans valeur. Il est reparti bredouille sous nos regards amusés.
Nous avons célébré l’évènement autour d’une bouteille de vin. J’avais la tête entre le poste de télévision et le l’ordinateur de Diego et Ali s’affalait sur mon dos, vaincu par sa petite mort, lorsque je réfléchissais tout haut :
« Il reviendra… et on ne pourra pas toujours cacher ses affaires.
– Non… »
Ali picorait ma colonne vertébrale de baisers et descendait, lentement, vers mes reins. J’ai deviné qu’il ne tarderait pas à reprendre du service et me suis retournée. Je me suis amusée de son regard gourmand et le lui ai rendu. Allumeuse.
« Tu as vu comment il me lobait les seins ? »
Ali a souri.
Les choses sont si faciles avec ces hommes… pourquoi aurions-nous dû nous en priver ?
Nous avons établi une liste au gré de nos rencontres et discussions avec nos voisins. Le propriétaire du dernier étage et ses augmentations de loyer abusives ont succédé à notre huissier. Le commerçant qui pratiquait des crédits usuriers et demandait des intérêts en nature à sa clientèle féminine a eu également droit à son dernier tour de manège.
Enfin, nous sommes venus au secours de Laura, une jeune somalienne du deuxième étage. Femme de ménage, elle arrondissait ses fins de mois en levant ses jupons pour quelques dollars au coin de la rue. Le policier qui tentait de prélever sa dîme sur ses rentrées d’argent n’a pas fait long feu à son tour.
J’opérais à chaque fois de la même façon. Maria me procurait la digitaline, je séduisais notre victime, le droguais, le baisais, le regardais mourir et je rejoignais Ali en ville. Et nous dansions. Un tango ou un slow langoureux pour tout alibi. Les enquêtes se multipliaient autour du bloc A, mais nous dansions, nous buvions et nous faisions l’amour.

Nous avons pourtant décidé de laisser les choses se calmer après nous être attaqués à ce policier. Il m’avait donné du fil à retordre. Peut-être avais-je sous-dosé le poison. Toujours est-il que deux tours de pistes plus tard, dans cette chambre d’hôtel bon marché, il était toujours bien vivant et prêt à embrayer sur un troisième acte.
J’ai pris peur lorsqu’il a sorti son téléphone portable. Un appel à sa femme ? À ses collègues ? Je lui ai volé l’objet des mains et d’un baiser langoureux, l’ai distrait. Mes jambes tremblaient, j’étais en sueur et commençais à comprendre le sinistre métier des abatteuses des maisons closes, mais je retournais au charbon une troisième fois.
Lorsqu’il s’est endormi, je suis restée un moment, immobile, à écouter sa respiration. Poussive. J’ai fini par rejoindre Ali dans un bar. Il m’avait attendue malgré le temps qui passait. Je lui ai murmuré mes inquiétudes à l’oreille, mais il s’est contenté de sourire et de poser une main sur ma hanche. Cela n’a pas suffi à me rassurer et j’ai insisté :
« Qu’est-ce qu’on va faire s’il survit ?
– Attendre et ne pas paniquer. Viens danser. »
J’ai accepté, bien que je tenais à peine debout. À son regard brillant, ses baisers, ses caresses, j’ai vite compris qu’il avait envie de faire l’amour.
Pour la première fois, lasse, j’ai hésité à accepter ses avances.
Ce diable de vingt-cinq ans n’avait ni cornes, ni queue fourchue, mais il avait appris à embrasser une femme et je me suis laissée convaincre. J’ai oublié cet homme sur ce lit et sa respiration lourde.
Nous sommes rentrés tard, très tard et nous nous sommes encore une fois livrés à ce rituel purificateur. En silence. Quasi immobiles au milieu du lit. Moi allongée sur le flanc, lui derrière.
L’aube s’est levée. Mon réveil a rempli sa tâche. Je sentais le souffle d’Ali dans son cou, sa main posée sur ma hanche, son corps encore contre le mien. Brûlant. Nous avons entendu l’annonce de la mort suspecte d’un policier dont le cadavre avait été retrouvé non loin de l’hôtel. Ali s’est assis sur le bord du lit et a écouté la journaliste avec attention.
« Qu’est-ce qu’on va faire ? » lui ai-je demandé, encore une fois.
Il a allumé une cigarette, en a inhalé la fumée, avant de soupirer :
« Attendre que ça se calme. Ils n’ont pas parlé de toi. Tout va bien, pour l’instant. »
Il s’est levé, a remis son caleçon et m’a souri avec une tendresse que je ne lui avais encore jamais vue. Le baiser, inhabituel, qu’il a posé sur mon front, m’a rassurée. Je me suis rendormie et nous avons attendu que la tempête passe.


