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Auteur Sujet: courant d'eau  (Lu 778 fois)

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courant d'eau
« le: 24 Août 2021 à 21:13:34 »
courant d'eau
#hallu #huis-clos #alternative #dystopie
mince, c'est dingue comme...
la petite bulle de pensée que j'ai eu
qui m'a motivé
tient en fait dans un déplïoir de mots relativement étendu

ça vous le fait ça ?


Ils appellent ça la "submersion".

C'est un aller simple en direction de l'enfer. Lorsqu'ils nous abandonnent devant l'entrée, il n'y a que peu de choix, car ce sentier n'est pas pavé d'or, de quelconques intentions, ni d'autre chose qu'un survival test qui amuse au moins les semeurs, comme ils se targuent d'être. Dans le submersible, ces foreurs n'ont qu'à suivre le câble, et nous descendons. La base nautique de l'Eminent est un des seuls points d'entrée-sortie du Stream. Là, le carburant humain d'une machinerie planétaire se permet un afflux de sa nutrition. Ce maintenant, je ne sais encore pas ce qui m'attend.

Je m'attendais à la mort.
Et puis ils m'ont expliqué.
"- Un conseil compatissant, si tu peux survivre assez de temps pour aller retrouver la gouttière, on a entendu dire qu'il est possible de survivre ici à trois mille mètres de profondeur ; c'est probablement des racontars, je te laisse juge juste, je te dis ce qui se dit..."
Et puis ils m'ôtent mes fers lorsque je suis dans la cage, et...
Submersion.
Mes tympans crissent.
Mes yeux se noient.
Je n'ai plus que de l'eau.
Le sous-marin soulève des courants en s'expulsant, et loin, au dessus du ciel sombre de l'eau, devant le soleil au zénith, je devine du regard. La gouttière traverse les flots, un tube ? un canal ? Je ne me sens pas de noyer ma carcasse sans effort, alors je nage, je m'approche, de la gouttière. Je lui discerne des airs de vagues, des vaguelettes recouvertes. Je remonte, pressé de ne pas mourir peut-être...
J'émerge.

Il s'agit d'un tube, accessible par le dessous, et dont la structure semble équilibrée pour qu'un couloir d'air y circule, prisonnier je suis, depuis donc, cette gouttière inversée, dans laquelle je peux respirer. Plongé à trois mille mètres de profondeur. Piégé. Je nage par réflexe, dans cet espace longiforme, un peu courbé. Je dévale de subtiles glissoires, des dénivelés mettant en danger le maintient de l'atmosphère, qui toujours, reste viable. Erré-je alors, indistinct à mon sort.
Et puis je m'aperçois du contexte.
Une luminosité qui m'était apparue faible au départ, je lui découvre une origine étrange. Un peu comme si un parasite, gangrénant de régulières formations de matière, rendait un flux électroluminescent, coloré. En y observant de plus près, m'apparait la structure tissée, cordée, dont l'origine ou le réel fonctionnement demeure obscur. Mais il y a cette lumière, cette ambiance visible, que je ne peux pas autrement soupçonner que d'une présence humaine : qui a appâté ce parasite luminaire, comment ces tissages et ces toiles s'organisent-elles, oui et par qui ?
Je me prends à tenter une voix.
"- Y'a quelqu'un ? A l'aide !"



Aurais-je erré encore et aurais-je survécu ?
Telle question efface parfois telle autre, et la réalité me rattrape. Je nage, je remonte un tube, la gouttière, infiniment piégé dans ce qui commence à tenir lieu de macroscopique dédale d'outre-profondeur. Parfois, des conduits semblent s'extraire de la linéarité, et alors que je n'ose toujours pas en soulever les grilles, je me rassure de déambuler dans une artère relativement anxiogène en l'instant ; je ne m'oserais que par désespoir temporel, à tenter ces sombres tubes qui regorgent probablement de coudes où l'apnée reste incertaine. Je suis fait. Comme un rat de tuyauterie. Et j'évolue jusqu'à...
Ce qu'un effectif embranchement me soit proposé. Un recoupement trinitaire de la gouttière. Et alors que l'air et l'eau se confondent, je ne suis que les couleurs et les lumières gorgées, suintantes, et je trace sans réfléchir.
Le temps ne veut plus rien dire.
Aucun soleil ne me tourne autour.
Rien de sommeil, de terrestre, de palpable.
Mes pieds engourdis. Hypothermie en visu.

Lorsque j'arrive, c'est dans une grande bassine.
L'aspect tubulaire de l'environnement débouche sur cette cave, comme une pièce retournée, et l'air y grimpe sur un plafond retenu, haut, qui me restreint à un sentiment d'écrasement. Je suis dans une grande piscine couverte. A froid.
Sur les murs en probable ferronnerie ou cuivre, les tissages reflètent, un peu abandonnée, une organisation typographique qui s'éteint presque résolument à son propre titre : "desert zone 5a36dc" ; les lieux, difficilement reconnaissables à une norme ainsi imaginée par les effets d'algues en graffiti organique, me sont là présentées en tant que peu fréquentés. J'ose une détresse, ne sais, n'imagine. Combien de temps, oxygéné normalement, succomberai-je à une mort plutôt promise tant que... tant que ?
A ce point envisagé-je de retrouver de la vie ?
Ici dans le fond, le fond de l'océan qui, trop hostile pour être foulé, n'est cependant pas bien bas au dessous de mes jambes, je suis une pauvre grenouille.
Je nage.
La piscine offre de nombreuses ouvertures.
De nombreuses grilles.
Des trappes.
Des échelles incrustées, leurs barreaux sortent et brillent, ils dégoulinent. Je m'agrippe à l'une des structures qui me parait stable, accessible, reposante. Il me faut reprendre du souffle, une énergie musculaire, de la chaleur.
Je respire, à nouveau, et encore.

Dans mes explorations de la bassine retournée, je débusque un embranchement qui me semble serein. Au sec, il ne promet pas spécialement de se remplir d'une quelconque source d'eau inopinée, et la texture peu endommagée, ainsi que sa hauteur d'espace, font que je décide presque forcé par l'abandon de mon corps, de m'y affaler un instant.
Je ferme les yeux.


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