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Re : 95 D
« Réponse #31 le: 05 Février 2011 à 12:02:00 »
4/4


Et Bill est mort. Là-bas, en Afghanistan.
Je l’ai enterré. Aux côtés de son père. Ali était présent et Maria et Diego et Laura… Toute la bâtisse était là pour lui rendre un dernier hommage. Je n’ai pas pleuré. J’ai bien noté le nom du gradé venu me présenter des condoléances au nom de ce bel état démocratique qu’étaient les États-Unis. Il a eu toutes les peines du monde à me regarder dans les yeux.
Le soir venu, j’ai fondu en larmes devant le micro-ondes. J’ai hurlé et j’ai cassé la porte vitrée de l’appareil avant de me laisser tomber sur le lino. Je me souviens du regard d’Ali. Il mangeait ses frites. Il a secoué la tête devant les dégâts.
« Si tu te mets à casser le matériel, je ne peux rien, moi… »
Fracasser un appareil électroménager, voilà ce qui représentait un crime impardonnable à ses yeux. Pragmatiques. Je pleurais sur le lino, mais sa réflexion attristée m’a fait rire. Un peu. Il a souri, s’est accroupi et a commencé à ramasser les morceaux de plastique éparpillés. Avec minutie. Je l’ai regardé faire et lui ai demandé, entre deux sanglots :
« Tu peux rester cette nuit ? »
Il a froncé les sourcils.
« Je n’ai pas envie de coucher avec toi, ce soir. Tu viens d’enterrer ton fils. »
Pour la première fois, l’un de nous repoussait les avances de l’autre. Je n’ai même pas pensé à m’en sentir offensée. J’ai juste songé que je ne voulais pas passer la nuit seule.
« Pourquoi tu ne restes jamais après ? »
Il s’est levé, a jeté les débris à la poubelle, avant de se retourner. En deux phrases, il a exposé notre contrat tacite :
« C’est ce que tu veux, non ? Du sexe et c’est tout ? »
Pas de sentiment. Pas d’attache. Juste cette relation physique. Juste ces morts entre nous. Il s’est à nouveau intéressé au four à micro-ondes, à sa porte détruite, et a murmuré :
« Je devrais pouvoir le réparer demain. Tu devrais aller te coucher. Tu es fatiguée.
– Reste. »
Je n’ai réussi qu’à articuler ce mot ; pitoyable. Ali a enfilé sa veste.
« On n’est pas ce genre de couple. »
Il m’a pris par la main, avec une gentillesse qui ne cadrait pas avec la cruauté de ses paroles. Je me suis levée. Il a nettoyé les coupures que je m’étais faites, les a bandées. Je lui ai demandé pourquoi nous n’étions pas ce genre de couple. Après tout, nous étions fidèles l’un à l’autre, nous n’allions pas voir ailleurs si l’herbe était plus verte. Nous passions toutes nos soirée ensemble. Il a haussé les épaules :
« Tu ne sais pas aimer. »
J’ai protesté : j’avais aimé Greg.
« Et tu l’as tué. »
J’aimais mes fils.
« Et tu n’as pas appelé Matthew. »
J’ai écarquillé de grands yeux : pour qui se prenait-il pour me juger ainsi ? Lui qui à vingt-cinq ans était encore aussi puceau qu’un rosier, n’avait jamais connu la moindre fille, jamais eu la moindre petite amie. Lui à qui j’avais dû tout apprendre au lit.
Il a blanchi et baissé la tête.
« Je suis tombé amoureux quand j’avais dix-sept ans, m’a-t-il avoué, d’un coup. Très amoureux. Mais elle a été mariée à un homme plus âgé. »
J’ai bégayé, honteuse : j’ignorais cela.
« Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé ? »
Il a relevé ses yeux noirs.
« Tu ne m’as jamais rien demandé. »
Ils avaient continué à fréquenter. En cachette. Le mari les avait découverts et avait tué la jeune fille. D’un coup de couteau en plein cœur. Ali avait fui. Mais le soir de son départ, il avait pris soin de désactiver le disjoncteur de la maison du meurtrier. Au premier court-circuit, celle-ci avait flambé et son propriétaire avec.

Je l’ai laissé partir, sans savoir quoi répondre.
Mais, une heure plus tard, je suis montée, mon oreiller sous le bras, à l’étage supérieur. Et j’ai frappé à sa porte. Il m’a ouvert. Ses yeux brillaient. Pâle, il ne dormait pas lui non plus.
« Je t’ai dit que je ne voulais pas ce soir. »
J’avais préparé ma réponse, tout un argumentaire d’attachée de presse chevronnée, mais je n’ai réussi qu’à murmurer la première phrase, la gorge serrée :
« Je ne sais peut-être pas aimer, mais je peux apprendre. »
Il n’a rien dit. Il s’est juste écarté pour me laisser entrer. Il m’a fait de la place dans son lit, s’est excusé de l’état de son logement, mais je n’y ai prêté aucune attention et me suis glissée sous les couvertures. Il m’a rejoint. Je me suis glissée contre lui.
Pour la première fois, nous n’avons pas fait l’amour. Pour la première fois, nous avons passé la nuit entière ensemble. Nous n’étions pas amoureux, non, mais pour la première fois, j’éprouvais un sentiment qui ressemblait à de la tendresse pour ce jeune homme qui ronflait à mes côtés.
Je crois n’avoir jamais autant aimé ce bruit que cette nuit.
Durant ces heures nocturnes, incapable de trouver le sommeil, j’ai pensé à Bill. Je me suis promis de le venger. Je me suis promis d’appeler Matthew. Et j’ai regardé dormir mon amant, à peine plus âgé que le fils que je venais d’enterrer.
J’ai sombré à mon tour, au milieu de rêves érotiques étranges.
L’ordinateur m’a réveillée au petit matin avec son appel à la prière exotique.

J’ai vraiment froid. Je tremble sur la table.
Le rideau a été tiré : place au spectacle.
Comme tous les autres, ce colonel n’a pu détacher ses yeux de mes implants mammaires. Comme tous les autres, je l’ai séduit, emmené dans un lit, je l’ai baisé. Comme tous les autres, je l’ai regardé mourir.
Et comme pour tous les autres, je ne regrette rien.
Ali ne m’attendait pas à mon retour. Je ne l’avais pas averti de ce dernier meurtre et avais œuvré seule. Je crois qu’il m’en aurait dissuadée si je lui en avais parlé.
La police avait débarqué dans la matinée.
Diego a été renvoyé dans son pays. Maria, chez qui ils ont trouvé la digitaline, a été exemptée de peine compte tenu de son âge. Laura a été sommée de payer ses impôts sur ses passes. Ali… ils n’ont jamais pu prouver son implication dans les meurtres. Ils auraient bien aimé le renvoyer dans son pays, lui aussi. Mais quel pays ? Personne ne voulait de lui. Alors, faute de mieux, ils se sont contentés de le poursuivre pour exercice illégal du métier d’électricien et fraude sur les compteurs. La compagnie d’électricité et la multinationale dont il piratait le réseau internet lui réclament quelques millions.
Ils ont démoli le bloc A.
Et moi, j’ai été condamnée à mort.
Le juge avait les yeux scotchés sur mes seins au moment de prononcer le verdict.
Je me souviens du regard d’Ali. Le même qu’il avait sans doute eu pour le meurtrier de son premier amour. Je ne serais pas surprise qu’un jour la villa du magistrat parte en fumée, victime d’un court-circuit malheureux...
Je lui ai interdit de venir assister à l’exécution. Ses yeux brillaient la dernière fois que nous nous sommes vus. J’avais plaisanté, mal à l’aise :
« On ne pleure pas pour quelqu’un qu’on n’aime pas. »
Ali n’a pas ri et j’ai compris devant ses larmes contenues ce que nous nous n’étions jamais dit, ce que nous nous étions interdit. Pour tout adieu, je me suis contentée d’un baiser sur son front et d’un mot :
« Merci. »
Je suis sûre qu’il a pleuré juste après, comme un petit garçon.
Je suis sûre qu’en ce moment, il pleure. Au milieu de ses ordinateurs désossés, de ces câbles électriques mystérieux.
Une fois sorti de prison, il a repris son ancien métier : informaticien et programmeur. Il a trouvé le moyen de pirater Wall Street. Un jeu d’enfant, il paraît. Il rembourse la compagnie d'électricité et la multinationale comme cela, en trafiquant leur cote à la bourse...
J’ai toujours su que ce garçon disposait de ressources surprenantes.
Le programme circule sur Internet. Le jour où ils seront assez nombreux à l’utiliser… ils pourront faire sauter la banque, il dit.
Dans le bloc B, où il habite, il paraît que cela discute dans les couloirs crasseux. Il paraît que les locataires discutent avec ceux du bloc C, et même avec des gens venus d’autres quartiers, d’autres villes, d’autres pays. Il paraît que dans les salons du palais présidentiel, les cigares et les petites stagiaires sont toujours aussi appréciés…
Crazy horse avait raison :
« C’est un beau jour pour mourir ! C’est un beau jour pour combattre ! »
« Modifié: 05 Février 2011 à 23:27:46 par arwen »

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Re : 95 D
« Réponse #32 le: 12 Février 2011 à 14:08:09 »
petite remarque :

"engagés, nous le sommes tous". je ne crois pas non... il ne suffit pas d'avoir une opinion et de se br*** devant son ordi pour être "engagé".

par ailleurs, par expérience : une conférence sur la Palestine a été interdite sur ma fac il y a un mois. le consensualisme en France est du côté de pro-israel, c'est évident, et ce à cause d'enjeux économiques et politiques patents.

je ne comprends pas ces remarques dogmatiques, non argumentées et basées uniquement sur un ressenti personnel. ça n'a absolument rien de constructif.
Quelques fois je cours
Je laisse mon âme errer
Qui a dit que Morphée
Ne vivait pas le jour ?

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Re : 95 D
« Réponse #33 le: 12 Février 2011 à 14:43:30 »
Je crois que, globalement, il existe un sentiment pro-palestinien chez les Français, mais qu'au niveau de l'appareil d'Etat, de l'intelligentsia, des élites,  le bord est clairement pro-israélien et pro-sioniste.
Je ne vais pas faire le procès de Pehahe, ici, vu qu'après tout, il n'émet que son avis sur la manière d'exprimer un point de vue. Un point de vue qui a toute sa légitimité, je trouve, même si je ne le partage pas entièrement.
D'ailleurs, le débat se pose pas trop sur ce texte, en fait, mais plus sur les autres nouvelles, surtout Ne pleure pas ... Un autre site m'a quand même refusé ce texte en m'inventant une clause inexistante de leur charte sur les sujets politiques. Ce qui était très amusant, c'est que tout en se proclamant apolitique, la façon dont ils avaient de critiquer le texte, sur le choix de ne donner qu'un seul point de vue, celui des Palestiniens, et "d'oublier" les Israéliens était tout sauf apolitique. Indiquer à un auteur comment il devrait aborder un sujet, choisir son angle et par la même mettre sur un pied d'égalité les deux parties,  c'est tout sauf ne pas faire de politique...
Je me demande qui a inventé l'idée qu'en littérature, dans tous les arts, il faudrait obligatoirement donner la parole à toutes les parties prenantes... imaginez  Picasso obligé de peindre Guernica avec le point de vue des bombardiers ? de Franco ?
Imaginez et vous aurez la vision de l'art, de la littérature des totalitaires de tout poils...
Bien sûr, je ne prétends pas au chef d'œuvre, c'est juste une réflexion que je me fais quand je lis certains commentaires... qui ne sont plus des commentaires, mais des discussions politiques. J'adore les discussions politiques, mais faut qu'elles avancent à visage découvert et soient franches...
Je ne parle pas globalement des réactions ici, mais plutôt de l'ensemble des commentaires que je récolte sur le net. Autrement dit, je ne vise personne en particulier !  ;)
C'est une réflexion générale que je me fais...
« Modifié: 12 Février 2011 à 15:06:10 par arwen »

pehache

  • Invité
Re : 95 D
« Réponse #34 le: 13 Février 2011 à 09:15:52 »
Je partage ton avis, et les choses ont évolué dans ce sens en une trentaine d'années, le sentiment pro-palestinien est bien ancré dans les esprits français, alors que les politiques ont des positions nettement plus proches d'Israël.

Je n'ai pas évoqué ce" sujet jusque là et n'ai dont rien à ajouter.
Pour le petit gars qui met en doute, sans me connaître, comme ça, juste pour se faire mousser, mes convictions et mes investissements...  je lui dirai seulement (en plus du fait que les malades du soupçon, les incapables de prendre autrui comme il se donne, les injurieux bouffis d'orgueil qui pérorent autour d'une bière dans un café : je les compisse d'abondance), que, oui, mon engagement n'est pas seulement une posture... et que je ne suis en rien, correct!

Ce que je te disais, moi, et c'est plus simple, c'est que l'écriture militante casse les couilles et atteint même parfois un résultat opposé au but recherché. Que la difficulté réside en ceci: faire passer (si on le souhaite) des idées sans que celles-ci soient jamais explicites. Bémol, dièse, dentelle du Puy, disais-je.
On en a marre des explications (psycho, politico, truco, etc.); le lecteur est adulte; on se bat, oui, sans jamais tomber dans le simplisme, sans jamais se mettre à ressembler à ceux qui nous débectent; en restant droit, toujours.
Pour ma part, je suis adepte du petit périmètre, à la mesure de mes petits moyens. Mais chacun fait comme il l'entend.
Et puis surtout, surtout, si l'on prête du sens, on ne donne pas de leçon.
Vive la pensée libre.
Vive l'écriture libre.

- Mort aux cons.                          Vaste programme, mon ami.                 

Hors ligne Milora

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Re : 95 D
« Réponse #35 le: 22 Février 2011 à 09:48:42 »
J'ai hésité à poster une réponse, puis je me suis dit que toute lecture méritait d'être signalée, que tout avis était bon à prendre...

J'ai lu que les deux premières parties de ton texte, et je crois que je ne lirai pas la suite (voilà pourquoi j'hésitais à poster). Pas à cause de la qualité : c'est bien écrit. Mais à cause du thème qui ne m'inspire vraiment pas (en plus j'ai été un brin déçue : j'avais lu les commentaires avant et je m'attendais à lire un texte engagé ^ ^ Tu as supprimé des passages ?). Voilà, question de goût personnel, et puis aussi, grosse impression de déjà-vu concernant le scénario. Mais là aussi, c'est personnel.

Mais pour la forme, je l'ai trouvé très bien écrit (la preuve : j'ai lu deux envois alors que l'histoire ne m'accrochait pas). Notamment le tout début (le passage sur l'exécution) qui happe vraiment le lecteur.
Une seule critique sur la forme : à la fin du deuxième passage, quand tu parles de "drogue" pour qualifier la digitaline... C'est pas carrément un poison ? Ça m'a fait tiquer.
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

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Re : 95 D
« Réponse #36 le: 22 Février 2011 à 09:56:58 »
coucou
merci de ton passage !
En fait, la discussion qui  s'est engagée portait plus sur la nouvelle ne pleure pas ou le strapontin que sur celle-ci où le thème est bien différent, en effet...
J'ai rien enlevé, j'ai plutôt ajouté vers la fin.
Mais je crois que j'ai loupé quelque chose avec cette nouvelle, en privant de sentiments, d'émotion, cette femme... quelques personnes l'aiment bien à cause de ce cynisme, mais finalement au niveau contenu ca donne un résultat  un peu bizarre, pas très prenant, pour beaucoup de gens.
Cette nouvelle est un peu atypique dans ce que je fais, j'avoue. Les deux dernières n'ont rien à voir, encore.

La digitaline est utilisée comme médicament, donc on peut dire drogue. C'est utilisée à forte dose que ça devient  un poison ( comme beaucoup de produits d'ailleurs).

Merci encore :).

Hors ligne Milora

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Re : 95 D
« Réponse #37 le: 22 Février 2011 à 10:06:49 »
Citer
Mais je crois que j'ai loupé quelque chose avec cette nouvelle, en privant de sentiments, d'émotion, cette femme... quelques personnes l'aiment bien à cause de ce cynisme, mais finalement au niveau contenu ca donne un résultat  un peu bizarre, pas très prenant, pour beaucoup de gens.
J'avoue que c'est moins l'absence de sentiments de la narratrice que le côté très classique de l'histoire, qui m'a laissée blasée. La femme délaissée qui dégringole et en vient au meurtre, en plus dans un contexte américain, c'est déjà rebattu sans avoir besoin d'aller plus loin que la moindre série policière. (et puis j'aime pas ce genre d'histoire ; comme je te disais, c'est question de goût personnel)

Citer
La digitaline est utilisée comme médicament, donc on peut dire drogue. C'est utilisée à forte dose que ça devient  un poison ( comme beaucoup de produits d'ailleurs).
Mmh. Oui, médicalement, tu as raison (enfin, je te crois sur parole ^ ^). Mais je maintiens que ça fait bizarre, parce que dans l'esprit de tout le monde (du moins des gens peu versés dans la thérapie par les plantes), digitaline = poison. (Ou alors c'est que dans ma tête à moi ?). Surtout que vu le contexte assez décadent de la nouvelle, l'immeuble délabré, tout ça, le mot drogue fait immédiatement penser à une drogue au sens propre, une drogue dure.
Enfin, c'est qu'un détail (et peut-être que ça vient juste de mon manque de connaissance des plantes), mais je trouve que changer ce mot-là n'enlèverait rien au texte, et dissiperait ce qui m'a fait tiquer.

Citer
Merci encore

De rien, et désolée pour mon commentaire si peu constructif !  :-[

Citer
En fait, la discussion qui  s'est engagée portait plus sur la nouvelle ne pleure pas ou le strapontin que sur celle-ci où le thème est bien différent, en effet...
Oho, on confesse du flood ? :P (A l'avenir, c'est mieux de discuter d'une nouvelle dans le fil qui lui correspond, svp - mais bon, là c'était pas bien méchant)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne arwen

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Re : 95 D
« Réponse #38 le: 22 Février 2011 à 10:28:54 »
Faut aller plus loin dans le récit pour dépasser ce coté déjà lu, je crois... mais le premier droit d'un lecteur est d'arrêter en chemin ! ;)

Hors ligne Kathya

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Re : 95 D
« Réponse #39 le: 04 Mai 2011 à 16:53:15 »
J'aime bien ton style donc j'ai réussi à dépasser le côté "déjà-vu" de la fille qui se venge d'une rupture en assassinant son ex et plus si affinité. J'ai trouvé les personnages secondaires de cette histoire plus attachantes. Ils paraissent plus fouillés en cela qu'ils ont tous un petit quelque chose qui rend leur personnalité unique, et ont tous des qualités et des défauts. ^^

Texte sympathique.^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

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Re : 95 D
« Réponse #40 le: 09 Mars 2012 à 23:52:27 »
Beuh ! J'ai oublié de remercier plein de gens ici...
Oubli réparé ( j'aime pas qu'on laisse de coté un de mes commentaires, donc j'essaie de  ne pas en faire autant de mon coté ! )

Hors ligne Elhora

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Re : 95 D
« Réponse #41 le: 10 Mars 2012 à 10:59:21 »
Bonjour Arwen,

Tout d'abord, je m'excuse, je n'ai pas lu tous les commentaires mais je n'ai pas le temps et si je le fais, je ne commenterais jamais.  :mrgreen:
J'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé ton texte. D'abord il est vrai que j'adore cette phrase "c'est un beau jour pour mourir" que j'ai entendu pour la première fois dans le film "little big man" et qui m'a marqué. La première partie de ton histoire m'a attrapée et m'a obligée à continuer jusqu'au bout. Je dis ça parce que j'ai du mal avec les textes long et que j'ai tendance à décrocher très vite, ce qui n'a pas du tout été le cas ici. J'ai lu toutes les parties d'un coup et ce fut un vrai régal. Bravo.
J'aime ton histoire, j'aime les personnages, leur univers et cette fin simple et inéluctable.
Je suis pourtant un peu restée sur ma faim en terme d'émotions. Tu as un très bon scénario, tu écris très bien mais certains passages mériteraient d'être plus creusés. J'aimerais beaucoup que tu le reprennes  :P et le lire avec plus de détails. Par exemple, à quoi ressemble ton héroïne? Est-elle brune, blonde, a-telle de grands yeux bleus, des petits yeux verts? Ensuite, son passage à l'acte avec la mort de son mari ne déclenche pas d'émotion particulière en elle? Qu'elle ai un certain cynisme, c'est très appréciable. Mais je pense au film "monster" (je ne sais pas si tu l'as vu) au moment où l'héroïne devient tueuse en série, elle a un déclic. Elle tue dans un moment de folie suite à un viol extrêmement trash. Après elle tue froidement, une fois qu'elle l'a  déjà fait mais il se passe des choses en elle. Elle ne tue pas avec une totale indifférence. Je crois que ce premier meurtre mérite d'être développé, elle pourrait peut-être vomir après ou repenser à son histoire d'amour avec son mari. Ensuite tu expliques comme un fait acquis qu'elle ne sait pas aimer. Mais pourquoi? A t-elle aimé son mari?  Pourquoi ne tombe t-elle pas amoureuse d'Ali? J'aimerais savoir ce qu'ils vivent tous les deux émotionnellement parlant. Cela ressemble à une forme de drogue?
En ce qui concerne les critiques sur la société américaine, là encore, tu énumères des faits (la perte de la maison, sa pauvreté ect) comme si tout cela lui était complètement indifférent. Et pourtant elle éclate en sanglots plusieurs fois. N'est-elle pas en colère? est-ce qu'elle se déteste? Pourquoi a t-elle accepté cette paire de seins? Ect.
Je pense que tu pourrais faire de ce texte une nouvelle géniale qui pourrait même être publiée. J'ignore pourquoi mais ton texte m'a fait penser aux livres de Douglass Kennedy que j'aime beaucoup même si certains diront que ce n'est pas "de la grande littérature". Surement à cause de cette plongée de ton personnage dans le meurtre qui s'impose à elle comme une évidence et qu'elle ne contrôle pas. 
Pour conclure, j'ai vraiment aimé ton texte, j'ai adoré l'histoire mais il faut que tu creuses je pense. Que tu rajoutes des passages et des détails. J'ai envie de mieux connaitre les personnages.
Creuse, creuse, creuse    ;)!

Au plaisir de te lire à nouveau. Merci pour ce bon moment.

 :mafio:

Hors ligne arwen

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Re : 95 D
« Réponse #42 le: 12 Mars 2012 à 11:00:35 »
Merci beaucoup de ta lecture et de ton commentaire !
Il me donne envie de reprendre ce texte ( qui a déjà un peu plus d'un an, je crois. depuis, j'ai écrit d'autres petits textes un peu de ce genre et qui sont plus fouillés, je pense).
Beaucoup de tes remarques rejoignent celles que d'autres m'ont fait et pourront sans doute me donner des idées  pour reprendre cette nouvelle.
Notamment sur l'absence d'émotions, de sentiments du personnage. J'en ai fait une femme assez cynique au fond, sans que ce soit vraiment volontaire de ma part... je pense modifier un peu ça quand même.
Bon pour l'instant, je termine la réécriture d'un roman donc je ne peux m'y attaquer de suite ;)

Ah, sur la description physique, c'est vraiment volontaire chez moi de donner le strict minimum sur mes personnages ( c'est quand même précisé au début qu'elle est blonde décolorée ! ;) )

Mais merci encore à toi :)

 


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